Histoire · Préhistoire et Antiquité
Néron
Néron (37–68) est le cinquième empereur romain et le dernier de la dynastie julio-claudienne. Son règne (54–68) est associé à l’incendie de Rome de 64 et à la première persécution des chrétiens.
Mis à jour le 4 min de lecture
Néron, né Lucius Domitius Ahenobarbus le 15 décembre 37 à Antium et mort le 9 juin 68 près de Rome, règne sur l'Empire romain de 54 à 68. Monté sur le trône à 16 ans, il gouverne d’abord sagement sous l’influence de ses conseillers, puis bascule dans un pouvoir de plus en plus arbitraire. Sa mort, sans héritier, éteint la dynastie fondée par Auguste et ouvre une guerre civile.
Fiche d’identité
| Repère | Donnée |
|---|---|
| Parents | Agrippine la Jeune (arrière-petite-fille d’Auguste) et Cnaeus Domitius Ahenobarbus |
| Adoption | par l’empereur Claude, son grand-oncle et beau-père, en 50 |
| Règne | octobre 54 – juin 68 |
| Épouses | Octavie (fille de Claude), Poppée, Statilia Messalina |
| Conseillers | le philosophe Sénèque et le préfet du prétoire Burrus |
| Mort | 9 juin 68, suicide à 30 ans |
L’accession au pouvoir
Sa mère Agrippine épouse en 49 l’empereur Claude, son oncle, et obtient qu’il adopte Néron, au détriment de son propre fils Britannicus. À la mort de Claude, en octobre 54, probablement empoisonné selon les historiens antiques, Néron est proclamé empereur par les prétoriens.
Les débuts : le « quinquennat de Néron »
Les premières années, guidées par Sénèque et Burrus, sont jugées positives par les auteurs antiques : respect du Sénat, mesures fiscales modérées, lutte contre la corruption des gouverneurs. Mais le pouvoir se durcit vite :
| Date | Événement |
|---|---|
| 55 | Mort de Britannicus, sans doute empoisonné |
| 59 | Assassinat d’Agrippine sur ordre de son fils |
| 62 | Mort de Burrus ; retrait de Sénèque ; Octavie est répudiée puis exécutée ; mariage avec Poppée |
| 64 | Grand incendie de Rome |
| 65 | Conjuration de Pison ; suicides forcés de Sénèque et du poète Lucain |
| 66 – 67 | Voyage en Grèce, où Néron concourt aux jeux comme chanteur et cocher |
| 68 | Révoltes en Gaule et en Espagne ; le Sénat le déclare ennemi public |
Le grand incendie de Rome (64)
Dans la nuit du 18 au 19 juillet 64, un incendie part du Circus Maximus et ravage la ville pendant six jours, puis reprend. Selon Tacite, sur quatorze quartiers, trois sont entièrement détruits et sept gravement touchés.
Néron se trouve alors à Antium ; il revient, ouvre ses jardins aux sinistrés et fait distribuer du blé. Une rumeur l’accuse cependant d’avoir chanté la chute de Troie en regardant les flammes, voire d’avoir allumé l’incendie. Les historiens modernes jugent cette accusation peu probable : les incendies étaient fréquents dans une ville dense, bâtie en bois.
Sur les terrains dévastés, Néron fait construire la Domus aurea, la « Maison dorée », immense palais avec jardins et lac artificiel. Ses successeurs Flaviens en effaceront une partie ; le Colisée s’élèvera à l’emplacement du lac.
Un empereur artiste
Néron se veut poète, chanteur, joueur de cithare et conducteur de char. Il se produit en public, ce qui scandalise l’aristocratie, pour qui un empereur ne doit pas se donner en spectacle. Il crée à Rome des concours à la grecque, les Neronia. Cette passion sincère pour la culture grecque explique sa popularité en Orient.
Les crises du règne
- En Bretagne, la révolte de la reine Boudicca (60–61) est écrasée.
- En Arménie, la guerre contre les Parthes se termine par un compromis : le roi Tiridate vient recevoir sa couronne des mains de Néron à Rome en 66.
- En Judée, une grande révolte éclate en 66 ; Néron envoie Vespasien la réprimer.
- Les finances s’épuisent : dépenses fastueuses, reconstruction de Rome, dévaluation de la monnaie, confiscations de fortunes.
La chute et la mort
En mars 68, Vindex, gouverneur d’une province de Gaule, se soulève, puis Galba, gouverneur d’Espagne. Abandonné par les prétoriens et déclaré ennemi public par le Sénat, Néron s’enfuit dans la villa d’un affranchi et se fait aider pour se poignarder le 9 juin 68. Suétone lui prête ces derniers mots : « Qualis artifex pereo » (« Quel artiste périt avec moi ! »).
Sa mort ouvre l’année des quatre empereurs (69) : Galba, Othon, Vitellius, puis Vespasien, fondateur de la dynastie flavienne.
Une réputation à nuancer
Notre image de Néron vient surtout de trois auteurs, Tacite, Suétone et Dion Cassius, tous issus de l’élite sénatoriale qui le détestait, et des auteurs chrétiens, qui ont fait de lui le premier persécuteur, voire l’Antéchrist. Ses crimes familiaux sont avérés, mais il resta populaire auprès de la plèbe : plusieurs « faux Nérons » apparurent en Orient après sa mort, profitant de la croyance qu’il allait revenir.
Questions fréquentes
Néron a-t-il mis le feu à Rome ?
Rien ne le prouve. Il n’était pas à Rome au départ de l’incendie, et la plupart des historiens jugent l’accusation infondée.
Néron jouait-il de la lyre pendant l’incendie ?
C’est une rumeur rapportée par Tacite lui-même comme telle. L’instrument évoqué est la cithare, et l’épisode n’est pas établi.
Pourquoi Néron a-t-il tué sa mère ?
Agrippine voulait garder la mainmise sur le pouvoir et s’opposait à la liaison de son fils avec Poppée. Néron la fait assassiner en 59.
Qui a succédé à Néron ?
Galba, proclamé par ses troupes en Espagne. Il est assassiné dès janvier 69.