Littérature · Œuvres
Candide ou l’Optimisme
Candide ou l’Optimisme est un conte philosophique de Voltaire publié en 1759. À travers les malheurs d’un jeune homme naïf, il ridiculise l’idée que nous vivons dans « le meilleur des mondes possibles ».
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Candide ou l’Optimisme est le conte philosophique le plus célèbre de Voltaire et l’un des textes majeurs des Lumières. Publié anonymement en janvier 1759, à Genève, et présenté comme « traduit de l’allemand de M. le docteur Ralph », il est aussitôt condamné et pourtant lu dans toute l’Europe. En trente chapitres rapides, Voltaire y fait voyager son héros à travers un monde rempli de guerres, de catastrophes et d’injustices pour réfuter la philosophie de l’optimisme.
Le contexte
Le tremblement de terre de Lisbonne
Le 1er novembre 1755, un séisme suivi d’un tsunami et d’incendies détruit Lisbonne et fait des dizaines de milliers de morts. Pour Voltaire, cette catastrophe rend absurde l’idée d’un monde parfaitement ordonné. Il écrit en 1756 le Poème sur le désastre de Lisbonne, auquel Rousseau répond par une lettre défendant la Providence.
L’optimisme de Leibniz
Le philosophe allemand Leibniz (1646-1716) soutient dans ses Essais de théodicée (1710) que Dieu, parfaitement bon, a créé « le meilleur des mondes possibles » : le mal y est nécessaire à l’harmonie de l’ensemble. Le poète anglais Pope résume cette idée par la formule « Whatever is, is right » (« Tout ce qui est, est bien »). Voltaire caricature cette doctrine à travers Pangloss.
Résumé
- Le paradis perdu : Candide vit en Westphalie, au château du baron de Thunder-ten-tronckh, où le précepteur Pangloss enseigne que « tout est au mieux ». Surpris en train d’embrasser Cunégonde, la fille du baron, il est chassé « à grands coups de pied dans le derrière ».
- Les malheurs en Europe : enrôlé de force dans l’armée bulgare, il assiste à une guerre atroce (la « boucherie héroïque »), apprend que le château a été détruit, retrouve Pangloss malade, puis vit le tremblement de terre de Lisbonne et un autodafé de l’Inquisition où Pangloss est pendu.
- L’Amérique : Candide part avec Cunégonde et la Vieille pour Buenos Aires, la perd, fuit au Paraguay avec son valet Cacambo, croit avoir tué le frère de Cunégonde, échappe aux Oreillons cannibales.
- L’Eldorado : il découvre un pays utopique où l’or est sans valeur, où il n’y a ni prisons ni querelles religieuses, où l’on prie Dieu sans rien lui demander. Mais il le quitte pour retrouver Cunégonde.
- Le retour : au Surinam, il rencontre un esclave mutilé ; il voyage avec Martin, philosophe pessimiste, à Paris, en Angleterre, à Venise.
- Le jardin : il retrouve enfin Cunégonde, devenue laide, et Pangloss, qui a survécu. Installés dans une métairie près de Constantinople, ils s’ennuient, jusqu’à ce qu’un vieux Turc leur montre que le travail « éloigne de nous trois grands maux, l’ennui, le vice et le besoin ». Candide conclut : « il faut cultiver notre jardin ».
Les personnages
| Personnage | Rôle et signification |
|---|---|
| Candide | Jeune homme naïf (son nom vient du latin candidus, « blanc, pur ») qui apprend par l’expérience |
| Pangloss | Précepteur optimiste, caricature de Leibniz (« tout langue », bavard) |
| Cunégonde | Fille du baron, aimée de Candide, malmenée par la vie |
| La Vieille | Fille d’un pape, dont les malheurs relativisent ceux des autres |
| Cacambo | Valet fidèle et débrouillard |
| Martin | Philosophe manichéen et pessimiste, contrepoint de Pangloss |
| Le vieillard d’Eldorado | Sage d’un pays idéal |
| L’esclave du Surinam | Victime de la traite et de l’exploitation coloniale |
Les cibles de la satire
- L’optimisme philosophique : répété par Pangloss malgré les horreurs.
- La guerre : « boucherie héroïque », massacres des deux camps qui chantent chacun un Te Deum.
- L’Église et l’Inquisition : autodafé pour éviter les tremblements de terre, religieux hypocrites, jésuites du Paraguay.
- L’esclavage : l’esclave du Surinam à qui on a coupé la main et la jambe déclare : « C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. »
- La noblesse : l’orgueil absurde des quartiers de noblesse du baron.
- Le fanatisme et l’intolérance, sous toutes leurs formes.
L’ironie de Voltaire
Le style de Candide repose sur l'ironie : le narrateur feint d’approuver ce qu’il dénonce. Les procédés les plus fréquents :
- l'antiphrase (« boucherie héroïque » est aussi un oxymore) ;
- l'accumulation rapide de catastrophes racontées sur un ton neutre ;
- le décalage entre l’horreur des faits et la sérénité du commentaire ;
- le regard naïf de Candide, qui révèle l’absurdité du monde ;
- la parodie du roman d’aventures et du roman d’apprentissage.
Voir les figures de style et les registres littéraires.
Que signifie « il faut cultiver notre jardin » ?
La dernière phrase du conte a donné lieu à de nombreuses interprétations. Elle invite à renoncer aux spéculations métaphysiques inutiles (Pangloss) comme au pessimisme stérile (Martin), pour agir concrètement, travailler et améliorer ce qui est à notre portée. C’est une sagesse pratique, modeste mais active, qui rejoint l’engagement de Voltaire lui-même à Ferney.
Un conte philosophique
Candide est un modèle d'argumentation indirecte : la thèse n’est jamais énoncée frontalement, mais elle se dégage du récit. Le genre du conte (voyages, rebondissements invraisemblables, personnages types) permet de plaire au lecteur, d’échapper à la censure et de démontrer par l’absurde.
Questions fréquentes
Quelle est la thèse de Candide ?
Voltaire réfute l’optimisme de Leibniz : le monde n’est pas le meilleur possible, le mal existe et il faut agir pour le réduire plutôt que le justifier.
Qui est Pangloss ?
Le précepteur de Candide, philosophe optimiste qui répète que « tout est au mieux » malgré les malheurs. Il caricature Leibniz et ses disciples.
Qu’est-ce que l’Eldorado dans Candide ?
Un pays utopique d’Amérique du Sud, riche, tolérant et pacifique. C’est un idéal que Candide quitte pourtant, ce qui montre qu’il n’est pas accessible aux hommes ordinaires.
Pourquoi Candide est-il un conte philosophique ?
Parce qu’il utilise un récit plaisant et invraisemblable, des personnages types et l’ironie pour défendre une idée et critiquer la société.