Littérature · Mouvements littéraires
La négritude
La négritude est un mouvement littéraire et politique né à Paris dans les années 1930 autour de Césaire, Senghor et Damas. Il revendique l’identité, la culture et la dignité des peuples noirs face au colonialisme.
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La négritude est un mouvement littéraire, culturel et politique fondé dans les années 1930 par trois étudiants noirs de Paris : le Martiniquais Aimé Césaire, le Sénégalais Léopold Sédar Senghor et le Guyanais Léon-Gontran Damas. Face à la politique d’assimilation coloniale, qui voulait faire des colonisés des Français « à la peau noire » en niant leurs cultures, ils revendiquent fièrement leur identité noire, leur héritage africain et l’histoire de l’esclavage. Le mot, forgé par Césaire à partir du terme injurieux « nègre », retourne l’insulte en étendard. Le mouvement a profondément marqué la poésie de langue française et accompagné la marche vers les indépendances.
Les origines
| Date | Événement |
|---|---|
| 1921 | Batouala, du Martiniquais René Maran, prix Goncourt ; sa préface dénonce les abus coloniaux |
| Années 1920 | Harlem Renaissance aux États-Unis : Langston Hughes, Claude McKay, Countee Cullen |
| 1931-1932 | La Revue du monde noir, animée notamment par les sœurs martiniquaises Paulette et Jane Nardal, dont le salon de Clamart réunit les intellectuels noirs |
| 1932 | Légitime défense, revue d’étudiants martiniquais (Étienne Léro, René Ménil) marquée par le surréalisme et le marxisme |
| 1934-1935 | L’Étudiant noir, journal fondé par Césaire, Senghor, Damas et d’autres |
| 1937 | Pigments, recueil de Léon-Gontran Damas, souvent considéré comme le premier texte de la négritude |
| 1939 | Cahier d’un retour au pays natal de Césaire, où le mot « négritude » apparaît imprimé |
| 1941-1945 | Revue Tropiques en Martinique |
| 1945-1948 | Chants d’ombre et Hosties noires de Senghor |
| 1947 | Fondation de la revue et des éditions Présence africaine par le Sénégalais Alioune Diop |
| 1948 | Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française de Senghor, avec la préface de Sartre, « Orphée noir » |
| 1956 | Premier Congrès des écrivains et artistes noirs, à la Sorbonne |
| 1966 | Premier Festival mondial des arts nègres, à Dakar |
Les trois fondateurs
| Fondateur | Origine | Œuvre fondatrice | Accent |
|---|---|---|---|
| Aimé Césaire (1913-2008) | Martinique | Cahier d’un retour au pays natal (1939) | Révolte anticoloniale, poésie torrentielle proche du surréalisme |
| Léopold Sédar Senghor (1906-2001) | Sénégal | Chants d’ombre (1945) | Valeurs culturelles africaines, rythme, métissage |
| Léon-Gontran Damas (1912-1978) | Guyane | Pigments (1937) | Colère, ironie, rejet de l’assimilation, rythme du jazz |
Voir les fiches Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor.
Les idées de la négritude
- Le refus de l’assimilation : les colonisés ne doivent pas renier leur culture pour adopter celle du colonisateur.
- La réhabilitation de l’Afrique : ses civilisations, ses arts, ses langues, ses traditions orales, alors méprisés par l’idéologie coloniale.
- La mémoire de l’esclavage et de la traite négrière, assumée comme histoire commune de la diaspora.
- La solidarité des peuples noirs d’Afrique, des Antilles et des Amériques.
- La dénonciation du colonialisme et du racisme, qui conduit à la lutte pour la décolonisation.
- Une poétique : réappropriation du français, rythmes inspirés des chants africains, du jazz et du blues, images neuves.
Les autres voix
La négritude réunit de nombreux poètes, notamment ceux de l'Anthologie de 1948 : les Sénégalais Birago Diop et David Diop, le Malgache Jacques Rabemananjara, le Guadeloupéen Guy Tirolien, le Haïtien Jacques Roumain. L’Ivoirien Bernard Dadié et le Congolais Tchicaya U Tam’si en prolongent l’héritage dans les années 1950-1960.
Critiques et dépassements
Dès les années 1950-1960, la négritude est discutée :
- Frantz Fanon, ancien élève de Césaire, salue sa force libératrice dans Peau noire, masques blancs (1952), mais met en garde contre le risque d’enfermer les Noirs dans une essence.
- Wole Soyinka, futur prix Nobel nigérian, ironise sur un mouvement trop théorique : selon une boutade célèbre, le tigre ne proclame pas sa « tigritude », il bondit.
- Des écrivains africains reprochent à Senghor l’idée d’une émotion « nègre » opposée à la raison européenne, qui semblait reprendre un cliché colonial.
- Aux Antilles, Édouard Glissant développe l’antillanité et la poétique de la relation ; en 1989, Jean Bernabé, Patrick Chamoiseau et Raphaël Confiant publient Éloge de la créolité, qui revendique le mélange des cultures plutôt que la seule racine africaine, tout en rendant hommage à Césaire.
Héritage
La négritude a donné à la poésie de langue française certaines de ses œuvres majeures et a joué un rôle déterminant dans l’émancipation des peuples colonisés. Elle a ouvert la voie à toute la littérature francophone d’Afrique et des Antilles, ainsi qu’aux réflexions postcoloniales. Pour le contexte historique, voir la colonisation.
Questions fréquentes
Qui a inventé le mot négritude ?
Aimé Césaire, au milieu des années 1930. Le mot apparaît imprimé dans le Cahier d’un retour au pays natal, publié en 1939 dans la revue Volontés.
Quelle est la différence entre la négritude de Césaire et celle de Senghor ?
Césaire met l’accent sur la révolte contre le colonialisme et sur l’histoire de la diaspora noire ; Senghor sur une culture africaine originale et sur le dialogue des civilisations, qu’il appelle « civilisation de l’universel ».
La négritude est-elle un mouvement politique ?
C’est d’abord un mouvement littéraire et culturel, mais il a une portée politique : ses fondateurs ont été députés, et Senghor est devenu président du Sénégal. Il a nourri la lutte anticoloniale.
Quels textes de la négritude lire ?
Le Cahier d’un retour au pays natal de Césaire, Pigments de Damas, Chants d’ombre de Senghor, et le Discours sur le colonialisme de Césaire pour la dimension politique.