Histoire · Moyen Âge
Le Saint-Empire romain germanique
Le Saint-Empire romain germanique est une monarchie élective d’Europe centrale qui dure de 962 à 1806. Il regroupe des centaines de principautés autour de l’Allemagne actuelle.
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Le Saint-Empire se veut l’héritier de l’Empire romain d’Occident restauré par Charlemagne en 800. Son centre est le royaume de Germanie, auquel s’ajoutent longtemps le royaume d’Italie et celui de Bourgogne (Arles). Ce n’est pas un État centralisé mais une fédération complexe de royaumes, duchés, principautés ecclésiastiques, comtés et villes libres, sous l’autorité d’un empereur élu. Voltaire résumait ironiquement : il n’était « ni saint, ni romain, ni empire ». Il a pourtant duré plus de huit siècles et a profondément marqué l’histoire de l'Allemagne, de l’Autriche, de l’Italie et de l’Europe centrale.
Repères chronologiques
| Date | Événement |
|---|---|
| 843 | Traité de Verdun : partage de l’empire carolingien |
| 962 | Otton Ier couronné empereur à Rome par le pape Jean XII |
| 1075-1122 | Querelle des Investitures ; Canossa (1077) ; concordat de Worms (1122) |
| 1152-1190 | Frédéric Barberousse ; l’adjectif « saint » apparaît vers 1157 |
| 1250 | Mort de Frédéric II ; Grand Interrègne (1250-1273) |
| 1273 | Élection de Rodolphe de Habsbourg |
| 1356 | Bulle d’or de Charles IV : règles de l’élection impériale |
| 1438 | Les Habsbourg conservent presque sans interruption le titre impérial jusqu’en 1806 |
| 1495 | Diète de Worms : réforme de l’Empire, paix perpétuelle |
| 1519-1556 | Charles Quint ; Réforme protestante |
| 1555 | Paix d’Augsbourg : cujus regio, ejus religio |
| 1618-1648 | Guerre de Trente Ans ; traités de Westphalie |
| 1683 | Siège de Vienne par les Ottomans, levé grâce à une armée de secours |
| 1806 | Confédération du Rhin ; abdication de François II le 6 août |
Le nom de l’Empire
Le titre évolue au fil des siècles :
- Imperium ou Imperium Romanum sous les Ottoniens ;
- Sacrum Imperium (« Saint-Empire ») sous Frédéric Barberousse, pour affirmer le caractère sacré du pouvoir impérial face à la papauté ;
- Sacrum Romanum Imperium au XIIIe siècle ;
- la mention « de la nation germanique » (Nationis Germanicae) s’ajoute à la fin du XVe siècle, quand l’empire se réduit en pratique aux pays allemands.
Les Ottoniens et les Saliens
Otton Ier le Grand, roi de Germanie, vainqueur des Hongrois à la bataille du Lechfeld (955), se fait couronner empereur à Rome le 2 février 962. Il s’appuie sur les évêques et les abbés, qu’il nomme et dote de terres : c’est le « système de l’Église impériale ». Ses successeurs saxons puis saliens (à partir de 1024) dominent la papauté et l’Italie du Nord.
La lutte entre l’empereur et le pape
La réforme grégorienne veut libérer l’Église de l’emprise des laïcs. Le pape Grégoire VII interdit en 1075 aux souverains d’investir les évêques. L’empereur Henri IV refuse ; excommunié, abandonné par ses vassaux, il doit faire pénitence devant le pape au château de Canossa, en Italie, en janvier 1077 (« aller à Canossa » signifie depuis s’humilier). Le concordat de Worms (1122) établit un compromis : le pape confère l’investiture spirituelle, l’empereur l’investiture temporelle.
La rivalité reprend sous les Hohenstaufen : Frédéric Ier Barberousse (mort en 1190 lors de la troisième croisade) et Frédéric II, roi de Sicile, souverain cultivé, excommunié plusieurs fois. Elle oppose en Italie les guelfes, partisans du pape, et les gibelins, partisans de l’empereur.
Une monarchie élective
Contrairement à la France, l’Empire n’est pas héréditaire. Le roi des Romains, futur empereur, est élu. La Bulle d’or promulguée par Charles IV en 1356 fixe la liste des sept princes électeurs :
| Électeurs ecclésiastiques | Électeurs laïques |
|---|---|
| Archevêque de Mayence | Roi de Bohême |
| Archevêque de Cologne | Comte palatin du Rhin |
| Archevêque de Trèves | Duc de Saxe |
| Margrave de Brandebourg |
Leur nombre varie ensuite (Bavière en 1623, Hanovre en 1692). L’élection a lieu à Francfort et, jusqu’en 1531, le couronnement royal à Aix-la-Chapelle, ville de Charlemagne. Le couronnement impérial par le pape à Rome, longtemps nécessaire, disparaît après Charles Quint, couronné à Bologne en 1530.
Les Habsbourg et l’époque moderne
À partir de 1438, la maison de Habsbourg, maîtresse de l’Autriche, conserve le titre impérial presque sans interruption. Charles Quint, empereur de 1519 à 1556, règne aussi sur l’Espagne, les Pays-Bas, Naples et l’Amérique espagnole ; il affronte la France, les Ottomans et la Réforme protestante lancée par Luther en 1517. La paix d’Augsbourg (1555) laisse à chaque prince le choix de la religion de ses sujets.
L’Empire est doté d’institutions communes : la Diète (Reichstag), réunie en permanence à Ratisbonne à partir de 1663, la Chambre impériale de justice et le Conseil aulique. La guerre de Trente Ans (1618-1648) ravage les pays allemands ; les traités de Westphalie reconnaissent la quasi-souveraineté des quelque 300 États qui le composent.
La fin du Saint-Empire
Les guerres de la Révolution et de l’Empire lui portent le coup final. En 1803, le recès d’Empire supprime la plupart des principautés ecclésiastiques et des villes libres au profit des grands États. En 1804, François II prend le titre d’empereur héréditaire d’Autriche, en réponse au sacre de Napoléon. Après Austerlitz, seize États allemands forment la Confédération du Rhin sous protection française (juillet 1806). Le 6 août 1806, François II dépose la couronne impériale : le Saint-Empire cesse d’exister. Son espace sera recomposé au XIXe siècle par la Confédération germanique (1815), puis par l'unification allemande de 1871, dont l’empire se présente comme le « deuxième Reich ».
Questions fréquentes
Pourquoi « saint », « romain » et « germanique » ?
« Romain » parce qu’il se voulait le successeur de l’Empire romain d’Occident, « saint » pour affirmer le caractère sacré du pouvoir de l’empereur face au pape, « germanique » parce qu’à partir du XVe siècle il se limitait en pratique aux pays de langue allemande.
Quelle était la capitale du Saint-Empire ?
Il n’y avait pas de capitale fixe. L’empereur était élu à Francfort, couronné longtemps à Aix-la-Chapelle, résidait selon les dynasties à Prague ou à Vienne, et la Diète siégea en permanence à Ratisbonne de 1663 à 1806.
Quelle est la différence avec l’empire de Charlemagne ?
L’empire de Charlemagne (800-843) réunissait la France et l’Allemagne actuelles. Le Saint-Empire, fondé en 962, est issu de sa partie orientale et n’inclut pas le royaume de France.
Qui fut le dernier empereur ?
François II de Habsbourg-Lorraine, qui abdiqua le 6 août 1806. Il resta empereur d’Autriche sous le nom de François Ier jusqu’à sa mort en 1835.