Histoire · Histoire de France
Histoire du Québec
Peuplé de longue date par les Premières Nations et les Inuit, le Québec naît de la Nouvelle-France (1608), passe aux Britanniques en 1760, entre dans la Confédération en 1867 et se modernise dans les années 1960.
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L'histoire du Québec est celle d’une société francophone d’Amérique du Nord, issue de la colonie française du Canada (Nouvelle-France), conquise par les Britanniques en 1759-1760, qui a conservé sa langue, sa religion catholique et son droit civil d’inspiration française. Province du Canada depuis la Confédération de 1867, le Québec connaît dans les années 1960 une modernisation rapide, la Révolution tranquille, et un débat persistant sur son statut, marqué par deux référendums sur la souveraineté (1980 et 1995). Pour la géographie actuelle de la province, voir la fiche Québec.
Chronologie de l’histoire du Québec
| Date | Événement |
|---|---|
| Avant le XVIe siècle | Territoire occupé par les peuples autochtones (Iroquoiens, Algonquiens, Inuit) |
| 1534 | Jacques Cartier plante une croix à Gaspé et prend possession du territoire au nom de François Ier |
| 1535 | Cartier remonte le Saint-Laurent jusqu’à Stadaconé (Québec) et Hochelaga (Montréal) |
| 3 juillet 1608 | Samuel de Champlain fonde Québec |
| 1627 | Création de la Compagnie des Cent-Associés |
| 1634 | Fondation de Trois-Rivières |
| 17 mai 1642 | Fondation de Ville-Marie (Montréal) par Paul de Chomedey de Maisonneuve et Jeanne Mance |
| 1663 | Louis XIV fait de la Nouvelle-France une colonie royale |
| 1663-1673 | Arrivée des Filles du roi |
| 1665 | Arrivée de l’intendant Jean Talon et du régiment de Carignan-Salières |
| 1701 | Grande Paix de Montréal avec une quarantaine de nations autochtones |
| 1713 | Traité d’Utrecht : la France cède l’Acadie, Terre-Neuve et la baie d’Hudson |
| 1755 | Déportation des Acadiens par les Britanniques |
| 13 septembre 1759 | Bataille des plaines d’Abraham ; Québec capitule le 18 |
| 8 septembre 1760 | Capitulation de Montréal |
| 10 février 1763 | Traité de Paris : la France cède le Canada à la Grande-Bretagne |
| 1774 | Acte de Québec : rétablissement du droit civil français et liberté du culte catholique |
| 1791 | Acte constitutionnel : création du Bas-Canada et du Haut-Canada |
| 1837-1838 | Rébellions des Patriotes |
| 1840 | Acte d’Union (en vigueur en 1841) : création de la province du Canada-Uni |
| 1er juillet 1867 | Confédération : naissance du Dominion du Canada et de la province de Québec |
| 1917 | Crise de la conscription |
| 1940 | Droit de vote des femmes au Québec |
| 1944-1959 | Gouvernement de Maurice Duplessis (après un premier mandat en 1936-1939) |
| 1960 | Élection de Jean Lesage : début de la Révolution tranquille |
| 1963 | Nationalisation de l’électricité, Hydro-Québec |
| 1964 | Création du ministère de l’Éducation |
| 1967 | Exposition universelle de Montréal ; « Vive le Québec libre ! » du général de Gaulle |
| Octobre 1970 | Crise d’Octobre (Front de libération du Québec) |
| 15 novembre 1976 | Victoire du Parti québécois de René Lévesque |
| 26 août 1977 | Charte de la langue française (loi 101) |
| 20 mai 1980 | Premier référendum sur la souveraineté-association : 59,56 % de non |
| 1982 | Rapatriement de la Constitution canadienne sans l’accord du Québec |
| 1987-1990 | Échec de l’accord du lac Meech |
| 30 octobre 1995 | Second référendum sur la souveraineté : 50,58 % de non |
La Nouvelle-France (1534-1763)
Exploration et fondation
Les Premières Nations et les Inuit occupent le territoire depuis des millénaires lorsque Jacques Cartier, envoyé par François Ier, explore le golfe et le fleuve Saint-Laurent lors de trois voyages (1534, 1535-1536, 1541-1542). La colonisation durable commence au début du XVIIe siècle, liée au commerce des fourrures, surtout du castor. Le 3 juillet 1608, Samuel de Champlain fonde l'« Abitation » de Québec. Champlain s’allie aux Hurons-Wendats, aux Algonquins et aux Innus, ce qui entraîne les Français dans le conflit avec la Confédération iroquoise.
