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Histoire · Préhistoire et Antiquité

La chute de l’Empire romain d’Occident

L’Empire romain d’Occident disparaît en 476, quand le chef germanique Odoacre dépose le jeune empereur Romulus Augustule. Sa chute résulte d’un siècle de pressions extérieures et de faiblesses internes.

Mis à jour le 4 min de lecture

La chute de l’Empire romain d’Occident est datée par convention de 476, quand Odoacre, chef de troupes germaniques au service de Rome, dépose le dernier empereur, Romulus Augustule, et renvoie les insignes impériaux à Constantinople. Cette date sert de limite entre l’Antiquité et le Moyen Âge. Elle conclut pourtant un processus d’un siècle, ouvert par l’entrée des Goths dans l’Empire en 376. Quant à l’Empire romain d’Orient, il survit jusqu’en 1453 sous la forme de l'Empire byzantin.

Les grandes étapes (376 – 476)

DateÉvénement
vers 375Les Huns, venus d’Asie centrale, écrasent les Goths au nord de la mer Noire
376Les Goths sont autorisés à franchir le Danube et à s’installer dans l’Empire
378Désastre d’Andrinople : l’empereur Valens est tué par les Goths
382Les Goths reçoivent le statut de fédérés : un peuple autonome installé dans l’Empire
395Mort de Théodose Ier ; partage définitif entre Orient (Arcadius) et Occident (Honorius)
402La cour d’Occident s’installe à Ravenne, mieux protégée
406Vandales, Suèves et Alains franchissent le Rhin et ravagent la Gaule
410Sac de Rome par les Wisigoths d’Alaric (24 août) ; Rome abandonne la Bretagne
418Les Wisigoths s’installent en Aquitaine
429 – 439Les Vandales passent en Afrique et prennent Carthage, privant Rome de ses blés et de ses impôts
451Le général Aetius, allié aux Wisigoths et aux Francs, arrête Attila aux champs Catalauniques
453Mort d’Attila ; son empire se disloque
454 – 455Aetius est tué par l’empereur Valentinien III, lui-même assassiné l’année suivante
455Sac de Rome par les Vandales de Genséric
455 – 476Neuf empereurs en vingt ans, souvent faits et défaits par des généraux germaniques
476Odoacre dépose Romulus Augustule

En 476, l’Empire d’Occident ne contrôle déjà plus guère que l’Italie. La Gaule est partagée entre Wisigoths, Burgondes, Francs et le domaine gallo-romain de Syagrius ; l’Espagne aux Wisigoths et aux Suèves ; l’Afrique aux Vandales.

Pourquoi l’Empire romain d’Occident est-il tombé ?

Depuis l’historien anglais Edward Gibbon (Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain, 1776-1788), des centaines de causes ont été avancées. Les historiens retiennent aujourd’hui une combinaison de facteurs.

Les pressions extérieures

  • Les peuples germaniques (Goths, Vandales, Francs, Burgondes, Alamans), attirés par la richesse de l’Empire, et souvent poussés par l’arrivée des Huns.
  • La Perse sassanide, rivale redoutable à l’est, qui mobilise une grande partie de l’armée.
  • La simultanéité des menaces empêche de concentrer les forces sur un seul front.

Les faiblesses politiques

  • L’instabilité : usurpations, assassinats d’empereurs, rivalités entre généraux.
  • Des empereurs faibles ou enfants en Occident (Honorius, Valentinien III), dominés par des généraux, souvent d’origine germanique (Stilicon, Ricimer).
  • La division de l’Empire : l’Orient, plus riche et plus peuplé, aide peu l’Occident, et détourne parfois les envahisseurs vers lui.

Les difficultés militaires

L’armée recrute de plus en plus de Germains, puis s’appuie sur des peuples entiers installés comme fédérés, qui combattent sous leurs propres chefs. Leur loyauté dépend des rapports de force et des paiements.

La crise économique et fiscale

La perte des provinces les plus riches (Afrique en 439, Espagne, Gaule) réduit les recettes. Moins d’impôts signifie moins de soldats, donc de nouvelles pertes : une spirale. Les grands propriétaires échappent souvent à l’impôt.

Les épidémies et le climat

Des recherches récentes soulignent le poids de grandes épidémies antérieures (peste antonine à partir de 165, peste dite de Cyprien vers 250-270) et de changements climatiques, qui ont fragilisé la démographie et l’économie de l’Empire.

Des explications abandonnées

L’idée d’une « décadence morale » (luxe, mœurs relâchées), chère aux moralistes, ou celle d’un christianisme qui aurait affaibli l’esprit civique, défendue par Gibbon, ne sont plus retenues comme causes principales : l’Orient, tout aussi chrétien, a survécu mille ans de plus.

Chute brutale ou transformation ?

Deux interprétations s’opposent :

  • La rupture : pour des historiens comme Bryan Ward-Perkins (La Chute de Rome. Fin d’une civilisation, 2005), la fin de l’Empire s’accompagne d’un effondrement matériel net : villes réduites, commerce en recul, poterie de moindre qualité, moindre usage de la monnaie.
  • La transformation : depuis les travaux de Peter Brown dans les années 1970, beaucoup préfèrent parler d'Antiquité tardive, une période de mutation (christianisation, nouvelles élites, royaumes romano-germaniques) plutôt que de chute. Les rois germaniques conservent souvent l’administration, le droit et le latin, et se convertissent au christianisme.

Les deux approches se complètent : la transformation est réelle, mais l’appauvrissement de l’Occident aussi.

Que se passe-t-il après 476 ?

Odoacre gouverne l’Italie en reconnaissant nominalement l’empereur d’Orient, avant d’être éliminé en 493 par Théodoric, roi des Ostrogoths. En Gaule, Clovis, roi des Francs, bat Syagrius à Soissons (486) puis les Wisigoths à Vouillé (507), jetant les bases du royaume franc et, à long terme, de la France. Au VIe siècle, l’empereur d’Orient Justinien reconquiert l’Afrique, l’Italie et une partie de l’Espagne, sans restaurer durablement l’Empire d’Occident. L’idée impériale renaît en Occident avec Charlemagne, couronné empereur en 800.

Questions fréquentes

Qui était le dernier empereur romain d’Occident ?

Romulus Augustule, un adolescent placé sur le trône par son père, le général Oreste, et déposé par Odoacre en 476. Certains historiens considèrent que le dernier empereur légitime est Julius Nepos, reconnu par Constantinople jusqu’à sa mort en 480.

Pourquoi l’Empire romain d’Orient a-t-il survécu ?

Il était plus riche, plus peuplé et plus urbanisé, disposait d’une capitale quasi imprenable (Constantinople) et a pu détourner les envahisseurs vers l’Occident en les payant ou en négociant.

Les « barbares » ont-ils détruit Rome ?

Rome a été pillée en 410 et en 455, mais pas rasée. Les peuples germaniques cherchaient surtout à s’installer dans l’Empire et à profiter de ses richesses, non à l’anéantir.

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