Histoire · Époque moderne
La Réforme protestante
La Réforme protestante est le mouvement religieux lancé par Martin Luther en 1517 pour réformer l’Église catholique. Il aboutit à la division du christianisme occidental entre catholiques et protestants.
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La Réforme protestante est le grand mouvement de contestation religieuse qui, au XVIe siècle, brise l’unité de l’Église d’Occident. Elle commence le 31 octobre 1517, quand le moine allemand Martin Luther diffuse ses 95 thèses contre les indulgences. Ses idées, puis celles de Zwingli et de Calvin, se répandent grâce à l’imprimerie dans une grande partie de l’Europe. Elles donnent naissance aux Églises protestantes (luthériennes, réformées, anglicane) et provoquent en réaction une réforme catholique, la Contre-Réforme, ainsi que plus d’un siècle de guerres de religion.
Pourquoi la Réforme ?
Les abus de l’Église
À la fin du Moyen Âge, beaucoup de fidèles reprochent à l’Église :
- la vente des indulgences : contre de l’argent, l’Église accorde une remise des peines du purgatoire. En 1517, le dominicain Johann Tetzel prêche en Allemagne une indulgence destinée à financer la reconstruction de la basilique Saint-Pierre de Rome ;
- la richesse et la mondanité du haut clergé et des papes de la Renaissance ;
- l’ignorance d’une partie du clergé ;
- le cumul des charges et l’absence des évêques de leur diocèse.
Une inquiétude religieuse
Les fidèles vivent dans la crainte de la mort et du jugement, renforcée par les épidémies et les guerres. Ils cherchent une foi plus personnelle et plus sûre de leur salut.
Les humanistes et l’imprimerie
Les humanistes, comme Érasme, veulent revenir au texte original de la Bible et critiquent les superstitions (voir Renaissance et humanisme). L'imprimerie, inventée vers 1450, permet de diffuser rapidement les textes réformateurs : les écrits de Luther se vendent à des centaines de milliers d’exemplaires.
Luther et la naissance du protestantisme
Martin Luther (1483-1546), moine augustin et professeur de théologie à Wittenberg, en Saxe, est tourmenté par la question du salut. En lisant saint Paul, il acquiert la conviction que l’homme est sauvé par sa seule foi en Dieu, qui lui accorde gratuitement sa grâce, et non par ses œuvres ou par l’achat d’indulgences.
| Date | Événement |
|---|---|
| 31 octobre 1517 | Luther publie ses 95 thèses contre les indulgences |
| 1520 | Il publie ses grands traités et brûle publiquement la bulle papale qui le menace d’excommunication |
| 3 janvier 1521 | Il est excommunié par le pape Léon X |
| avril 1521 | Diète de Worms : il refuse de se rétracter devant l’empereur Charles Quint et est mis au ban de l’Empire |
| 1521 – 1522 | Caché au château de la Wartburg par l’électeur de Saxe, il traduit le Nouveau Testament en allemand |
| 1524 – 1525 | Guerre des paysans en Allemagne, que Luther condamne |
| 1529 | Les princes luthériens « protestent » à la diète de Spire contre les mesures prises contre eux : d’où le nom de « protestants » |
| 1530 | Confession d’Augsbourg, texte fondateur du luthéranisme |
| 1534 | Publication de la Bible complète en allemand |
Le luthéranisme s’impose dans une grande partie de l’Allemagne et dans les pays scandinaves.
Zwingli et Calvin
À Zurich, Ulrich Zwingli (1484-1531) mène une réforme plus radicale, qui supprime images et messe ; il meurt au combat contre les cantons catholiques à Kappel (1531).
Le Français Jean Calvin (1509-1564), exilé après l'affaire des Placards (1534), affiches contre la messe placardées jusqu’à la porte de la chambre de François Ier, publie à Bâle l'Institution de la religion chrétienne (1536 en latin, 1541 en français). Installé à Genève à partir de 1541, il en fait une « Rome protestante », dirigée selon une discipline morale stricte. Le calvinisme insiste sur la souveraineté absolue de Dieu et la prédestination. Il se répand en France (les huguenots), aux Pays-Bas, en Écosse (presbytériens, avec John Knox) et en Hongrie.