Une colonie royale
La croissance est lente : vers 1660, la colonie ne compte que quelques milliers d’habitants. En 1663, Louis XIV reprend la colonie en main : elle est dirigée par un gouverneur (militaire et diplomatie), un intendant (justice, police, finances) et un Conseil souverain. L’intendant Jean Talon encourage le peuplement, l’agriculture et les manufactures. Entre 1663 et 1673, environ 770 à 800 Filles du roi, jeunes femmes dont le voyage et la dot sont pris en charge par le roi, viennent s’y marier. La terre est concédée selon le régime seigneurial : les seigneurs concèdent des lots étroits et allongés, perpendiculaires au fleuve, aux censitaires (« habitants »).
Explorateurs, missionnaires et coureurs des bois étendent l’influence française vers les Grands Lacs et le Mississippi : Louis Jolliet et Jacques Marquette (1673), Cavelier de La Salle, qui atteint le golfe du Mexique en 1682 et nomme la Louisiane. La Grande Paix de Montréal (1701) met fin aux guerres franco-iroquoises.
La Conquête
La Nouvelle-France, immense mais peu peuplée (environ 70 000 habitants d’origine européenne vers 1760, contre plus d’un million et demi dans les colonies britanniques), est menacée par les guerres franco-britanniques. Pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763), le général britannique Wolfe bat Montcalm sur les plaines d’Abraham le 13 septembre 1759 ; les deux chefs y sont mortellement blessés. Québec capitule le 18 septembre. Malgré la victoire de Lévis à Sainte-Foy (avril 1760), Montréal capitule le 8 septembre 1760. Par le traité de Paris du 10 février 1763, la France cède le Canada à la Grande-Bretagne.
Sous le régime britannique (1763-1867)
La Proclamation royale de 1763 impose d’abord les lois anglaises. Pour s’assurer la loyauté des Canadiens face à l’agitation des Treize Colonies, Londres adopte l'Acte de Québec (1774), qui rétablit le droit civil français, garantit le libre exercice de la religion catholique et maintient le régime seigneurial.
L’arrivée de loyalistes fuyant la révolution américaine conduit à l'Acte constitutionnel de 1791, qui divise la colonie en Haut-Canada (anglophone, futur Ontario) et Bas-Canada (majoritairement francophone, futur Québec), chacun doté d’une Chambre d’assemblée élue. Au Bas-Canada, le Parti patriote de Louis-Joseph Papineau, majoritaire à l’Assemblée, réclame un gouvernement responsable devant les élus ; les 92 Résolutions (1834) sont rejetées par Londres. En 1837 et 1838, les rébellions des Patriotes sont écrasées : douze patriotes sont pendus et 58 déportés en Australie.
Chargé d’enquêter, lord Durham recommande l’assimilation des Canadiens français. L'Acte d’Union (1840) réunit les deux Canadas dans une seule province avec l’anglais comme seule langue officielle, avant que le gouvernement responsable ne soit obtenu en 1848 grâce à l’alliance réformiste de Louis-Hippolyte La Fontaine et Robert Baldwin.
Dans la Confédération canadienne (1867-1960)
Le 1er juillet 1867, l’Acte de l’Amérique du Nord britannique crée le Dominion du Canada, fédération de quatre provinces : Québec, Ontario, Nouvelle-Écosse et Nouveau-Brunswick. Le Québec retrouve un gouvernement et une législature propres, compétents notamment en éducation et en droit civil. Voir la fiche Canada.
