Littérature · Mouvements littéraires
Les mouvements littéraires
Un mouvement littéraire est un courant qui réunit des écrivains autour d’idées et de formes communes à une époque donnée. En France, on en distingue une quinzaine, de la littérature médiévale au Nouveau Roman.
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Un mouvement littéraire rassemble des auteurs qui partagent, à une période donnée, une même vision du monde, des thèmes et des choix d’écriture. Certains se sont proclamés comme tels, avec un manifeste et un chef de file (la Pléiade, le romantisme, le surréalisme) ; d’autres ont été nommés après coup par les historiens de la littérature (le baroque, le classicisme). Les dates sont donc toujours approximatives : les mouvements se chevauchent et un même écrivain peut en traverser plusieurs, comme Victor Hugo, romantique puis proche du réalisme dans Les Misérables.
Frise chronologique des mouvements littéraires
| Période | Mouvement | Idée directrice | Auteurs représentatifs |
|---|---|---|---|
| XIe–XVe s. | Littérature médiévale | Épopée, amour courtois, foi chrétienne | Chrétien de Troyes, Villon |
| XVIe s. | Humanisme | Retour aux textes antiques, confiance en l’homme | Rabelais, Montaigne, Érasme |
| 1549–1585 env. | La Pléiade | Illustrer la langue française par la poésie | Ronsard, Du Bellay |
| 1580–1660 env. | Baroque | Mouvement, illusion, instabilité du monde | Agrippa d’Aubigné, Théophile de Viau |
| 1660–1715 env. | Classicisme | Ordre, raison, imitation des Anciens, règles | Molière, Racine, La Fontaine |
| 1715–1789 env. | Lumières | Raison critique, tolérance, progrès | Voltaire, Diderot, Montesquieu |
| 1820–1850 env. | Romantisme | Sensibilité, moi, liberté de l’art | Hugo, Lamartine, Musset |
| 1830–1880 env. | Réalisme | Représenter fidèlement la société | Balzac, Stendhal, Flaubert |
| 1866–1876 env. | Parnasse | L’art pour l’art, perfection formelle | Leconte de Lisle, Heredia |
| 1870–1893 env. | Naturalisme | Méthode scientifique, hérédité et milieu | Zola, Maupassant |
| 1886–1900 env. | Symbolisme | Suggérer l’invisible par les symboles | Mallarmé, Verlaine, Rimbaud |
| 1924–1960 env. | Surréalisme | Libérer l’inconscient, écriture automatique | Breton, Éluard, Aragon |
| 1950–1960 | Théâtre de l’absurde | Dire l’absurdité de la condition humaine | Ionesco, Beckett |
| 1950–1970 | Nouveau Roman | Refus du personnage et de l’intrigue traditionnels | Robbe-Grillet, Sarraute |
Le Moyen Âge et la Renaissance
La littérature médiévale (XIe–XVe siècle)
Les premières œuvres en langue française sont des chansons de geste, épopées chantées qui célèbrent les exploits guerriers, comme La Chanson de Roland (fin du XIe siècle). Au XIIe siècle naissent le roman (au sens de récit en langue romane) et l'amour courtois : Chrétien de Troyes écrit les romans de la Table ronde. Le Roman de Renart parodie la société féodale, les fabliaux font rire, le théâtre religieux (mystères) et comique (farces) se développe. Au XVe siècle, François Villon renouvelle la poésie lyrique.
L’humanisme (XVIe siècle)
Porté par l’imprimerie (vers 1450) et la redécouverte des textes grecs et latins, l'humanisme place l’homme au centre de la réflexion. Il croit à l’éducation, à l’esprit critique et à la dignité humaine. Rabelais (Pantagruel, 1532 ; Gargantua, 1534) et Montaigne (Essais, 1580-1595) en sont les grandes figures françaises. Le mouvement est l’expression littéraire de la Renaissance.
La Pléiade (milieu du XVIe siècle)
Groupe de sept poètes réunis autour de Ronsard et de Du Bellay, la Pléiade publie en 1549 la Défense et illustration de la langue française, manifeste qui veut faire du français une langue littéraire égale au latin et à l’italien. Elle impose le sonnet et l'alexandrin.
Le XVIIe siècle : baroque et classicisme
Le baroque (fin XVIe – milieu XVIIe siècle)
Le baroque naît dans une Europe déchirée par les guerres de Religion. Il exprime l’instabilité du monde : goût du mouvement, de la métamorphose, de l’illusion et du masque, de la mort. Le théâtre du « monde comme scène » (L’Illusion comique de Corneille, 1636) en est un exemple.
Le classicisme (1660–1715 environ)
Sous Louis XIV, le classicisme recherche l’ordre, la clarté et la mesure. Il imite les Anciens, obéit à des règles (unités de temps, de lieu et d’action au théâtre, vraisemblance, bienséance) et vise à « plaire et instruire ». Ses chefs-d’œuvre : les comédies de Molière, les tragédies de Racine, les Fables de La Fontaine, l'Art poétique de Boileau (1674).
Le XVIIIe siècle : les Lumières
Les philosophes des Lumières mettent la littérature au service du combat d’idées : contre le fanatisme, l’arbitraire et l’esclavage, pour la tolérance et la liberté. Ils privilégient les formes argumentatives (conte philosophique, essai, lettre, dialogue, article d’encyclopédie). Voltaire (Candide, 1759), Montesquieu (Lettres persanes, 1721), Diderot et d’Alembert (Encyclopédie, 1751-1772), Rousseau en sont les figures majeures. Voir aussi le siècle des Lumières en histoire.
