Histoire · Moyen Âge
La peste noire
La peste noire est l’épidémie de peste qui a ravagé l’Europe de 1347 à 1352. Elle a tué entre 30 et 50 % de la population, soit au moins 25 millions de personnes, et marqué durablement le Moyen Âge.
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La peste noire est la plus meurtrière des épidémies de l’histoire européenne. Arrivée par la mer Noire et la Méditerranée en 1347, elle se répand en cinq ans dans toute l’Europe, jusqu’en Scandinavie et en Russie, et tue entre un tiers et la moitié de la population. Elle frappe aussi le Proche-Orient et l’Afrique du Nord. Causée par la bactérie Yersinia pestis, elle revient ensuite régulièrement jusqu’au XVIIIe siècle. Le nom de « peste noire » est postérieur : les contemporains parlaient de « grande mortalité » ou de « grande pestilence ».
Repères essentiels
| Repère | Donnée |
|---|---|
| Dates (Europe) | 1347 – 1352 |
| Agent | bactérie Yersinia pestis, identifiée par Alexandre Yersin en 1894 |
| Origine probable | Asie centrale (région du lac Issyk-Koul, Kirghizstan, vers 1338-1339) |
| Mortalité en Europe | 30 à 50 % de la population, au moins 25 millions de morts |
| Retours | épidémies régulières jusqu’à la peste de Marseille (1720) |
D’où vient la peste noire ?
Des analyses d’ADN ancien publiées en 2022 situent l’origine de la souche en Asie centrale, près du lac Issyk-Koul, où des tombes datées de 1338-1339 portent la mention de la peste. La bactérie circule chez des rongeurs sauvages (marmottes, gerbilles) et passe à l’homme. L’unification d’une grande partie de l’Asie par l'Empire mongol et l’intensité des échanges le long des routes de la soie favorisent sa diffusion vers l’ouest.
En 1346, l’épidémie atteint l’armée de la Horde d’Or qui assiège Caffa, comptoir génois de Crimée. Selon le notaire Gabriel de Mussis, les assiégeants auraient catapulté des cadavres dans la ville ; quoi qu’il en soit, des navires génois emportent la maladie vers la Méditerranée.
La propagation en Europe
| Date | Étape |
|---|---|
| octobre 1347 | Arrivée à Messine (Sicile), puis à Constantinople et Alexandrie |
| novembre 1347 | Marseille |
| début 1348 | Italie du Nord, Provence, Languedoc |
| été 1348 | Paris, Angleterre (port de Weymouth) |
| 1349 | Allemagne, Europe centrale, Scandinavie |
| 1350 – 1352 | Europe du Nord-Est, Russie |
La maladie progresse le long des routes commerciales, des fleuves et des côtes. Quelques régions semblent avoir été moins touchées, mais la carte est discutée.
Comment se transmettait la maladie ?
La peste se présente sous trois formes :
- Bubonique : transmise par la piqûre de puces de rats ou peut-être de poux humains ; elle provoque des ganglions enflés et douloureux, les bubons (à l’aine, à l’aisselle, au cou). Sans traitement, elle tue environ la moitié des malades en quelques jours.
- Pulmonaire : transmise d’homme à homme par la toux ; presque toujours mortelle en quelques jours.
- Septicémique : infection du sang, foudroyante.
Les médecins de l’époque, ignorant les microbes, attribuent l’épidémie à une corruption de l’air (les miasmes) causée, selon la faculté de médecine de Paris en 1348, par une conjonction de planètes. Beaucoup y voient une punition divine.
Quel a été le bilan ?
Les estimations les plus courantes retiennent une mortalité de 30 à 50 % de la population européenne, soit au moins 25 millions de morts en cinq ans. Certaines villes perdent plus de la moitié de leurs habitants. En France, la population, estimée entre 15 et 20 millions d’habitants vers 1340, s’effondre sous l’effet combiné de la peste, de ses retours et de la guerre. L’Europe ne retrouve son niveau de population d’avant 1347 qu’au début du XVIe siècle.
Comment les contemporains ont-ils réagi ?
- La fuite : ceux qui le peuvent quittent les villes, comme les jeunes gens du Décaméron de Boccace, écrit à Florence vers 1350.
- La piété et la pénitence : processions, culte de saint Sébastien et, plus tard, de saint Roch ; des groupes de flagellants parcourent l’Europe en se fouettant publiquement. Le pape les condamne en 1349.
- La recherche de boucs émissaires : les Juifs sont accusés d’empoisonner les puits. Des communautés entières sont massacrées en Provence, en Allemagne, en Alsace (à Strasbourg, le 14 février 1349, des centaines de Juifs sont brûlés). Le pape Clément VI, installé à Avignon, publie en 1348 des bulles pour les protéger, en rappelant que les Juifs meurent eux aussi de la peste.
- Les premières mesures sanitaires : isolement des malades, contrôle des marchandises, et en 1377, à Raguse (Dubrovnik), la première quarantaine connue, imposée aux voyageurs (d’abord trente jours, puis quarante, d’où le mot).
Les conséquences à long terme
- Le manque de main-d’œuvre : les survivants, moins nombreux, obtiennent des salaires plus élevés et de meilleures conditions. Les seigneurs et les rois tentent de bloquer les salaires (Statut des travailleurs en Angleterre, 1351), ce qui nourrit des révoltes : Jacquerie en France (1358), révolte des Ciompi à Florence (1378), révolte des paysans anglais (1381).
- Le recul du servage en Europe occidentale, les seigneurs devant attirer des paysans sur leurs terres.
- Les villages abandonnés et le retour de la forêt ou des pâturages sur les terres marginales.
- Une sensibilité nouvelle à la mort : danses macabres, transis (sculptures funéraires de cadavres), thème du memento mori.
- Une crise de l’Église, dont les clercs, très exposés, meurent en grand nombre et sont remplacés par des prêtres moins formés.
La peste noire s’ajoute ainsi aux autres crises du XIVe siècle, famines et guerre de Cent Ans, qui marquent le bas Moyen Âge.
Questions fréquentes
Pourquoi l’appelle-t-on peste « noire » ?
L’expression apparaît après coup, probablement à partir du latin atra mors, qui signifie à la fois « mort noire » et « mort terrible ». Elle a peut-être aussi été associée aux taches sombres causées par les nécroses. Les contemporains parlaient de « grande mortalité ».
La peste existe-t-elle encore ?
Oui. Des foyers subsistent chez les rongeurs sauvages, notamment à Madagascar, en République démocratique du Congo, au Pérou et dans l’ouest des États-Unis. La maladie se soigne aujourd’hui par antibiotiques si elle est traitée tôt.
Quand a eu lieu la dernière grande peste en France ?
À Marseille et en Provence, en 1720-1722, apportée par le navire Grand-Saint-Antoine. Elle a tué environ la moitié des habitants de Marseille.