Histoire · Moyen Âge
Les croisades
Les croisades sont les expéditions militaires lancées par les chrétiens d’Occident, de 1095 à 1291, pour prendre puis défendre Jérusalem et les lieux saints, alors sous domination musulmane.
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Les croisades sont des guerres présentées comme des pèlerinages armés, prêchées par la papauté, dont les participants reçoivent des avantages spirituels (rémission des péchés). La première est lancée par le pape Urbain II en 1095 ; la prise de Jérusalem par les croisés date de 1099. Pendant près de deux siècles, des milliers d’Occidentaux partent vers l’Orient, jusqu’à la chute de Saint-Jean-d’Acre, dernière place franque, en 1291. Le mot « croisade », tardif, vient de la croix d’étoffe cousue sur les vêtements des participants.
Pourquoi les croisades ?
Les causes religieuses
- Le contexte : Jérusalem, ville sainte des chrétiens, est aux mains des musulmans depuis 638. Au XIe siècle, les Turcs seldjoukides prennent le contrôle de la Syrie et de la Palestine (Jérusalem en 1073) ; les récits de difficultés des pèlerins circulent en Occident.
- La réforme de l’Église : la papauté, renforcée par la réforme grégorienne, veut affirmer son autorité et orienter la violence des chevaliers vers une cause sainte.
- La piété : pèlerinage, désir de salut, culte des reliques sont au cœur de la religion médiévale.
Les causes politiques et sociales
- L’appel de Byzance : après la défaite de Manzikert (1071), l’empereur byzantin Alexis Ier Comnène demande des mercenaires à l’Occident (voir Empire byzantin).
- La croissance de l’Occident : la population augmente ; des cadets de familles nobles, sans héritage, cherchent terres et gloire.
- L’expérience de la Reconquista en Espagne contre les musulmans.
- Les intérêts commerciaux des cités italiennes (Venise, Gênes, Pise).
Le 27 novembre 1095, au concile de Clermont, Urbain II appelle les chevaliers à délivrer les chrétiens d’Orient et Jérusalem.
Les huit croisades
| Croisade | Dates | Principaux chefs | Résultat |
|---|---|---|---|
| Croisade populaire | 1096 | Pierre l’Ermite | Massacres de Juifs en Rhénanie ; anéantie par les Turcs en Anatolie |
| 1re croisade | 1096 – 1099 | Godefroy de Bouillon, Raymond de Saint-Gilles, Bohémond de Tarente | Prise de Jérusalem (15 juillet 1099), suivie d’un massacre ; création des États latins |
| 2e croisade | 1147 – 1149 | Louis VII de France, Conrad III d’Allemagne ; prêchée par Bernard de Clairvaux | Échec devant Damas |
| 3e croisade | 1189 – 1192 | Frédéric Barberousse, Philippe Auguste, Richard Cœur de Lion | Reprise d’Acre ; Jérusalem reste à Saladin, accès garanti aux pèlerins |
| 4e croisade | 1202 – 1204 | Barons français, Venise | Détournée sur Constantinople, pillée en 1204 |
| 5e croisade | 1217 – 1221 | Rois de Hongrie et de Jérusalem, légat pontifical | Prise puis perte de Damiette (Égypte) |
| 6e croisade | 1228 – 1229 | Empereur Frédéric II | Jérusalem obtenue par traité (1229), perdue en 1244 |
| 7e croisade | 1248 – 1254 | Louis IX (Saint Louis) | Défaite en Égypte ; le roi est capturé à Mansourah (1250) puis libéré contre rançon |
| 8e croisade | 1270 | Louis IX | Le roi meurt de maladie devant Tunis (25 août 1270) |
La numérotation est une convention moderne ; il y eut aussi de nombreuses expéditions intermédiaires et des croisades hors de Terre sainte : contre les cathares du Languedoc (croisade des Albigeois, 1209-1229), contre les païens de la Baltique, en Espagne.
Les États latins d’Orient
Après 1099, les croisés fondent quatre États :
| État | Fondation | Fin |
|---|---|---|
| Comté d’Édesse | 1098 | 1144 (reprise par Zengi) |
| Principauté d’Antioche | 1098 | 1268 |
| Royaume de Jérusalem | 1099 | 1291 (chute d’Acre) |
| Comté de Tripoli | 1109 | 1289 |
Godefroy de Bouillon prend le titre d’avoué du Saint-Sépulcre ; son frère Baudouin devient le premier roi de Jérusalem en 1100. Pour défendre ces États, des ordres militaires de moines-soldats sont créés : les Hospitaliers (ordre de Saint-Jean de Jérusalem) et les Templiers (vers 1120, reconnus au concile de Troyes en 1129), puis les chevaliers Teutoniques. Les Templiers seront supprimés par le pape en 1312, sous la pression de Philippe le Bel.
Saladin et la reconquête musulmane
La riposte musulmane s’organise autour de Zengi, qui prend Édesse (1144), de son fils Nur ad-Din, puis de Saladin (Salah ad-Din), sultan d’Égypte et de Syrie. Il écrase l’armée du royaume de Jérusalem à Hattin (4 juillet 1187) et reprend Jérusalem le 2 octobre 1187, sans massacre de la population. Au XIIIe siècle, les Mamelouks d’Égypte, vainqueurs des Mongols en 1260, prennent une à une les places franques ; Acre tombe le 18 mai 1291.
Les conséquences des croisades
- Pour l’Orient chrétien : le sac de Constantinople (1204) affaiblit durablement Byzance et creuse le fossé entre catholiques et orthodoxes.
- Pour les relations entre chrétiens et musulmans : un souvenir durable de violence, réactivé à l’époque contemporaine. Dans le monde musulman de l’époque, les croisades furent toutefois perçues comme un épisode parmi d’autres, moins décisif que l’invasion mongole.
- Pour les Juifs d’Europe : les premières croisades s’accompagnent de massacres (Rhénanie, 1096 ; York, 1190).
- Pour l’économie : les cités italiennes, Venise et Gênes surtout, développent leur commerce en Méditerranée orientale.
- Pour la royauté : les croisades financées par des impôts exceptionnels renforcent les monarchies, tandis que de nombreux seigneurs s’endettent ou meurent en Orient.
Les échanges culturels avec le monde musulman passent cependant davantage par l’Espagne et la Sicile que par les États latins : c’est surtout à Tolède et à Palerme que les savoirs de l'âge d’or islamique sont traduits en latin.
Questions fréquentes
Combien y a-t-il eu de croisades ?
On en compte traditionnellement huit, de 1096 à 1270, vers la Terre sainte et l’Égypte. Mais les expéditions furent plus nombreuses et le mouvement s’est prolongé contre d’autres adversaires jusqu’au XVe siècle.
Qui a lancé la première croisade ?
Le pape Urbain II, au concile de Clermont, le 27 novembre 1095.
Qu’est-ce que la croisade des enfants ?
En 1212, des foules de jeunes gens et de pauvres d’Allemagne et de France se mettent en marche vers la Terre sainte. Le mouvement se disperse sans atteindre l’Orient. Les récits ultérieurs, très romancés, en ont fait une croisade d’enfants vendus comme esclaves.
Pourquoi les croisades ont-elles échoué ?
Les États latins, peu peuplés, dépendaient de renforts venus d’Europe, irréguliers. Face à eux, l’unification de la Syrie et de l’Égypte par Saladin puis par les Mamelouks a renversé le rapport de force.