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Philosophie · Grands philosophes

Platon

Platon (vers 428-348 av. J.-C.) est un philosophe athénien, disciple de Socrate et maître d’Aristote. Il a fondé l’Académie et soutenu que la vraie connaissance porte sur des Idées éternelles, non sur les choses sensibles.

Mis à jour le 6 min de lecture

Platon est l’un des fondateurs de la philosophie occidentale. Né à Athènes vers 428-427 av. J.-C. et mort vers 348-347 av. J.-C., il a écrit des dialogues dans lesquels son maître Socrate interroge ses interlocuteurs sur la justice, le courage, l’amour, la connaissance. Sa doctrine centrale, la théorie des Idées (ou des Formes), distingue le monde sensible, changeant et trompeur, du monde intelligible, éternel et vrai. Le philosophe anglais Alfred North Whitehead a pu écrire que toute la tradition philosophique européenne consistait en « une série de notes de bas de page à Platon » : la formule est exagérée, mais elle dit l’ampleur de son influence.

Repères biographiques

Date (av. J.-C.)Événement
v. 428-427Naissance à Athènes, dans une famille aristocratique
v. 407Rencontre de Socrate, dont il devient le disciple
399Procès et mort de Socrate, condamné à boire la ciguë
v. 399-388Séjour à Mégare, voyages (Égypte et Cyrène selon la tradition, Italie du Sud)
v. 388-387Premier voyage en Sicile, à Syracuse, auprès du tyran Denys l’Ancien
v. 387Fondation de l'Académie à Athènes, première grande école de philosophie
367 et 361Deuxième et troisième voyages à Syracuse, auprès de Denys le Jeune : échec de son projet politique
v. 348-347Mort à Athènes

Son vrai nom était peut-être Aristoclès ; « Platon » serait un surnom (de platus, « large »), mais cette tradition rapportée par Diogène Laërce n’est pas certaine. La mort de Socrate, condamné par la démocratie athénienne, a profondément marqué sa pensée politique : comment une cité peut-elle mettre à mort le plus juste des hommes ?

Les dialogues : forme et classement

Platon n’a pas écrit de traités mais une trentaine de dialogues authentiques, auxquels s’ajoutent des lettres (dont la Lettre VII, sans doute authentique). On les classe habituellement en trois périodes.

PériodeDialogues principauxCaractéristiques
Jeunesse (dialogues « socratiques »)Apologie de Socrate, Criton, Lachès, Charmide, Euthyphron, Hippias mineur, Ion, ProtagorasRecherche d’une définition (le courage, la piété), qui se termine souvent en aporie
MaturitéGorgias, Ménon, Phédon, Banquet, République, PhèdreThéorie des Idées, immortalité de l’âme, cité juste
VieillesseThéétète, Parménide, Sophiste, Politique, Timée, Philèbe, LoisCritique et approfondissement de la théorie des Idées, cosmologie, législation

Voir les fiches Apologie de Socrate et La République.

La théorie des Idées

Pour Platon, les choses sensibles (ce cheval, ce bel objet, cet acte juste) sont multiples, changeantes et imparfaites. Pourtant nous les jugeons d’après des modèles : la Beauté, la Justice, l’Égalité. Ces modèles sont les Idées (eidos, idea) : réalités immatérielles, éternelles, immuables, que l’on saisit non par les sens mais par l’intelligence. Les choses sensibles « participent » des Idées et n’en sont que des copies.

Au sommet se trouve l'Idée du Bien, que la République compare au Soleil : de même que le Soleil rend les choses visibles et les fait vivre, le Bien rend les Idées intelligibles et leur donne l’être.

La théorie de la connaissance de Platon

L’apport de Platon à la théorie de la connaissance est fondateur. Plusieurs thèses restent discutées aujourd’hui.

Opinion et science

Platon distingue l'opinion (doxa), qui peut être vraie par hasard mais ne sait pas rendre raison d’elle-même, et la science (épistémè), connaissance stable et justifiée. Dans le Ménon, il compare les opinions vraies aux statues de Dédale, qui s’enfuient si on ne les attache pas : la science est une opinion vraie « attachée » par le raisonnement qui en donne la cause.

