Histoire · Préhistoire et Antiquité
La démocratie athénienne
La démocratie athénienne est le régime politique d’Athènes de 508 à 322 av. J.-C. Les citoyens y votent directement les lois à l’Assemblée et la plupart des magistrats sont tirés au sort.
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La démocratie athénienne est le premier régime connu où le pouvoir appartient à l’ensemble des citoyens. Instaurée à Athènes par les réformes de Clisthène en 508-507 av. J.-C., développée au Ve siècle, elle dure, avec deux brèves interruptions, jusqu’en 322 av. J.-C., quand la Macédoine l’abolit. C’est une démocratie directe : les citoyens votent eux-mêmes les lois et les décisions, et la plupart des fonctions sont attribuées par tirage au sort. Mais seule une minorité de la population est citoyenne.
Les étapes de sa mise en place
| Date (av. J.-C.) | Réforme | Contenu |
|---|---|---|
| vers 621 | Dracon | Premières lois écrites, réputées très sévères (d’où « draconien ») |
| 594 | Solon | Abolition de l’esclavage pour dettes ; citoyens classés selon leur fortune ; création probable d’un tribunal populaire |
| 561 – 510 | Tyrannie de Pisistrate et de ses fils | Pouvoir personnel, mais développement de la ville |
| 508 – 507 | Clisthène | Réorganisation des citoyens en 10 tribus mêlant les régions ; Conseil des 500 ; égalité devant la loi (isonomie) |
| 487 | Réforme des archontes | Les archontes sont désormais tirés au sort ; premier ostracisme attesté |
| 462 | Éphialte | L’Aréopage, conseil aristocratique, perd l’essentiel de ses pouvoirs politiques |
| années 450 | Périclès | Indemnité (misthos) pour les jurés et les magistrats ; loi de 451 réservant la citoyenneté aux enfants de père et de mère athéniens |
Comment fonctionnait la démocratie athénienne ?
L’Ecclésia (l’Assemblée du peuple)
C’est l’organe souverain. Tout citoyen de plus de 18 ans peut y siéger, y parler et y voter, à main levée. Elle se réunit environ 40 fois par an sur la colline de la Pnyx, avec souvent plusieurs milliers de participants (6 000 citoyens sont requis pour certaines décisions). Elle vote les lois et les décrets, décide de la guerre et de la paix, élit les stratèges, contrôle les magistrats et prononce l’ostracisme.
Deux principes la caractérisent : l'iségorie, droit égal de parole pour tous les citoyens, et la parrhêsia, liberté de tout dire.
La Boulè (le Conseil des Cinq-Cents)
Composée de 500 citoyens de plus de 30 ans, tirés au sort pour un an à raison de 50 par tribu, elle prépare les projets soumis à l’Assemblée (aucun texte ne peut y être voté sans avis préalable du Conseil) et surveille l’administration. Chaque groupe de 50 assure à tour de rôle la permanence pendant un dixième de l’année (la prytanie) ; son président change chaque jour, également par tirage au sort.
L’Héliée (le tribunal populaire)
Chaque année, 6 000 citoyens de plus de 30 ans sont tirés au sort pour être jurés. Ils forment des tribunaux de plusieurs centaines de membres (501 par exemple), ce qui rend la corruption difficile. Il n’y a ni juge professionnel ni avocat : chacun plaide sa cause. Tout citoyen peut accuser un autre, et une procédure permet d’attaquer un décret jugé contraire aux lois.
Les magistrats
| Magistrats | Nombre | Désignation | Rôle |
|---|---|---|---|
| Stratèges | 10 | élus, rééligibles | Commandement militaire et influence politique majeure |
| Archontes | 9 | tirés au sort | Fonctions religieuses et judiciaires |
| Magistrats divers | environ 700 | surtout tirés au sort | Finances, marchés, police, travaux |
Les fonctions exigeant une compétence technique (guerre, finances) sont électives ; les autres sont tirées au sort, car les Athéniens considèrent que tout citoyen est capable de gouverner et que le tirage au sort empêche l’influence de la richesse. Les mandats sont courts (un an), souvent non renouvelables, et chaque magistrat rend des comptes à sa sortie de charge.
