Littérature · Auteurs
Francis Ponge
Francis Ponge (1899-1988) est un poète français qui a consacré son œuvre aux choses ordinaires : l’huître, le cageot, la bougie, le savon. Son recueil Le Parti pris des choses (1942) a renouvelé le poème en prose.
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Francis Ponge, né à Montpellier le 27 mars 1899 et mort au Bar-sur-Loup (Alpes-Maritimes) le 6 août 1988, est l’un des poètes français majeurs du XXe siècle. Plutôt que d’exprimer ses sentiments, il décrit les objets les plus humbles — une huître, un cageot, une orange, un morceau de pain — en cherchant les mots qui leur rendent justice. Son recueil Le Parti pris des choses (1942) est devenu un classique étudié au lycée et à l’université, et il a fait de lui une référence pour toute la poésie d’après-guerre.
Biographie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1899 | Naissance à Montpellier dans une famille protestante ; enfance à Avignon puis à Caen |
| 1916-1919 | Études à Paris (khâgne au lycée Louis-le-Grand, droit) ; échoue à l’oral de l’École normale supérieure, paralysé par le mutisme |
| 1923 | Premiers textes publiés dans des revues ; rencontre Jean Paulhan, qui le soutiendra longtemps |
| 1926 | Douze petits écrits |
| 1930 | Bref compagnonnage avec les surréalistes |
| 1931-1937 | Employé aux Messageries Hachette, travail qu’il vit comme un écrasement |
| 1937-1947 | Membre du Parti communiste |
| 1942 | Le Parti pris des choses, chez Gallimard |
| 1942-1944 | Résistance en zone sud ; journaliste au Progrès de Lyon |
| 1944 | Jean-Paul Sartre lui consacre une longue étude, « L’Homme et les choses » |
| 1948 | Proêmes |
| 1952 | La Rage de l’expression ; professeur à l’Alliance française jusqu’en 1964 |
| 1961 | Le Grand Recueil (trois volumes) |
| 1965-1967 | Pour un Malherbe, Le Savon |
| 1974 | Prix international Neustadt |
| 1981 | Grand prix national de la poésie |
| 1988 | Mort au Bar-sur-Loup, où il vivait depuis les années 1950 |
Œuvres principales
| Œuvre | Date | Genre |
|---|---|---|
| Douze petits écrits | 1926 | Poèmes en prose |
| Le Parti pris des choses | 1942 | Recueil de poèmes en prose (32 textes) |
| Proêmes | 1948 | Textes réflexifs sur l’écriture |
| La Rage de l’expression | 1952 | Recueil de textes « en chantier » |
| Le Grand Recueil (Lyres, Méthodes, Pièces) | 1961 | Somme poétique et critique |
| Pour un Malherbe | 1965 | Essai sur le poète classique |
| Le Savon | 1967 | Texte-objet écrit sur vingt ans |
| Le Pré / La Fabrique du pré | 1964 / 1971 | Poème et dossier de sa genèse |
| Comment une figue de paroles et pourquoi | 1977 | Texte et brouillons |
Le Parti pris des choses (1942)
Le recueil rassemble de courts textes en prose consacrés chacun à un objet, un animal, un végétal ou un phénomène : Le Cageot, La Bougie, L’Huître, L’Orange, Le Pain, Les Mûres, Escargots, Le Galet, Pluie… Ponge n’y raconte rien et ne s’y confie pas : il observe la chose sous toutes ses faces, en tire des qualités inattendues et fait jouer la ressemblance entre la chose et le mot qui la nomme. Le cageot devient ainsi un objet modeste, « à claire-voie », destiné à être jeté après un seul usage ; l’huître, un monde fermé « opiniâtrement » qu’il faut forcer pour atteindre, à l’intérieur, une petite formation précieuse.
Le titre est un programme : prendre le parti des choses contre la parole toute faite, contre l’homme qui ne s’intéresse qu’à lui-même. Ponge résume ce double engagement par une formule souvent citée : « le parti pris des choses égale compte tenu des mots ». Décrire la chose, c’est donc aussi travailler la langue, son étymologie, ses sonorités, ses définitions de dictionnaire.
Un poète du langage autant que des choses
- Le poème en prose : Ponge écrit presque toujours en prose, une prose dense et rythmée qui refuse les effets du lyrisme traditionnel.
- Le dictionnaire : il cite volontiers le Littré, joue sur l’étymologie (le « cageot » et la « cage »), sur les homonymes et les paronymes. Voir les figures de style.
- L'« objeu » : mot-valise inventé par Ponge pour désigner un texte qui est à la fois un objet et un jeu, et qui doit avoir la même consistance que la chose décrite.
- Le texte en chantier : à partir de La Rage de l’expression, il publie ses brouillons, ses ratures et ses hésitations (La Fabrique du pré). Le processus d’écriture devient l’œuvre.
- L’humour : ses descriptions sont souvent drôles, ironiques, pleines d’une modestie revendiquée.
Thèmes
- Le monde muet des choses, qu’il faut faire parler sans les déformer.
- La critique de l’anthropocentrisme : l’homme n’est pas la mesure de tout.
- La résistance au lieu commun et aux idées reçues.
- Le classicisme : Ponge admire Malherbe, la précision et la rigueur de la langue française, ce qui le rapproche de Paul Valéry par certains côtés.
- La matière : minéraux (le galet), végétaux (le pré, la figue), aliments (le pain, l’orange), objets fabriqués (le savon, la cruche).
Place dans l’histoire littéraire
Ponge échappe aux étiquettes. Proche un temps des surréalistes, il s’en sépare vite par goût de la clarté. Sartre et Camus lisent Le Parti pris des choses à sa sortie et y voient une réponse au problème du sens ; Camus lui adresse une longue lettre sur le recueil. Dans les années 1960, la revue Tel Quel fait de lui un précurseur de la modernité textuelle. Ses œuvres complètes ont paru dans la Bibliothèque de la Pléiade. Il a influencé de nombreux poètes contemporains, attentifs comme lui à la matière du langage.
Pour situer Ponge parmi les formes poétiques, voir les genres littéraires et la versification, qu’il délaisse au profit de la prose.
Questions fréquentes
Que signifie « Le Parti pris des choses » ?
Le titre signifie prendre le parti des choses, se mettre de leur côté. Ponge veut décrire les objets pour eux-mêmes, sans en faire de simples symboles des sentiments humains, et trouver pour chacun une expression aussi juste que possible.
Francis Ponge écrit-il des poèmes ?
Oui, mais presque toujours en prose. Il ne se disait d’ailleurs pas volontiers « poète » et préférait parler de textes, de « proèmes » (mot formé sur « prose » et « poème ») ou d'« objeux ».
Quel texte de Ponge est le plus étudié ?
L’Huître, Le Cageot, La Bougie et L’Orange, tous tirés du Parti pris des choses, sont les plus souvent proposés en classe et aux examens, car ils sont brefs et très travaillés.
Ponge appartient-il à un mouvement ?
Non. Il a côtoyé les surréalistes et la revue Tel Quel, mais son œuvre reste inclassable. On le range parfois dans une « poésie de l’objet » aux côtés d’écrivains comme Guillevic.