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Littérature · Œuvres

Britannicus

Britannicus est une tragédie de Jean Racine créée en 1669. Dans la Rome de l’an 55, le jeune empereur Néron s’affranchit de sa mère Agrippine, enlève Junie et fait empoisonner son rival Britannicus.

Mis à jour le 4 min de lecture

Britannicus est la première tragédie romaine de Jean Racine. Créée le 13 décembre 1669 à l’Hôtel de Bourgogne, elle est d’abord froidement accueillie, en partie à cause d’une cabale des partisans de Corneille, maître du sujet romain. Elle s’impose ensuite comme l’une des pièces les plus jouées de Racine. Son sujet : la naissance d’un tyran, que Racine appelle dans sa seconde préface un « monstre naissant ».

Le contexte historique

Néron, fils d’Agrippine, est devenu empereur en 54 après la mort de Claude, son père adoptif, qu’Agrippine aurait empoisonné. Britannicus, fils de Claude, était l’héritier légitime : Agrippine l’a écarté au profit de son propre fils. Néron, dix-sept ans, règne depuis peu sous la tutelle de sa mère et de ses conseillers, Burrhus et Sénèque. Racine choisit le moment où ce jeune prince, jusque-là vertueux en apparence, bascule dans le crime (voir l'Empire romain).

Résumé acte par acte

Acte I : l’inquiétude d’Agrippine

À l’aube, Agrippine attend devant la porte de Néron, qui l’évite. Elle confie à sa confidente Albine que son fils lui échappe : il a fait enlever la nuit Junie, princesse aimée de Britannicus. Elle promet à Britannicus de le soutenir, par calcul politique.

Acte II : Néron amoureux

Néron avoue à Narcisse qu’il est tombé amoureux de Junie en la voyant arriver au palais, de nuit, en larmes, entre les soldats : « Belle, sans ornement, dans le simple appareil / D’une beauté qu’on vient d’arracher au sommeil. » Il exige de Junie qu’elle congédie elle-même Britannicus, pendant qu’il observe l’entretien, caché. Junie, terrifiée, doit feindre la froideur.

Acte III : la révolte

Burrhus tente de raisonner Néron. Agrippine menace son fils de révéler ses crimes et de soutenir Britannicus. Britannicus et Junie s’expliquent ; Néron les surprend, ordonne l’arrestation de Britannicus et fait garder Agrippine.

Acte IV : la balance

Dans une longue tirade, Agrippine rappelle à Néron tout ce qu’elle a fait pour lui. Néron feint de se réconcilier avec sa mère et avec Britannicus, mais confie à Burrhus : « J’embrasse mon rival, mais c’est pour l’étouffer. » Burrhus, à genoux, le supplie de rester vertueux ; Néron semble céder. Puis Narcisse, l’affranchi, réveille son orgueil et sa haine, et le décide au meurtre.

Acte V : le crime

Britannicus se rend confiant au festin de réconciliation. Burrhus fait le récit de sa mort : Néron lui a fait servir une coupe empoisonnée. Agrippine accuse son fils et lui prédit une suite de crimes jusqu’au sien propre. Junie s’enfuit chez les Vestales ; le peuple massacre Narcisse qui voulait l’arrêter. Néron, désespéré, erre dans le palais.

Les personnages

PersonnageRôle
NéronJeune empereur, « monstre naissant »
AgrippineMère de Néron, ambitieuse, qui l’a porté au pouvoir
BritannicusFils de l’empereur Claude, héritier écarté
JuniePrincesse aimée de Britannicus, convoitée par Néron
BurrhusGouverneur de Néron, conseiller vertueux
NarcisseGouverneur de Britannicus, traître et mauvais génie de Néron
AlbineConfidente d’Agrippine

Les thèmes

La naissance d’un monstre

La pièce montre un processus : Néron se libère successivement de sa mère, de la vertu (Burrhus) et de la morale. Le crime contre Britannicus est son premier pas vers la tyrannie ; Agrippine prophétise les autres, dont son propre assassinat (en 59).

Le pouvoir

Agrippine veut gouverner à travers son fils ; Néron veut régner seul. La tragédie est un conflit politique où l’amour sert d’instrument. Racine y montre la mécanique du despotisme.

Le regard et le secret

Néron voit sans être vu : il épie l’entretien de Junie et de Britannicus, fait surveiller tout le monde. Le palais est un lieu de soupçon où chaque mot est entendu. Le regard de Néron est une arme.

Le bon et le mauvais conseiller

Burrhus et Narcisse s’opposent symétriquement à l’acte IV : l’un parle au nom de la gloire et de la vertu, l’autre flatte les passions. Cette scène double illustre un débat ancien sur l’éducation du prince.

La dramaturgie

L’action respecte rigoureusement les trois unités : elle commence à l’aube et s’achève le soir même, dans une seule chambre du palais. La mort de Britannicus est racontée, non montrée. Racine adopte ici la simplicité qu’il défend contre Corneille : « une action simple, chargée de peu de matière ». Voir la tragédie.

Vers célèbres

  • « Quoi ! tandis que Néron s’abandonne au sommeil, / Faut-il que vous veniez attendre son réveil ? » (Albine, I, 1), premiers vers
  • « Belle, sans ornement, dans le simple appareil / D’une beauté qu’on vient d’arracher au sommeil » (Néron, II, 2)
  • « J’embrasse mon rival, mais c’est pour l’étouffer » (Néron, IV, 3)

Questions fréquentes

Pourquoi Néron tue-t-il Britannicus ?

Par jalousie amoureuse (Junie aime Britannicus) et par calcul politique : Britannicus, fils de Claude, est un rival pour le trône que soutient Agrippine.

Que devient Junie ?

Elle se réfugie chez les Vestales, prêtresses consacrées, ce qui la met à l’abri de Néron. Ce dénouement est une invention de Racine.

Pourquoi Néron est-il un « monstre naissant » ?

Parce que la pièce montre le moment où il commet son premier crime : il n’est pas encore le tyran sanguinaire de l’histoire, mais il le devient sous nos yeux.

Britannicus est-il fidèle à l’histoire ?

Globalement, d’après Tacite. Racine invente toutefois l’intrigue amoureuse avec Junie, dont il fait une jeune princesse innocente, ainsi que sa retraite chez les Vestales. Historiquement, Britannicus avait environ quatorze ans à sa mort.

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