Jusqu’au milieu du XXe siècle, la société canadienne-française reste marquée par le poids de l'Église catholique, qui contrôle l’éducation, la santé et l’assistance, et par une économie largement dominée par des capitaux anglophones. Près d’un million de Québécois émigrent vers les usines de Nouvelle-Angleterre entre 1840 et 1930. Les crises de la conscription de 1917 et de 1944 opposent Canadiens français et Canadiens anglais. Les femmes obtiennent le droit de vote au Québec en 1940, sous le gouvernement d’Adélard Godbout.
Le long gouvernement de Maurice Duplessis (Union nationale), de 1944 à 1959, conservateur, autonomiste et proche du clergé, est souvent qualifié de « Grande Noirceur », jugement aujourd’hui nuancé par les historiens. La grève de l’amiante (1949) et le manifeste Refus global (1948) annoncent pourtant le changement.
La Révolution tranquille (1960-1970)
L’élection du libéral Jean Lesage, le 22 juin 1960, ouvre une décennie de réformes rapides, menées par l’État québécois :
- Éducation : rapport Parent, création du ministère de l’Éducation (1964), des polyvalentes, des cégeps (1967) et de l’Université du Québec (1968) ;
- Économie : nationalisation des compagnies privées d’électricité et expansion d'Hydro-Québec (1963), après l’élection de 1962 menée sur le thème « Maîtres chez nous » ; création de la Caisse de dépôt et placement (1965) ;
- Laïcisation : l’État remplace l’Église dans l’éducation, la santé et les services sociaux ;
- Identité : les « Canadiens français » se définissent de plus en plus comme Québécois.
L'Expo 67 à Montréal ouvre le Québec au monde. Le 24 juillet 1967, du balcon de l’hôtel de ville de Montréal, le général de Gaulle lance « Vive le Québec libre ! », qui provoque une crise diplomatique avec Ottawa (voir Charles de Gaulle).
La question nationale (depuis 1968)
Le Parti québécois (PQ), fondé en 1968 par René Lévesque, prône la souveraineté-association. Une frange radicale, le Front de libération du Québec (FLQ), commet des attentats ; en octobre 1970, il enlève le diplomate britannique James Cross et le ministre Pierre Laporte, retrouvé mort. Le gouvernement fédéral de Pierre Elliott Trudeau applique la Loi sur les mesures de guerre.
Élu le 15 novembre 1976, le PQ fait adopter la Charte de la langue française (loi 101, 1977), qui fait du français la langue officielle de l’État, du travail, du commerce et de l’enseignement. Le référendum du 20 mai 1980 sur la souveraineté-association est rejeté par 59,56 % des voix. En 1982, la Constitution canadienne est rapatriée de Londres avec une Charte des droits et libertés, sans l’accord du Québec. Les tentatives de réconciliation (accord du lac Meech, 1987-1990 ; accord de Charlottetown, rejeté en 1992) échouent. Le référendum du 30 octobre 1995 est rejeté de justesse, par 50,58 % des voix, avec une participation de plus de 93 %.
Questions fréquentes
Pourquoi parle-t-on français au Québec ?
Parce que le Québec est issu de la Nouvelle-France, colonie fondée par la France au XVIIe siècle. Après la Conquête de 1760, les quelque 70 000 Canadiens ont conservé leur langue, protégée par l’Acte de Québec (1774) et, plus tard, par la loi 101 (1977).
Qui a fondé Québec ?
Samuel de Champlain, le 3 juillet 1608. Jacques Cartier avait exploré le site, alors village iroquoien de Stadaconé, en 1535.
Qu’est-ce que la Révolution tranquille ?
C’est la période de réformes rapides qui suit l’élection de Jean Lesage en 1960 : l’État québécois prend en charge l’éducation, la santé et une partie de l’économie, auparavant dominées par l’Église et les capitaux anglophones.
Que signifie la devise « Je me souviens » ?
C’est la devise du Québec, gravée en 1883 sous les armoiries de la façade de l’hôtel du Parlement, à l’initiative de l’architecte Eugène-Étienne Taché. Elle figure sur les plaques d’immatriculation depuis 1978 et rappelle l’attachement à l’histoire et à l’héritage de la province.
Quand le Québec a-t-il failli devenir indépendant ?
Lors du référendum du 30 octobre 1995, où le non à la souveraineté l’a emporté avec seulement 50,58 % des voix.