La ligne divisée

Au livre VI de la République, Platon classe les degrés de connaissance sur une ligne divisée en quatre segments : l’imagination (images, reflets), la croyance (choses sensibles), la pensée discursive (dianoia, objets mathématiques), l’intellection (noèsis, les Idées). L'allégorie de la caverne, au livre VII, met en scène cette ascension.

La réminiscence

Si les Idées ne viennent pas des sens, d’où les connaissons-nous ? Dans le Ménon et le Phédon, Platon répond par la réminiscence : l’âme, immortelle, a contemplé les Idées avant de s’incarner ; apprendre, c’est se ressouvenir. Dans le Ménon, Socrate fait retrouver à un jeune esclave, par de simples questions, comment construire un carré de surface double : la vérité était en lui. C’est l’origine lointaine de l’innéisme des rationalistes.

Le Théétète : qu’est-ce que savoir ?

Le Théétète examine trois définitions de la science : la sensation, l’opinion vraie, l’opinion vraie accompagnée de raison (logos). Aucune n’est retenue comme pleinement satisfaisante, mais la troisième est à l’origine de la définition classique de la connaissance comme croyance vraie et justifiée, discutée jusqu’au XXe siècle.

L’âme, l’amour et la cité

  • L’âme est immortelle (Phédon) et composée de trois parties (République, IV) : la raison, le cœur (thumos, l’ardeur) et le désir. L’image de l’attelage ailé du Phèdre montre la raison en cocher conduisant deux chevaux.
  • L’amour (Banquet) est désir de ce qui manque ; bien orienté, il s’élève de la beauté d’un corps à la Beauté en soi.
  • La cité juste (République) reproduit la structure de l’âme : les gouvernants philosophes (raison), les gardiens (courage), les producteurs (désir). La justice est l’harmonie où chacun remplit sa fonction. D’où la thèse célèbre : les maux des cités ne cesseront que lorsque les philosophes seront rois ou que les rois seront philosophes.

Citations de Platon

  • « Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre » : inscription que la tradition place au fronton de l’Académie ; elle n’est attestée que par des auteurs tardifs (VIe siècle apr. J.-C.).
  • « Une vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécue » : parole de Socrate dans l'Apologie de Socrate (38a).
  • « Nul n’est méchant volontairement » : thèse socratique reprise notamment dans le Protagoras et le Timée.

Postérité

Platon a fondé une école, l’Académie, qui a duré, sous des formes diverses, jusqu’au Ier siècle av. J.-C. Aristote y a étudié vingt ans avant de critiquer la théorie des Idées. Le néoplatonisme (Plotin, IIIe siècle) a influencé saint Augustin et la pensée chrétienne. Descartes, avec ses idées innées, et les mathématiciens qui croient à l’existence objective des objets mathématiques (« platonisme mathématique ») se rattachent encore à lui.

Questions fréquentes

Quelle est l’idée principale de Platon ?

La théorie des Idées : au-delà des choses sensibles, changeantes, existent des réalités intelligibles, éternelles et parfaites (le Beau, le Juste, le Bien) que seule la raison peut connaître. La vraie connaissance porte sur elles.

Quelle est la différence entre Platon et Socrate ?

Socrate n’a rien écrit ; nous le connaissons surtout par Platon, qui le fait parler dans ses dialogues. On attribue généralement à Socrate la méthode d’interrogation et l’exigence morale, et à Platon la théorie des Idées et la construction d’un système.

Quel livre de Platon lire en premier ?

L'Apologie de Socrate, court et accessible, puis le Ménon (connaissance et réminiscence) et les livres VI et VII de la République (ligne divisée, allégorie de la caverne).

Pourquoi Platon se méfie-t-il de la démocratie ?

Parce qu’elle confie le pouvoir à l’opinion plutôt qu’au savoir, et qu’elle a condamné Socrate. Pour lui, gouverner est une compétence qui exige la connaissance du Bien.

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