Le XIXe siècle : du romantisme au symbolisme
Le romantisme (1820–1850 environ)
Le romantisme rejette les règles classiques et exalte le moi, la sensibilité, la nature, l’histoire et la liberté de l’artiste. Les Méditations poétiques de Lamartine (1820) l’inaugurent en poésie ; la préface de Cromwell (1827) et la bataille d'Hernani (1830) de Victor Hugo l’imposent au théâtre.
Le réalisme (1830–1880 environ)
Le réalisme veut représenter la société telle qu’elle est, y compris dans ses aspects ordinaires ou laids. Balzac (La Comédie humaine), Stendhal et Flaubert (Madame Bovary, 1857) en sont les maîtres.
Le Parnasse (1866–1876 environ)
En réaction aux épanchements romantiques, le Parnasse défend « l’art pour l’art » : une poésie impersonnelle, travaillée comme une sculpture. Il tire son nom du recueil collectif Le Parnasse contemporain (1866).
Le naturalisme (1870–1893 environ)
Le naturalisme radicalise le réalisme en appliquant au roman la méthode des sciences expérimentales. Zola étudie l’influence de l’hérédité et du milieu sur une famille dans les vingt romans des Rougon-Macquart (1871-1893).
Le symbolisme (1886–1900 environ)
Le symbolisme cherche à suggérer, par des images et la musique du vers, une réalité cachée derrière le monde sensible. Le manifeste de Jean Moréas paraît dans Le Figaro le 18 septembre 1886. Baudelaire en est le précurseur ; Mallarmé, Verlaine et Rimbaud en sont les références.
Le XXe siècle : rupture et expérimentation
Le surréalisme (1924–1960 environ)
Né après la Première Guerre mondiale et héritier de Dada, le surréalisme est défini par André Breton dans le Manifeste du surréalisme (1924) : il veut libérer l’imagination et l’inconscient, notamment par l’écriture automatique.
L’existentialisme et l’absurde (années 1940–1950)
Après la Seconde Guerre mondiale, Sartre et Camus interrogent la liberté et le sens de l’existence (L’Étranger, 1942). Au théâtre, Ionesco (La Cantatrice chauve, 1950) et Beckett (En attendant Godot, 1953) fondent ce que la critique a appelé le théâtre de l’absurde.
Le Nouveau Roman (années 1950–1970)
Autour des Éditions de Minuit, Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute, Michel Butor et Claude Simon contestent les conventions du roman balzacien : personnage, intrigue, narrateur omniscient. C’est le Nouveau Roman.
Après 1960 : des courants plutôt que des écoles
Depuis les années 1960, la littérature française ne s’organise plus en grands mouvements dominants, mais en courants et en groupes plus limités.
| Courant | Date | Principe | Figures |
|---|---|---|---|
| Négritude | Années 1930-1960 | Affirmer l’identité et la culture noires contre le colonialisme | Aimé Césaire (Cahier d’un retour au pays natal, 1939), Léopold Sédar Senghor, Léon-Gontran Damas |
| OuLiPo | Fondé en 1960 | Écrire sous contraintes formelles (Ouvroir de littérature potentielle) | Raymond Queneau, Georges Perec (La Disparition, 1969, sans la lettre e) |
| Autofiction | Mot créé en 1977 | Récit de soi qui mêle autobiographie et fiction | Serge Doubrovsky (Fils), Annie Ernaux pour l’écriture de soi |
Genre dominant et mouvement
Chaque mouvement privilégie un ou deux genres, ce qui aide à le reconnaître.
| Mouvement | Genres privilégiés |
|---|---|
| Humanisme | Essai, roman satirique, traité d’éducation |
| Pléiade | Sonnet, ode |
| Classicisme | Tragédie, comédie, fable, maxime |
| Lumières | Conte philosophique, essai, lettre, article d’encyclopédie |
| Romantisme | Poésie lyrique, drame, roman historique |
| Réalisme et naturalisme | Roman, nouvelle |
| Parnasse et symbolisme | Poésie (sonnet, vers libre, poème en prose) |
| Surréalisme | Poésie, récit autobiographique, manifeste |
| Absurde | Théâtre |
| Nouveau Roman | Roman |
Les genres eux-mêmes sont présentés dans la fiche genres littéraires.
Comment situer un texte dans un mouvement ?
Pour rattacher un extrait à un mouvement, croisez quatre indices :
- La date de publication, qui délimite les mouvements possibles.
- Les thèmes : la raison et la critique sociale (Lumières), le moi et la nature (romantisme), la misère ouvrière (naturalisme), le rêve (surréalisme).
- La forme : respect des règles (classicisme), vers libéré ou prose poétique (symbolisme), refus de l’intrigue (Nouveau Roman).
- Le genre dominant : tragédie classique, conte philosophique, drame romantique, roman réaliste.
Ces repères sont essentiels pour le commentaire de texte au baccalauréat.
Questions fréquentes
Quel est le premier mouvement littéraire français ?
On cite généralement l’humanisme comme premier mouvement au sens strict, car il a une doctrine et des représentants identifiés. La littérature médiévale est une période plutôt qu’un mouvement.
Combien y a-t-il de mouvements littéraires ?
Il n’existe pas de liste officielle. Les programmes scolaires retiennent en général une douzaine de mouvements : humanisme, Pléiade, baroque, classicisme, Lumières, romantisme, réalisme, Parnasse, naturalisme, symbolisme, surréalisme, Nouveau Roman.
Quelle différence entre réalisme et naturalisme ?
Le naturalisme prolonge le réalisme en y ajoutant une ambition scientifique : Zola veut démontrer l’action de l’hérédité et du milieu, là où Balzac ou Flaubert cherchent surtout à peindre fidèlement la société.
Un auteur peut-il appartenir à plusieurs mouvements ?
Oui. Baudelaire est à la fois héritier du romantisme, proche du Parnasse et précurseur du symbolisme ; Maupassant passe du naturalisme au fantastique.