Littérature · Auteurs
Michel Tremblay
Michel Tremblay, né en 1942 à Montréal, est un dramaturge et romancier québécois. Sa pièce Les Belles-Sœurs (1968), écrite en joual, a révolutionné le théâtre québécois ; ses Chroniques du Plateau-Mont-Royal font revivre son quartier natal.
Mis à jour le 4 min de lecture
Michel Tremblay, né le 25 juin 1942 à Montréal, est l’un des écrivains québécois les plus joués et les plus lus. Le 28 août 1968, la création des Belles-Sœurs au théâtre du Rideau Vert provoque un séisme : pour la première fois, quinze femmes d’un quartier populaire de Montréal parlent sur une grande scène dans leur langue de tous les jours, le joual. Depuis, Tremblay a construit une œuvre immense — une trentaine de pièces, une trentaine de romans — qui forme une véritable comédie humaine du Plateau-Mont-Royal, ses mères, ses travailleuses, ses marginaux et ses travestis.
Biographie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1942 | Naissance sur le Plateau-Mont-Royal, rue Fabre, dans une famille ouvrière ; son père est pressier |
| 1959-1963 | Apprend le métier de linotypiste à l’Institut des arts graphiques, puis travaille dans l’imprimerie |
| 1964 | Remporte le concours des jeunes auteurs de Radio-Canada avec Le Train |
| 1965 | Écrit Les Belles-Sœurs, refusée plusieurs fois |
| 1964-1966 | Rencontre le metteur en scène André Brassard, son complice de toujours ; Contes pour buveurs attardés (1966) |
| 1968 | Création des Belles-Sœurs au théâtre du Rideau Vert, mise en scène d’André Brassard |
| 1971-1973 | À toi, pour toujours, ta Marie-Lou, Hosanna |
| 1978 | La grosse femme d’à côté est enceinte, premier tome des Chroniques du Plateau-Mont-Royal |
| 1984 | Albertine en cinq temps |
| 1988 | Prix Athanase-David pour l’ensemble de son œuvre |
| 2007-2015 | Cycle romanesque de La Diaspora des Desrosiers |
Œuvres principales
| Œuvre | Date | Genre |
|---|---|---|
| Les Belles-Sœurs | 1968 | Théâtre |
| La Duchesse de Langeais | 1969 | Théâtre (monologue) |
| À toi, pour toujours, ta Marie-Lou | 1971 | Théâtre |
| Hosanna | 1973 | Théâtre |
| C’t’à ton tour, Laura Cadieux | 1973 | Roman |
| Sainte Carmen de la Main | 1976 | Théâtre |
| La grosse femme d’à côté est enceinte | 1978 | Roman (Chroniques I) |
| Thérèse et Pierrette à l’école des Saints-Anges | 1980 | Roman (Chroniques II) |
| La Duchesse et le Roturier | 1982 | Roman (Chroniques III) |
| Albertine en cinq temps | 1984 | Théâtre |
| Des nouvelles d’Édouard | 1984 | Roman (Chroniques IV) |
| Le Vrai Monde ? | 1987 | Théâtre |
| Le Premier Quartier de la lune | 1989 | Roman (Chroniques V) |
| Un objet de beauté | 1997 | Roman (Chroniques VI) |
| La Traversée du continent | 2007 | Roman (Diaspora des Desrosiers I) |
Les Belles-Sœurs (1968)
Germaine Lauzon, ménagère de l’est de Montréal, a gagné un million de timbres-primes qu’elle pourra échanger contre des objets de catalogue. Elle invite ses sœurs, belles-sœurs et voisines à l’aider à coller les timbres dans des carnets. Au fil de la soirée, les invitées volent les timbres, se jalousent, se disputent et se confient. Les célèbres chœurs (Une maudite vie plate !) et les monologues font entendre la frustration de femmes enfermées dans la pauvreté, la religion et la vie domestique. À la fin, toutes repartent avec le butin pendant que Germaine pleure sur ses timbres perdus.
Le scandale tient d’abord à la langue : le joual, français populaire montréalais, mêlé d’anglicismes et de jurons, jusque-là jugé indigne de la scène. Pour certains critiques, c’était une dégradation ; pour d’autres, une affirmation identitaire en pleine Révolution tranquille. La pièce a été traduite dans des dizaines de langues et jouée dans le monde entier ; elle a même été adaptée en comédie musicale (Belles-Sœurs, 2010).
Le cycle des Belles-Sœurs et les Chroniques
Les personnages de Tremblay passent d’une œuvre à l’autre : la famille de la « grosse femme » (inspirée de sa propre mère), Albertine et sa fille Thérèse, Édouard le cordonnier devenu la Duchesse de Langeais, travesti de la Main, le boulevard Saint-Laurent. Les pièces des années 1970 forment le « cycle des Belles-Sœurs » ; les romans des Chroniques du Plateau-Mont-Royal (six tomes, 1978-1997) remontent dans le temps et racontent les années 1940 et 1950 dans la rue Fabre. Avec La Diaspora des Desrosiers, Tremblay remonte encore plus loin, aux origines familiales dans les années 1910-1920.
Style
- Le joual et la langue parlée, au théâtre comme dans les dialogues des romans.
- Le chœur et le monologue, hérités de la tragédie grecque, transposés dans une cuisine montréalaise.
- La structure en mosaïque : Albertine en cinq temps fait dialoguer la même femme à cinq âges de sa vie.
- L’humour et la tendresse, même dans les drames les plus noirs.
Thèmes
- La famille et surtout la mère, figure omniprésente.
- La pauvreté et l’aliénation de la classe ouvrière francophone.
- La condition des femmes, mariées, frustrées, seules.
- L’homosexualité et l’identité de genre (Hosanna, La Duchesse de Langeais), à une époque où elles étaient taboues.
- Le Québec de la grande noirceur, puis de la Révolution tranquille.
- L’imaginaire et la fuite par la fiction, la musique ou le rêve.
Tremblay est un pilier de la littérature québécoise ; pour le contexte, voir l'histoire du Québec et Montréal.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le joual ?
Le joual désigne le français populaire parlé à Montréal, notamment dans les quartiers ouvriers, avec sa prononciation, ses anglicismes et ses jurons. Le mot vient de la prononciation populaire de « cheval ». Tremblay en a fait une langue littéraire.
Pourquoi Les Belles-Sœurs a-t-elle fait scandale ?
Parce qu’elle faisait entendre le joual sur une scène réputée, à une époque où le théâtre devait être joué en français « international ». La pièce montrait aussi sans complaisance la misère et la frustration des femmes, loin des images idéalisées.
Par quelle œuvre commencer Tremblay ?
Par Les Belles-Sœurs pour le théâtre, puis La grosse femme d’à côté est enceinte, premier roman des Chroniques du Plateau-Mont-Royal. Albertine en cinq temps est souvent considérée comme sa pièce la plus aboutie.
Où se trouve la rue Fabre ?
Sur le Plateau-Mont-Royal, à Montréal. C’est la rue de son enfance et le décor principal de ses Chroniques.