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Histoire · Préhistoire et Antiquité

Les Phéniciens

Les Phéniciens sont un peuple sémitique de la côte du Liban actuel, organisé en cités marchandes (Tyr, Sidon, Byblos). Grands navigateurs, ils ont diffusé en Méditerranée un alphabet dont descendent les nôtres.

Mis à jour le 4 min de lecture

Les Phéniciens occupent, au Ier millénaire av. J.-C., une étroite bande côtière entre la mer et la montagne, correspondant surtout au Liban actuel et à une partie de la Syrie et d’Israël. Ils ne forment jamais un État unifié mais un ensemble de cités-États indépendantes, rivales et associées. Leur puissance repose sur la mer : du XIe au VIe siècle av. J.-C., leurs navires sillonnent toute la Méditerranée, jusqu’à l’Atlantique. On leur doit la diffusion de l'alphabet et la fondation de Carthage.

Repères chronologiques

Date (av. J.-C.)Événement
IIe millénaireByblos commerce déjà avec l’Égypte (bois de cèdre)
Vers 1200Effondrement des grands royaumes de l’âge du bronze ; essor des cités phéniciennes
Vers 1050Inscription d’Ahiram à Byblos, en alphabet phénicien
IXe-VIIIe siècleFondation de comptoirs en Méditerranée occidentale
814 (date traditionnelle)Fondation de Carthage par des colons de Tyr
VIIIe-VIIe siècleLes cités paient tribut à l’Assyrie
585-573Siège de Tyr par le roi babylonien Nabuchodonosor II
539Les cités passent sous domination perse et fournissent sa flotte
332Alexandre le Grand prend Tyr après sept mois de siège

Les grandes cités

CitéSpécialité et rôle
ByblosLa plus ancienne ; exportation du cèdre et du papyrus égyptien (le mot grec biblos, « livre », en dérive)
SidonGrande cité marchande, verrerie, base de la flotte perse
TyrCité insulaire, la plus puissante au Ier millénaire, mère de Carthage, culte de Melqart
ArwadCité insulaire du nord

Chaque cité est dirigée par un roi assisté d’un conseil d’anciens et de riches marchands. Leur religion honore des divinités propres à chaque ville : Baal, Astarté, Melqart à Tyr, Eshmoun à Sidon.

Un peuple de marins et de marchands

Les Phéniciens maîtrisent la navigation de haute mer, la nuit notamment, en se guidant sur l’étoile polaire, que les Grecs appelaient « l’étoile phénicienne ». Leurs navires de commerce, ventrus, transportent :

  • le bois de cèdre du Liban, très recherché en Égypte et en Mésopotamie ;
  • la pourpre, teinture extraite du murex, coquillage marin, qui colore les étoffes de luxe ;
  • le verre, les objets en ivoire, les bijoux et la métallurgie ;
  • en retour, l’argent et l’étain de la péninsule Ibérique, le cuivre de Chypre, l’or et l’ivoire d’Afrique.

Hérodote rapporte qu’une expédition phénicienne aurait fait le tour de l’Afrique pour le pharaon Néchao II vers 600 av. J.-C. ; l’historien lui-même doutait d’un détail du récit, qui plaide pourtant pour sa véracité (le soleil vu « à droite »). Le fait reste débattu.

Comptoirs et colonies

Les Phéniciens fondent un réseau de comptoirs : escales, marchés et ports de transit, souvent sur des îlots ou des promontoires. Les principaux sont Kition (Chypre), Motyé (Sicile), Utique et Carthage (Tunisie actuelle), Gadir (Cadix, en Espagne), et des établissements en Sardaigne, à Malte et à Ibiza.

Carthage, fondée selon la tradition en 814 av. J.-C. par la princesse tyrienne Élissa (Didon chez les Latins), devient au VIe siècle la puissance dominante de la Méditerranée occidentale. Les Romains appelleront ses habitants Poeni, « Puniques », d’où le nom des guerres puniques.

L’alphabet phénicien

C’est l’apport le plus durable des Phéniciens. Vers le XIe siècle av. J.-C., ils utilisent un système de 22 signes, tous des consonnes, écrit de droite à gauche. Chaque signe note un son et non un mot ou une syllabe : on passe de centaines de signes (cunéiforme, hiéroglyphes) à une vingtaine, beaucoup plus facile à apprendre.

  • Les Grecs l’adoptent vers le VIIIe siècle av. J.-C. et y ajoutent les voyelles ; la tradition attribue ce transfert au héros phénicien Cadmos.
  • De l’alphabet grec dérivent l’alphabet étrusque, puis latin, ainsi que le cyrillique.
  • L’alphabet araméen, issu lui aussi du phénicien, donne naissance aux alphabets hébreu carré et arabe.

Les noms des lettres trahissent cette origine : aleph (bœuf) et beth (maison) deviennent alpha et bêta, d’où le mot « alphabet ».

La fin des cités phéniciennes

Prises successivement dans l’orbite assyrienne, babylonienne puis perse (voir Empire perse), les cités gardent une large autonomie tant qu’elles paient tribut. Le siège de Tyr par Alexandre le Grand en 332 av. J.-C., qui relie l’île au continent par une digue, marque la fin de leur indépendance. La région est ensuite hellénisée, puis intégrée à l'Empire romain ; la langue phénicienne survit en Afrique du Nord, sous la forme punique, jusqu’à la fin de l’Antiquité.

Questions fréquentes

Les Phéniciens ont-ils inventé l’alphabet ?

Ils n’ont pas inventé l’idée d’écriture alphabétique, dont des formes plus anciennes existent au Sinaï et en Canaan au IIe millénaire, mais ils en ont fixé une version standard et l’ont diffusée dans toute la Méditerranée. C’est l’ancêtre de la plupart des alphabets actuels.

Où vivaient les Phéniciens ?

Sur la côte orientale de la Méditerranée, principalement dans l’actuel Liban, ainsi que dans leurs colonies d’Afrique du Nord, de Sicile, de Sardaigne et d’Espagne.

Quelle est la différence entre Phéniciens et Carthaginois ?

Les Carthaginois sont des descendants de colons phéniciens de Tyr. Carthage a hérité de la langue, de la religion et des pratiques commerciales phéniciennes, mais elle est devenue une puissance indépendante, plus forte que sa métropole.

Qu’est-ce que la pourpre phénicienne ?

Une teinture rouge violacé obtenue à partir de glandes du murex. Il fallait des milliers de coquillages pour une petite quantité de colorant, d’où son prix très élevé et son association au pouvoir royal puis impérial.

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