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Littérature · Auteurs

Samuel Beckett

Samuel Beckett (1906-1989) est un écrivain irlandais qui a écrit en français et en anglais. Auteur d’En attendant Godot (1953) et de Fin de partie, figure majeure du théâtre de l’absurde, il reçoit le prix Nobel de littérature en 1969.

Mis à jour le 4 min de lecture

Samuel Beckett, né le 13 avril 1906 à Foxrock, près de Dublin, et mort à Paris le 22 décembre 1989, est l’un des écrivains les plus importants du XXe siècle. Irlandais installé en France, il a écrit l’essentiel de son œuvre majeure directement en français avant de se traduire lui-même en anglais, ou l’inverse. Son théâtre, réduit à quelques personnages qui attendent, se répètent et s’épuisent, a bouleversé la scène mondiale. Son œuvre explore, avec un humour noir constant, l’impuissance, la solitude et la difficulté même de dire.

Biographie

DateÉvénement
1906Naissance dans une famille protestante aisée de la banlieue de Dublin
1923-1927Études de français et d’italien au Trinity College de Dublin
1928-1930Lecteur d’anglais à l’École normale supérieure à Paris ; rencontre James Joyce, dont il devient un proche
1931Essai sur Proust
1937S’installe définitivement à Paris
1938Murphy, premier roman (en anglais) ; poignardé par un inconnu dans la rue, il se lie à Suzanne Dechevaux-Dumesnil, sa compagne jusqu’à la fin
1941-1942Membre d’un réseau de résistance ; fuit à Roussillon, dans le Vaucluse
1945Croix de guerre ; travaille pour la Croix-Rouge irlandaise à Saint-Lô
1946-1950Période d’écriture intense en français : la trilogie, En attendant Godot
1951-1953Molloy, Malone meurt, L’Innommable aux Éditions de Minuit, dirigées par Jérôme Lindon
1953Création d'En attendant Godot au théâtre de Babylone, à Paris, mise en scène de Roger Blin
1957Fin de partie
1961-1963Comment c’est ; Oh les beaux jours, avec Madeleine Renaud
1969Prix Nobel de littérature, qu’il ne va pas chercher lui-même
1989Mort à Paris quelques mois après Suzanne ; inhumé au cimetière du Montparnasse

Œuvres principales

ŒuvreDateGenre
Murphy1938 (anglais), 1947 (français)Roman
Watt1953Roman (écrit en anglais pendant la guerre)
Molloy1951Roman (trilogie)
Malone meurt1951Roman (trilogie)
L’Innommable1953Roman (trilogie)
En attendant Godot1952 (texte), 1953 (création)Théâtre
Fin de partie1957Théâtre
La Dernière Bande (Krapp’s Last Tape)1958Théâtre
Comment c’est1961Roman
Oh les beaux jours (Happy Days)1961 (anglais), 1963 (français)Théâtre
Film1965Court métrage avec Buster Keaton
Compagnie1980Récit
Cap au pire (Worstward Ho)1983Prose

Le théâtre de Beckett

En attendant Godot

Deux vagabonds, Vladimir et Estragon, attendent au bord d’une route, près d’un arbre, un certain Godot qui ne vient jamais. Ils parlent, se disputent, envisagent de se pendre, croisent Pozzo et son esclave Lucky, puis un garçon leur annonce que Godot viendra demain. Le deuxième acte reprend le premier presque à l’identique. La pièce s’ouvre sur la réplique « Rien à faire. » Voir la fiche détaillée sur En attendant Godot.

Fin de partie, Oh les beaux jours

Dans Fin de partie, Hamm, aveugle et paralysé, et son serviteur Clov, qui ne peut s’asseoir, vivent dans un abri où les parents de Hamm, Nagg et Nell, survivent dans des poubelles. Dans Oh les beaux jours, Winnie, enterrée jusqu’à la taille puis jusqu’au cou dans un mamelon de terre, bavarde avec optimisme en fouillant son sac. Les pièces suivantes deviennent de plus en plus brèves : une bouche dans le noir (Pas moi), un vieil homme qui écoute ses enregistrements (La Dernière Bande).

Beckett est, avec Eugène Ionesco, Arthur Adamov et Jean Genet, l’une des figures du théâtre de l’absurde, étiquette forgée par le critique Martin Esslin en 1961 et que Beckett n’a jamais revendiquée.

Les romans

La trilogie Molloy, Malone meurt, L’Innommable fait se succéder des narrateurs de plus en plus dépossédés : un infirme qui cherche sa mère, un vieillard mourant qui se raconte des histoires, puis une voix sans corps qui ne peut ni se taire ni continuer. Le roman se défait de l’intrigue, du personnage et du décor, ce qui a fait rapprocher Beckett du Nouveau Roman, publié chez le même éditeur.

Style

  • Le dépouillement : peu de personnages, décor nu, accessoires rares (un arbre, des chapeaux, une poubelle).
  • La répétition et la circularité : les actes, les gestes et les répliques reviennent.
  • Le comique hérité du music-hall, du cirque et du cinéma burlesque (Chaplin, Keaton).
  • Le silence : les didascalies imposent pauses et immobilités précises.
  • Le bilinguisme : écrire en français, langue apprise, lui permettait selon ses dires d’écrire « sans style ».

Thèmes

  • L’attente et l’absence de sens, rapprochées de l'absurde camusien.
  • Le corps diminué : cécité, paralysie, vieillesse, immobilité.
  • Le temps répétitif, où rien n’arrive.
  • La parole qui tourne à vide, mais qu’on ne peut arrêter.
  • La solidarité malgré tout : les couples beckettiens ne se quittent jamais.

Questions fréquentes

Qui est Godot ?

Beckett a toujours refusé de répondre et affirmé que s’il l’avait su, il l’aurait dit dans la pièce. L’interprétation religieuse (God, « Dieu » en anglais) est possible mais réductrice : Godot est surtout celui qu’on attend sans savoir pourquoi.

Pourquoi Beckett écrivait-il en français ?

À partir de 1946, il a choisi le français pour se dégager de l’influence de Joyce et de la richesse de sa langue maternelle. La langue étrangère l’obligeait à la simplicité. Il a ensuite traduit lui-même la plupart de ses textes.

Beckett a-t-il accepté le prix Nobel ?

Oui, mais il n’est pas allé à Stockholm. Son éditeur Jérôme Lindon a reçu le prix à sa place.

Par quelle œuvre commencer ?

Par En attendant Godot, puis Fin de partie. Pour la prose, Molloy est le plus accessible de la trilogie.

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