Littérature · Mouvements littéraires
Littérature québécoise
La littérature québécoise est la littérature de langue française du Québec. Née des récits de la Nouvelle-France, elle s’affirme au XIXe siècle, se modernise avec Bonheur d’occasion (1945) et s’épanouit pendant la Révolution tranquille.
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La littérature québécoise désigne l’ensemble des œuvres écrites au Québec, principalement en français. Longtemps appelée « littérature canadienne-française », elle prend le nom de québécoise dans les années 1960, au moment où la province s’affirme comme nation. Son histoire suit celle du peuple francophone d’Amérique du Nord : survivance après la Conquête anglaise de 1760, attachement à la terre et à la foi catholique, puis entrée brutale dans la modernité urbaine, affirmation identitaire et ouverture au monde. Aujourd’hui, elle est l’une des littératures francophones les plus dynamiques, avec ses propres maisons d’édition, prix et institutions.
Les grandes périodes
| Période | Repères | Caractéristiques |
|---|---|---|
| Nouvelle-France (1534-1760) | Relations des jésuites, Marc Lescarbot, Marie de l’Incarnation | Récits de voyage, correspondances, textes religieux écrits surtout par des Français |
| Après la Conquête (1760-1840) | Premiers journaux, chansons, poésie patriotique | Imprimerie et presse ; naissance d’une conscience nationale |
| Littérature nationale (1840-1900) | François-Xavier Garneau, Philippe Aubert de Gaspé, Octave Crémazie, Louis Fréchette | Histoire, roman historique, poésie patriotique |
| Terroir et modernité naissante (1900-1945) | Émile Nelligan, Louis Hémon, Ringuet, Saint-Denys Garneau | Roman de la terre ; premiers poètes modernes |
| Grande noirceur et rupture (1945-1960) | Gabrielle Roy, Roger Lemelin, Refus global, Anne Hébert | Roman urbain, contestation de l’ordre clérical |
| Révolution tranquille (1960-1980) | Gaston Miron, Hubert Aquin, Marie-Claire Blais, Réjean Ducharme, Michel Tremblay | Affirmation nationale, joual, avant-gardes |
| Pluralité contemporaine (depuis 1980) | Dany Laferrière, Kim Thúy, Wajdi Mouawad, Naomi Fontaine | Écritures migrantes, littératures autochtones, diversité des genres |
Le XIXe siècle : écrire pour survivre
Après le rapport Durham (1839), qui juge les Canadiens français « sans histoire et sans littérature » et recommande leur assimilation, l’écriture devient un acte de résistance. François-Xavier Garneau publie son Histoire du Canada (1845-1848), qui fonde la mémoire nationale. Le premier roman canadien-français est généralement daté de 1837 : L’Influence d’un livre de Philippe Aubert de Gaspé fils. Son père, Philippe Aubert de Gaspé, publie en 1863 Les Anciens Canadiens, roman historique sur la Conquête. En poésie, Octave Crémazie et Louis Fréchette chantent la patrie. Voir l'histoire du Québec.
Le roman du terroir et les premiers modernes
Au début du XXe siècle domine le roman du terroir, qui exalte la fidélité à la terre, à la langue et à la religion. Le modèle en est Maria Chapdelaine (1913 en feuilleton, 1914 en volume), écrit par le Français Louis Hémon après un séjour au Lac-Saint-Jean. Le genre est ensuite remis en question de l’intérieur par Trente arpents de Ringuet (1938), qui montre le déclin d’un paysan, et par Le Survenant de Germaine Guèvremont (1945).
En poésie, Émile Nelligan (1879-1941), membre de l’École littéraire de Montréal, compose avant vingt ans une œuvre symboliste avant de sombrer dans la maladie mentale ; Le Vaisseau d’or est son poème le plus célèbre. Hector de Saint-Denys Garneau ouvre la poésie moderne avec Regards et jeux dans l’espace (1937).
1945-1960 : la ville et la révolte
Bonheur d’occasion (1945) de Gabrielle Roy fait entrer le roman dans la ville industrielle de Montréal ; Roger Lemelin peint aussi les quartiers populaires de Québec (Les Plouffe, 1948). En 1948, le manifeste Refus global, signé par le peintre Paul-Émile Borduas et d’autres artistes automatistes, dénonce l’emprise du clergé et la « grande noirceur » du régime de Maurice Duplessis. En poésie, Anne Hébert publie Le Tombeau des rois (1953) ; les éditions de l’Hexagone, fondées en 1953 par Gaston Miron, deviennent le foyer d’une poésie du pays.