L’ostracisme
Une fois par an, l’Assemblée peut décider d’exiler pendant dix ans un citoyen jugé dangereux pour la démocratie. Chaque votant inscrit un nom sur un tesson de poterie (ostrakon). Si au moins 6 000 tessons sont déposés, celui dont le nom apparaît le plus souvent doit partir, sans perdre ses biens. Thémistocle, vainqueur de Salamine, est ostracisé vers 471 av. J.-C.
Qui était citoyen ?
La démocratie athénienne était réservée à une minorité. Au Ve siècle, on estime le nombre de citoyens à environ 30 000 à 40 000 hommes adultes, pour une population totale de l’Attique de plusieurs centaines de milliers d’habitants.
| Groupe | Statut politique |
|---|---|
| Citoyens : hommes libres, majeurs, nés de parents athéniens | droits politiques complets |
| Femmes de citoyens | aucun droit politique ; transmettent la citoyenneté |
| Métèques (étrangers résidents) | libres, paient une taxe, servent dans l’armée, mais ne votent pas |
| Esclaves | aucun droit ; très nombreux (peut-être un tiers de la population) |
Les limites et les critiques
- L’exclusion des femmes, des étrangers et des esclaves, dont le travail permet en partie aux citoyens de participer à la vie politique.
- L’impérialisme : au Ve siècle, la démocratie athénienne domine durement ses alliés de la ligue de Délos.
- La démagogie : des orateurs habiles peuvent entraîner l’Assemblée dans des décisions désastreuses, comme l’expédition de Sicile (415 av. J.-C.).
- Les critiques des philosophes : Platon, marqué par la condamnation à mort de son maître Socrate en 399 av. J.-C. par un tribunal populaire, juge que le pouvoir doit revenir à ceux qui savent ; Aristote voit dans la démocratie un régime qui peut dégénérer s’il sert les intérêts des pauvres plutôt que le bien commun.
Interruptions et fin
La démocratie est renversée deux fois à la fin de la guerre du Péloponnèse : par le régime oligarchique des Quatre-Cents (411 av. J.-C.), puis par celui des Trente, imposé par Sparte (404 av. J.-C.). Elle est rétablie en 403 et fonctionne encore tout au long du IVe siècle, avec une indemnité versée aux citoyens qui assistent à l’Assemblée. Après la défaite d’Athènes face à la Macédoine dans la guerre lamiaque, le général Antipater impose en 322 av. J.-C. un régime censitaire qui y met fin.
Démocratie athénienne et démocratie moderne
| Athènes antique | Démocraties actuelles | |
|---|---|---|
| Forme | directe | représentative (élus) |
| Désignation | surtout tirage au sort | surtout élection |
| Corps civique | hommes adultes de parents citoyens | tous les nationaux majeurs, hommes et femmes |
| Droits fondamentaux | pas de notion de droits de l’homme universels | droits garantis par une constitution |
Questions fréquentes
Qui a inventé la démocratie ?
On attribue sa fondation à Clisthène, qui réforme les institutions athéniennes en 508-507 av. J.-C. Solon (594 av. J.-C.) en avait posé certaines bases, et Périclès l’a approfondie au milieu du Ve siècle.
Pourquoi les Athéniens tiraient-ils au sort leurs magistrats ?
Parce qu’ils jugeaient le tirage au sort plus égalitaire que l’élection, qui favorise les riches, les célèbres et les bons orateurs. Il garantissait que chaque citoyen pouvait exercer le pouvoir à son tour.
Les femmes votaient-elles à Athènes ?
Non. Les femmes, même filles et épouses de citoyens, n’avaient aucun droit politique, de même que les étrangers résidents et les esclaves.