Littérature · Auteurs
Aimé Césaire
Aimé Césaire (1913-2008) est un poète, dramaturge et homme politique martiniquais, cofondateur de la négritude avec Senghor et Damas. Auteur du Cahier d’un retour au pays natal, il fut maire de Fort-de-France pendant 56 ans.
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Aimé Césaire, né le 26 juin 1913 à Basse-Pointe, en Martinique, et mort le 17 avril 2008 à Fort-de-France, est l’une des grandes voix poétiques du XXe siècle et une figure majeure de l’anticolonialisme. Avec Léopold Sédar Senghor et Léon-Gontran Damas, il fonde dans les années 1930 le mouvement de la négritude, affirmation de l’identité et de la dignité des peuples noirs. Poète proche du surréalisme, auteur de théâtre et d’essais, il a aussi mené une longue carrière politique comme député et maire de Fort-de-France.
Biographie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1913 | Naissance à Basse-Pointe, dans le nord de la Martinique ; père fonctionnaire, mère couturière |
| 1924-1931 | Boursier au lycée Victor-Schœlcher de Fort-de-France |
| 1931 | Arrive à Paris, en khâgne au lycée Louis-le-Grand ; rencontre Léopold Sédar Senghor |
| 1934-1935 | Fonde avec Senghor, Damas et d’autres étudiants le journal L’Étudiant noir |
| 1935 | Entre à l’École normale supérieure |
| 1937 | Épouse Suzanne Roussi, intellectuelle martiniquaise |
| 1939 | Publie le Cahier d’un retour au pays natal dans la revue Volontés ; rentre enseigner au lycée Schœlcher, où il a Frantz Fanon pour élève |
| 1941-1945 | Anime la revue Tropiques avec Suzanne Césaire, malgré la censure du régime de Vichy ; rencontre André Breton, de passage en Martinique |
| 1945 | Élu maire de Fort-de-France (jusqu’en 2001) et député (jusqu’en 1993) |
| 1946 | Rapporteur de la loi faisant de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane et de La Réunion des départements |
| 1950 | Discours sur le colonialisme |
| 1956 | Lettre à Maurice Thorez : quitte le Parti communiste français |
| 1958 | Fonde le Parti progressiste martiniquais |
| 1963-1969 | Trilogie théâtrale : La Tragédie du roi Christophe, Une saison au Congo, Une tempête |
| 2008 | Mort à Fort-de-France ; obsèques nationales |
| 2011 | Une plaque en son honneur est apposée au Panthéon |
Œuvres principales
| Œuvre | Date | Genre |
|---|---|---|
| Cahier d’un retour au pays natal | 1939 (revue), 1947 (volume) | Poème |
| Les Armes miraculeuses | 1946 | Poésie |
| Soleil cou coupé | 1948 | Poésie |
| Discours sur le colonialisme | 1950, réédité en 1955 | Essai |
| Lettre à Maurice Thorez | 1956 | Lettre ouverte |
| Ferrements | 1960 | Poésie |
| Toussaint Louverture | 1960 | Essai historique |
| La Tragédie du roi Christophe | 1963 | Théâtre |
| Une saison au Congo | 1966 | Théâtre |
| Une tempête | 1969 | Théâtre, d’après Shakespeare |
| Moi, laminaire | 1982 | Poésie |
Cahier d’un retour au pays natal
Long poème en prose et en vers libres, écrit à la fin des années 1930, le Cahier suit le retour imaginaire du poète dans sa Martinique natale. Il décrit d’abord, avec une violence crue, la misère, la résignation et l’aliénation d’une île colonisée ; puis il opère un renversement : le poète assume son identité noire, ses ancêtres africains, l’histoire de l’esclavage, et la transforme en force de révolte et de libération. C’est dans ce texte que le mot « négritude » apparaît pour la première fois imprimé. Passé presque inaperçu en 1939, le poème est révélé par André Breton, qui le préface dans l’édition de 1947 en saluant « un grand poète noir ».
Discours sur le colonialisme (1950)
Pamphlet d’une grande virulence, le Discours démonte la prétention de l’Europe à « civiliser » les peuples colonisés. Césaire y soutient que la colonisation déshumanise le colonisateur lui-même et la résume par une formule frappante : « colonisation = chosification ». Il rapproche aussi le nazisme des violences que l’Europe avait infligées aux peuples colonisés avant de les subir à son tour. Le texte est devenu un classique de la pensée anticoloniale. Voir la colonisation et la décolonisation.
Le théâtre
Dans les années 1960, Césaire se tourne vers le théâtre pour toucher un public plus large et réfléchir aux indépendances. La Tragédie du roi Christophe montre la dérive d’Henri Christophe, roi d'Haïti au début du XIXe siècle ; Une saison au Congo retrace le destin de Patrice Lumumba ; Une tempête réécrit La Tempête de Shakespeare du point de vue de Caliban, l’esclave révolté, face à Prospero.
Style
- Une poésie torrentielle : images foisonnantes, énumérations, vocabulaire rare (botanique, géologique, médical).
- L’influence du surréalisme, que Césaire utilise comme arme de libération plutôt que comme jeu.
- La violence verbale et le cri, au service de la révolte.
- Le rythme oral, proche de l’incantation.
Thèmes
- La négritude : assumer son identité noire et son histoire.
- La critique du colonialisme et de l’esclavage.
- La Martinique : paysages, volcan, misère, beauté.
- L’Afrique comme origine retrouvée.
- La révolte et la liberté des peuples.
Sur son compagnon de route, voir Léopold Sédar Senghor, et plus largement la littérature francophone.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la négritude selon Césaire ?
Pour Césaire, la négritude est la prise de conscience d’être noir, l’acceptation de ce fait et de son destin, de son histoire et de sa culture. C’est à la fois un acte de révolte contre l’assimilation coloniale et une revendication de dignité.
Pourquoi Césaire a-t-il voté la départementalisation ?
En 1946, faire de la Martinique un département devait garantir aux Martiniquais les mêmes droits sociaux que les Français de métropole. Césaire a ensuite critiqué les limites de cette assimilation et défendu une plus grande autonomie.
Césaire est-il au Panthéon ?
Il est inhumé à Fort-de-France, selon son souhait. Une plaque et une fresque lui rendent hommage au Panthéon depuis 2011.
Qui a été l’élève d’Aimé Césaire ?
Frantz Fanon, futur auteur de Peau noire, masques blancs, a été son élève au lycée Schœlcher de Fort-de-France.