La Révolution tranquille (1960-1980)
La modernisation rapide du Québec s’accompagne d’une explosion littéraire :
- Poésie du pays : Gaston Miron (L’Homme rapaillé, 1970), Paul Chamberland, Gatien Lapointe, Paul-Marie Lapointe.
- Roman : Hubert Aquin (Prochain épisode, 1965), Marie-Claire Blais (Une saison dans la vie d’Emmanuel, prix Médicis 1966), Réjean Ducharme (L’Avalée des avalés, 1966), Jacques Godbout, Jacques Ferron, Victor-Lévy Beaulieu.
- Le joual : la revue Parti pris (1963) défend l’usage littéraire du français populaire ; Michel Tremblay l’impose au théâtre avec Les Belles-Sœurs (1968).
- La chanson : Félix Leclerc, Gilles Vigneault (Mon pays), puis la génération de Robert Charlebois.
- Le féminisme : Nicole Brossard, la pièce Les fées ont soif de Denise Boucher (1978).
La Charte de la langue française de 1977 consacre le français comme langue officielle du Québec.
Depuis 1980 : une littérature plurielle
- Écritures migrantes : Régine Robin (La Québécoite, 1983), Dany Laferrière, Ying Chen, Sergio Kokis, Kim Thúy (Ru, 2009), le dramaturge Wajdi Mouawad (Incendies, 2003).
- Grand public : Yves Beauchemin (Le Matou, 1981), Arlette Cousture (Les Filles de Caleb), Michel Tremblay (Chroniques du Plateau-Mont-Royal).
- Roman de l’Amérique : Jacques Poulin (Volkswagen Blues, 1984), Nicolas Dickner (Nikolski, 2005).
- Littératures autochtones : la poète innue Joséphine Bacon, Naomi Fontaine (Kuessipan, 2011), Michel Jean (Kukum, 2019), An Antane Kapesh, pionnière dès 1976.
Œuvres à connaître
| Œuvre | Auteur | Date |
|---|---|---|
| Les Anciens Canadiens | Philippe Aubert de Gaspé | 1863 |
| Maria Chapdelaine | Louis Hémon | 1913-1914 |
| Trente arpents | Ringuet | 1938 |
| Bonheur d’occasion | Gabrielle Roy | 1945 |
| Le Survenant | Germaine Guèvremont | 1945 |
| Prochain épisode | Hubert Aquin | 1965 |
| Une saison dans la vie d’Emmanuel | Marie-Claire Blais | 1965 |
| L’Avalée des avalés | Réjean Ducharme | 1966 |
| Les Belles-Sœurs | Michel Tremblay | 1968 |
| L’Homme rapaillé | Gaston Miron | 1970 |
| Kamouraska | Anne Hébert | 1970 |
| Le Matou | Yves Beauchemin | 1981 |
| Volkswagen Blues | Jacques Poulin | 1984 |
| Incendies | Wajdi Mouawad | 2003 |
| Ru | Kim Thúy | 2009 |
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre littérature canadienne-française et québécoise ?
C’est d’abord une question d’époque : jusqu’aux années 1960, on parlait de littérature canadienne-française ; avec la Révolution tranquille, les écrivains du Québec revendiquent une identité québécoise. Les littératures francophones des autres provinces (Acadie, Ontario, Manitoba) gardent leur spécificité : l’Acadienne Antonine Maillet a obtenu le Goncourt en 1979 pour Pélagie-la-Charrette.
Quel est le premier roman québécois ?
On cite généralement L’Influence d’un livre (1837) de Philippe Aubert de Gaspé fils.
Pourquoi Maria Chapdelaine est-il si important ?
Ce roman d’un Français, publié en 1913-1914, est devenu le symbole du roman du terroir et de la fidélité canadienne-française à la terre, à la langue et à la foi. Il a connu un immense succès en France comme au Québec.
Quels prix récompensent la littérature québécoise ?
Les prix du Gouverneur général (Canada), le prix Athanase-David (plus haute distinction littéraire du Québec), le prix des libraires du Québec et le Grand Prix du livre de Montréal, entre autres.