Littérature · Auteurs
Georges Perec
Georges Perec (1936-1982) est un écrivain français, membre de l’Oulipo, auteur des Choses (1965), de La Disparition, roman sans la lettre e, de W ou le souvenir d’enfance et de La Vie mode d’emploi (1978).
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Georges Perec, né à Paris le 7 mars 1936 et mort à Ivry-sur-Seine le 3 mars 1982, est l’un des écrivains français les plus inventifs du XXe siècle. Membre de l'Oulipo, il a fait de la contrainte formelle un moteur d’écriture : un roman entier sans la lettre e, un immeuble décrit pièce par pièce selon un parcours mathématique. Derrière le jeu se cache une blessure : orphelin de la guerre, il écrit autour d’un vide, celui de ses parents disparus. Il meurt d’un cancer à 45 ans, laissant une œuvre aussi ludique que bouleversante.
Biographie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1936 | Naissance à Paris, dans une famille de juifs polonais installés à Belleville |
| 1940 | Son père, engagé volontaire, meurt au front |
| 1941-1942 | Sa mère le met dans un convoi de la Croix-Rouge vers la zone libre ; il est caché dans le Vercors |
| 1943 | Sa mère est déportée à Auschwitz, d’où elle ne revient pas |
| 1945-1956 | Élevé par sa tante et son oncle, les Bienenfeld ; psychanalyse avec Françoise Dolto, puis plus tard avec Michel de M’Uzan et Jean-Bertrand Pontalis |
| 1961-1978 | Documentaliste en neurophysiologie au CNRS |
| 1965 | Les Choses, prix Renaudot |
| 1967 | Entre à l’Oulipo ; Un homme qui dort |
| 1969 | La Disparition, lipogramme en e |
| 1975 | W ou le souvenir d’enfance ; Tentative d’épuisement d’un lieu parisien |
| 1976-1982 | Compose des mots croisés pour l’hebdomadaire Le Point |
| 1978 | La Vie mode d’emploi, prix Médicis ; Je me souviens |
| 1982 | Mort d’un cancer du poumon ; 53 jours reste inachevé |
Œuvres principales
| Œuvre | Date | Genre |
|---|---|---|
| Les Choses. Une histoire des années soixante | 1965 | Roman, prix Renaudot |
| Un homme qui dort | 1967 | Récit à la deuxième personne |
| La Disparition | 1969 | Roman lipogrammatique (sans e) |
| Les Revenentes | 1972 | Roman monovocalique (seule voyelle : e) |
| Espèces d’espaces | 1974 | Essai |
| W ou le souvenir d’enfance | 1975 | Autobiographie et fiction alternées |
| Tentative d’épuisement d’un lieu parisien | 1975 | Inventaire |
| Je me souviens | 1978 | 480 souvenirs numérotés |
| La Vie mode d’emploi | 1978 | « Romans », prix Médicis |
| Un cabinet d’amateur | 1979 | Récit |
| Penser/Classer | 1985 (posthume) | Essais |
| 53 jours | 1989 (posthume) | Roman inachevé |
Les Choses (1965)
Jérôme et Sylvie, jeunes psychosociologues parisiens, rêvent d’une vie de confort et d’objets : appartements, meubles, vêtements, voyages. Le roman décrit leur désir de posséder, leur frustration et leur fuite en Tunisie, puis leur retour à une vie rangée. Écrit au conditionnel et au style indirect, sans dialogue, il est l’un des premiers romans français à analyser la société de consommation.
La Disparition (1969)
Ce roman policier de plus de 300 pages ne contient aucune fois la lettre e, la plus fréquente du français. Anton Voyl disparaît, ses amis enquêtent, et une malédiction frappe tous ceux qui s’approchent du secret. Le lipogramme n’est pas un simple exploit : le e absent renvoie à « eux », les parents disparus, et le roman parle constamment d’un manque qu’on ne peut nommer. Perec a écrit ensuite Les Revenentes, où le e est la seule voyelle autorisée.
W ou le souvenir d’enfance (1975)
Le livre alterne deux récits : une fiction sur W, île de la Terre de Feu entièrement vouée au sport, qui se révèle peu à peu une image des camps de concentration ; et le récit autobiographique de son enfance, fait de souvenirs incertains et de photographies commentées. Le chapitre autobiographique s’ouvre sur un aveu célèbre : « Je n’ai pas de souvenirs d’enfance ». Le livre est une réflexion majeure sur la mémoire de la Shoah.
La Vie mode d’emploi (1978)
Le roman décrit, à un instant donné, un immeuble parisien imaginaire, 11 rue Simon-Crubellier, pièce après pièce, et raconte les histoires de ses habitants passés et présents. Au centre, le riche Bartlebooth a consacré sa vie à un projet absurde : peindre 500 aquarelles de ports, les faire découper en puzzles, les reconstituer, puis les effacer. La construction repose sur des contraintes mathématiques : l’immeuble est vu comme un damier de 10 cases sur 10, parcouru selon la marche du cavalier aux échecs, et chaque chapitre doit contenir une liste d’éléments imposés. Le livre compte 99 chapitres.
Style
- La contrainte comme moteur : lipogramme, palindrome (il a écrit un palindrome de plus de 1 000 mots), listes, inventaires, combinatoire.
- L’inventaire et l’énumération : décrire exhaustivement le quotidien, l'« infra-ordinaire ».
- La variété des formes : Perec voulait écrire dans tous les genres, sans jamais refaire le même livre.
- Le jeu avec le lecteur : citations cachées, puzzles, mots croisés.
- L’écriture blanche de certains récits, distante, sans pathos.
Thèmes
- La mémoire et l’oubli, l’enfance effacée par la guerre.
- Le manque et la disparition.
- Le quotidien et les objets, de Les Choses à Je me souviens.
- L’espace : la page, la chambre, la rue, la ville (Espèces d’espaces).
- Le classement et les listes, ou comment ordonner le monde.
Questions fréquentes
La Disparition ne contient-elle vraiment aucun « e » ?
Oui, aucun dans le texte du roman. Perec a dû se passer de mots aussi courants que « le », « de », « je » ou « elle ».
Pourquoi Perec s’intéresse-t-il au manque ?
Parce que sa propre histoire est marquée par la disparition de ses parents : son père est tué en 1940, sa mère meurt à Auschwitz. Ses jeux formels sont aussi une manière de dire cette absence sans la nommer.
Qu’est-ce que l'« infra-ordinaire » ?
C’est le nom donné par Perec à ce que l’on ne remarque plus parce qu’il est banal : le bruit de fond, l’habituel, le quotidien. Il invite à l’observer et à l’inventorier.
Par quel livre commencer Perec ?
Les Choses ou Je me souviens, brefs et accessibles, puis W ou le souvenir d’enfance et La Vie mode d’emploi.