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Littérature · Œuvres

Le Cid

Le Cid est une tragi-comédie de Pierre Corneille créée en 1637. Rodrigue doit venger son père en tuant celui de Chimène, qu’il aime : l’amour et l’honneur s’affrontent jusqu’au dénouement heureux.

Mis à jour le 5 min de lecture

Le Cid est la pièce la plus célèbre de Pierre Corneille. Créée au théâtre du Marais au début de janvier 1637, elle remporte un triomphe immédiat, au point que l’expression « beau comme Le Cid » devient proverbiale. Elle déclenche aussi la plus grande polémique littéraire du siècle, la querelle du Cid, qui contribue à fixer les règles du théâtre classique.

Le contexte

Le personnage s’inspire d’un héros réel de la Reconquista, Rodrigo Díaz de Vivar (XIe siècle), surnommé el Cid (de l’arabe sayyid, « seigneur »). Corneille transpose la pièce espagnole en resserrant l’action autour d’un conflit intérieur. En 1637, la France est en guerre contre l’Espagne et Richelieu vient d’interdire les duels (édit de 1626) : une pièce qui exalte un héros espagnol et le duel d’honneur n’est pas politiquement neutre.

Résumé acte par acte

Acte I : l’offense

Chimène, fille du comte de Gormas (Don Gomès), aime Rodrigue, fils de Don Diègue, et en est aimée ; les deux pères semblent favorables au mariage. L’Infante, fille du roi, aime aussi Rodrigue mais son rang le lui interdit. Le roi Don Fernand choisit Don Diègue, vieux héros, comme gouverneur de son fils. Jaloux, le comte le gifle. Trop âgé pour se battre, Don Diègue se lamente (« Ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie ! ») et charge Rodrigue de le venger : « Rodrigue, as-tu du cœur ? » Seul, Rodrigue exprime son déchirement dans les stances (scène 6), puis choisit l’honneur.

Acte II : le duel

Rodrigue provoque le comte (« À moi, comte, deux mots »). Le comte méprise sa jeunesse ; Rodrigue répond : « Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées / La valeur n’attend point le nombre des années. » Il tue le comte. Chimène vient demander justice au roi contre celui qu’elle aime.

Acte III : l’aveu

Rodrigue se rend chez Chimène et lui offre sa vie. Elle refuse de le tuer mais affirme qu’elle poursuivra sa vengeance, tout en avouant son amour : « Va, je ne te hais point. » Don Diègue annonce que les Maures attaquent Séville et envoie son fils les combattre.

Acte IV : la victoire

Rodrigue revient vainqueur et fait au roi le célèbre récit du combat (« Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort / Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port »). Les rois maures vaincus l’ont appelé « le Cid ». Chimène réclame pourtant un champion pour combattre Rodrigue ; Don Sanche, qui l’aime, se propose. Le roi décide qu’elle épousera le vainqueur.

Acte V : le dénouement

Rodrigue désarme Don Sanche sans le tuer. Voyant Don Sanche revenir avec l’épée, Chimène croit Rodrigue mort et laisse éclater son amour. Le roi lui accorde un an de deuil avant d’épouser Rodrigue, qui repart combattre les Maures.

Les personnages

PersonnageRôle
RodrigueJeune noble, amant de Chimène, héros de l’honneur
ChimèneFille du comte, partagée entre amour et devoir filial
Don DièguePère de Rodrigue, vieux guerrier offensé
Le comte de GormasPère de Chimène, orgueilleux, tué par Rodrigue
Don FernandPremier roi de Castille, arbitre du conflit
L’Infante (Doña Urraque)Fille du roi, amoureuse de Rodrigue par-delà son rang
Don SancheAmoureux de Chimène, son champion
Elvire, LéonorGouvernantes de Chimène et de l’Infante

Les thèmes

Le dilemme cornélien

Rodrigue doit choisir entre deux valeurs également légitimes : venger l’honneur de son père ou préserver son amour. Les stances formulent l’alternative : s’il ne venge pas son père, il perd l’honneur et devient indigne de Chimène ; s’il le venge, il perd Chimène. Il comprend que l’amour lui-même exige l’honneur. Chimène vit le dilemme symétrique.

L’honneur et la gloire

L’honneur est une valeur aristocratique et familiale : l’offense faite au père atteint le fils. La gloire s’acquiert par l’exploit, comme le montre la victoire contre les Maures, qui transforme le meurtrier en sauveur de l’État.

Le roi et l’État

Don Fernand incarne l’autorité monarchique qui tranche les conflits privés. Le dénouement subordonne la vengeance familiale au service du royaume, idée chère à l’époque de Richelieu (voir la monarchie absolue).

La querelle du Cid

Dès 1637, Georges de Scudéry publie des Observations sur le Cid qui reprochent à Corneille d’avoir imité la pièce espagnole et violé les règles. L’Académie française, saisie à l’instigation de Richelieu, rend ses Sentiments de l’Académie française sur la tragi-comédie du Cid (fin 1637, rédigés par Jean Chapelain). Les critiques portent sur :

  • la vraisemblance et la bienséance : il est jugé choquant que Chimène accepte d’épouser le meurtrier de son père ;
  • l'unité de temps : trop d’événements (duel, bataille, second duel) en vingt-quatre heures ;
  • l'unité d’action, mise à mal par l’intrigue de l’Infante.

Corneille, blessé, se tait plusieurs années avant de revenir avec Horace (1640), plus conforme aux règles. Le public, lui, n’a jamais cessé d’acclamer Le Cid. Le terme « tragi-comédie », jugé peu noble, est remplacé par « tragédie » dans l’édition de 1648.

Une pièce entre baroque et classicisme

Le Cid garde des traits baroques : héros démesuré, multiplication des lieux et des péripéties, mélange des tons, fin heureuse. Mais la concentration sur un conflit intérieur et l’usage de l’alexandrin annoncent la tragédie classique. Pour le vocabulaire (stances, tirade, récit), voir le vocabulaire du théâtre.

Citations célèbres

  • « Ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie ! / N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ? » (Don Diègue, I, 4)
  • « Rodrigue, as-tu du cœur ? » (Don Diègue, I, 5)
  • « À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. » (le comte, II, 2)
  • « Va, je ne te hais point. » (Chimène, III, 4), exemple classique de litote
  • « Cette obscure clarté qui tombe des étoiles » (Rodrigue, IV, 3), célèbre oxymore

Questions fréquentes

Le Cid est-il une tragédie ou une tragi-comédie ?

Corneille l’a d’abord présenté comme une tragi-comédie : sujet noble, péril de mort, mais dénouement heureux. Il l’a requalifié en tragédie en 1648, après la querelle.

Chimène épouse-t-elle Rodrigue à la fin ?

Le mariage n’a pas lieu sur scène. Le roi ordonne à Chimène d’épouser Rodrigue après un an de deuil ; elle ne dit pas oui, et la fin reste ouverte.

Qu’est-ce que la querelle du Cid ?

Une polémique de 1637 sur le respect des règles et de la bienséance, arbitrée par l’Académie française. Elle a joué un rôle décisif dans l’élaboration de la doctrine classique.

Pourquoi « Va, je ne te hais point » est-il célèbre ?

Parce que cette litote dit beaucoup en disant peu : Chimène, qui doit haïr Rodrigue, avoue en réalité qu’elle l’aime.

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