L’anglicanisme
En Angleterre, la rupture est d’abord politique. Le pape refusant d’annuler son mariage avec Catherine d’Aragon, le roi Henri VIII se fait reconnaître chef de l’Église d’Angleterre par l'Acte de suprématie (1534). L’Église anglicane, qui garde une organisation proche du catholicisme, adopte une doctrine protestante sous Édouard VI et Élisabeth Ier.
Catholiques et protestants : les différences
| Question | Catholiques | Protestants |
|---|---|---|
| Comment être sauvé ? | par la foi et les œuvres, avec l’aide des sacrements | par la foi seule (sola fide), grâce de Dieu seule (sola gratia) |
| Autorité religieuse | la Bible et la tradition de l’Église, interprétées par le pape et les conciles | la Bible seule (sola scriptura) |
| Clergé | prêtres consacrés, célibataires ; hiérarchie dirigée par le pape | pasteurs pouvant se marier ; sacerdoce universel des croyants ; pas de pape |
| Sacrements | sept | deux : baptême et Cène |
| Langue du culte | latin | langue du peuple |
| Vierge et saints | culte de la Vierge Marie et des saints | refus de leur culte |
| Purgatoire, indulgences | maintenus | rejetés |
La Contre-Réforme catholique
L’Église catholique réagit en se réformant elle-même. Le concile de Trente (1545-1563) réaffirme les dogmes contestés (sept sacrements, rôle des œuvres, présence réelle du Christ dans l’eucharistie, culte des saints) mais corrige les abus : obligation de résidence pour les évêques, création de séminaires pour former les prêtres, catéchisme. De nouveaux ordres se consacrent à la reconquête des âmes, comme la Compagnie de Jésus (jésuites), fondée par Ignace de Loyola et approuvée par le pape en 1540, très active dans l’enseignement et les missions. L’art baroque exprime cette ferveur catholique.
Les conséquences
- La division religieuse de l’Europe : nord protestant, sud catholique, zones mixtes au centre.
- Les guerres de religion : guerres en Allemagne jusqu’à la paix d’Augsbourg (1555), qui impose le principe « tel prince, telle religion » ; guerres de religion en France (1562-1598) ; révolte des Pays-Bas contre l’Espagne ; guerre de Trente Ans (1618-1648).
- Le renforcement des États : les princes protestants contrôlent leur Église ; les rois catholiques aussi s’affirment face au pape, ce qui prépare la monarchie absolue.
- La lecture et l’instruction : la lecture personnelle de la Bible encourage l’alphabétisation dans les pays protestants.
- La langue : la Bible de Luther contribue à fixer l’allemand moderne.
Questions fréquentes
Quelle est la date du début de la Réforme ?
Le 31 octobre 1517, quand Luther diffuse ses 95 thèses contre les indulgences, selon la tradition en les affichant à la porte de l’église du château de Wittenberg. Les protestants célèbrent ce jour comme la fête de la Réformation.
D’où vient le mot « protestant » ?
De la « protestation » des princes et villes luthériens lors de la diète de Spire, en 1529, contre la décision de l’empereur de rétablir le catholicisme.
Quelle est la différence entre luthériens et calvinistes ?
Tous deux sont protestants. Les calvinistes, ou réformés, vont plus loin dans la simplification du culte (pas d’images, pas d’autel), insistent sur la prédestination et ont une conception différente de la Cène, vue comme une présence spirituelle et non réelle du Christ.
Qu’est-ce qu’un huguenot ?
Le nom donné aux protestants calvinistes français aux XVIe et XVIIe siècles. Le mot vient probablement de l’allemand Eidgenossen, « confédérés », par l’intermédiaire de Genève.