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Littérature · Auteurs

Fiodor Dostoïevski

Fiodor Dostoïevski (1821-1881) est un romancier russe, auteur de Crime et Châtiment, de L’Idiot, des Démons et des Frères Karamazov. Condamné au bagne, épileptique, joueur, il a exploré comme personne la liberté, la culpabilité et la foi.

Mis à jour le 5 min de lecture

Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski, né à Moscou le 11 novembre 1821 et mort à Saint-Pétersbourg le 9 février 1881, est l’un des écrivains les plus influents de l’histoire. Ses grands romans, écrits souvent dans l’urgence pour payer ses dettes, mettent en scène des personnages déchirés entre le bien et le mal, la révolte et la foi, l’orgueil et l’humilité. Il a annoncé les tourments de la modernité — le nihilisme, les idéologies révolutionnaires, la mort de Dieu — et marqué durablement la philosophie, de Nietzsche à l'existentialisme, ainsi que la psychanalyse.

Biographie

Dates du calendrier grégorien (la Russie suivait le calendrier julien, en retard de douze jours).

DateÉvénement
1821Naissance à Moscou ; son père est médecin à l’hôpital des pauvres
1837Mort de sa mère ; entre à l’École des ingénieurs militaires de Saint-Pétersbourg
1839Mort de son père, peut-être assassiné par ses serfs (la thèse est aujourd’hui discutée)
1846Les Pauvres Gens, salué par le critique Belinski ; Le Double
1849Arrêté pour sa participation au cercle de Petrachevski ; condamné à mort, il subit un simulacre d’exécution le 22 décembre, la grâce du tsar n’étant annoncée qu’au dernier moment
1850-1854Quatre ans de bagne à Omsk, en Sibérie
1854-1859Soldat à Semipalatinsk ; épouse Maria Issaïeva en 1857
1860-1862Souvenirs de la maison des morts
1864Les Carnets du sous-sol ; mort de sa femme et de son frère Mikhaïl
1866Crime et Châtiment ; dicte Le Joueur en un mois à une sténographe, Anna Snitkina
1867Épouse Anna Snitkina ; quatre ans en Europe pour fuir ses créanciers, ruiné par la roulette
1868-1869L’Idiot
1871-1872Les Démons (ou Les Possédés)
1873-1881Journal d’un écrivain
1879-1880Les Frères Karamazov
1880Discours triomphal lors de l’inauguration du monument à Pouchkine à Moscou
1881Mort à Saint-Pétersbourg ; des dizaines de milliers de personnes suivent ses funérailles

Œuvres principales

ŒuvreDateGenre
Les Pauvres Gens1846Roman épistolaire
Le Double1846Roman court
Les Nuits blanches1848Nouvelle
Souvenirs de la maison des morts1860-1862Récit du bagne
Humiliés et offensés1861Roman
Les Carnets du sous-sol (Notes d’un souterrain)1864Récit
Crime et Châtiment1866Roman
Le Joueur1866Roman court
L’Idiot1868-1869Roman
Les Démons1871-1872Roman
L’Adolescent1875Roman
Les Frères Karamazov1879-1880Roman

Les grands romans

Crime et Châtiment (1866)

À Saint-Pétersbourg, Raskolnikov, étudiant pauvre, assassine à coups de hache une vieille prêteuse sur gages, et par accident sa sœur Lizaveta. Il s’est persuadé que les êtres « extraordinaires », comme Napoléon, ont le droit de transgresser la morale pour le bien de l’humanité. Mais après le crime, la fièvre, l’angoisse et la culpabilité le rongent. Le juge d’instruction Porphiri le traque par la seule psychologie. Sonia, jeune fille contrainte à la prostitution pour nourrir sa famille, l’amène à avouer ; il est condamné au bagne en Sibérie, où elle le suit et où s’amorce sa résurrection morale.

L’Idiot (1868-1869)

Le prince Mychkine, épileptique, bon et naïf jusqu’à la sainteté, revient de Suisse à Saint-Pétersbourg. Dostoïevski voulait y peindre « un homme parfaitement beau ». Pris entre deux femmes, Nastassia Filippovna et Aglaïa, et face au passionné Rogojine, sa bonté ne peut sauver personne et le roman s’achève dans le meurtre et la folie.

Les Démons (1871-1872)

Inspiré d’un fait réel — le meurtre d’un étudiant par le groupe révolutionnaire de Netchaïev en 1869 —, le roman décrit une cellule terroriste dans une ville de province, manipulée par Piotr Verkhovenski, autour du mystérieux et nihiliste Stavroguine. C’est une critique prophétique des idéologies révolutionnaires, qui a pu être lue comme une anticipation de la révolution russe.

Les Frères Karamazov (1879-1880)

Fiodor Pavlovitch Karamazov, père débauché et cynique, est assassiné. Ses trois fils incarnent trois rapports au monde : Dmitri, l’homme des passions, accusé à tort ; Ivan, l’intellectuel athée et révolté ; Aliocha, le cadet, novice au monastère auprès du starets Zossime. Le véritable meurtrier est le valet Smerdiakov, fils illégitime, qui a mis en pratique les idées d’Ivan. Le chapitre du « Grand Inquisiteur », poème imaginé par Ivan où le Christ revenu sur terre est arrêté par l’Inquisition, est l’un des textes les plus commentés de la littérature.

Style

  • La polyphonie : selon le critique Mikhaïl Bakhtine, Dostoïevski fait entendre des voix et des idées autonomes, sans que l’auteur tranche entre elles.
  • Le roman-tragédie : action concentrée sur quelques jours, scènes de foule, scandales, coups de théâtre.
  • Le monologue intérieur et la fièvre psychologique.
  • Le dialogue d’idées : les personnages incarnent des philosophies.

Thèmes

  • La liberté et son vertige : l’homme peut choisir le mal.
  • La culpabilité, la souffrance et la rédemption.
  • Dieu et l’athéisme : si Dieu n’existe pas, sur quoi fonder la morale ?
  • Le nihilisme et les idéologies révolutionnaires.
  • Les humiliés : pauvres, ivrognes, prostituées, enfants maltraités.
  • La Russie et l’orthodoxie, face à l’Occident. Voir la Russie.

On le compare souvent à Tolstoï, son contemporain, qu’il n’a jamais rencontré.

Questions fréquentes

Dostoïevski a-t-il écrit « Si Dieu n’existe pas, tout est permis » ?

Pas sous cette forme exacte. L’idée est discutée dans Les Frères Karamazov et attribuée à Ivan par d’autres personnages, qui la résument par la formule « tout est permis ». La phrase complète est une condensation devenue proverbiale, notamment après que Sartre l’a citée.

Pourquoi Dostoïevski a-t-il été envoyé au bagne ?

Pour avoir fréquenté le cercle de Petrachevski, groupe de discussion socialiste, et lu publiquement une lettre interdite de Belinski. Condamné à mort, il a vu sa peine commuée in extremis en quatre ans de bagne suivis de service militaire.

Dans quel ordre lire Dostoïevski ?

On peut commencer par Les Nuits blanches ou Le Joueur, courts, puis Crime et Châtiment, avant L’Idiot, Les Démons et Les Frères Karamazov, son testament.

Quelle traduction choisir ?

Les traductions d’André Markowicz (éditions Actes Sud), réalisées de 1990 à 2002, ont renouvelé la lecture de Dostoïevski en restituant les ruptures et les répétitions du style original, que les traductions anciennes avaient lissées.

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