Littérature · Œuvres
L’École des femmes
L’École des femmes est une comédie de Molière créée en 1662. Arnolphe a fait élever Agnès dans l’ignorance pour l’épouser sans risque d’être trompé, mais l’amour du jeune Horace ruine son projet.
Mis à jour le 4 min de lecture
L’École des femmes est la première grande comédie de Molière en cinq actes et en vers. Créée au théâtre du Palais-Royal le 26 décembre 1662, elle triomphe et provoque une vive polémique, la querelle de L’École des femmes, qui occupe toute l’année 1663. Molière y fonde la comédie classique : une comédie de caractère, en alexandrins, qui fait rire tout en posant une question morale, ici l’éducation et la liberté des femmes.
Résumé acte par acte
Acte I : le projet d’Arnolphe
Arnolphe, bourgeois de quarante-deux ans, obsédé par la peur d’être cocu, se moque des maris trompés. Il explique à son ami Chrysalde son système : il a fait élever au couvent, depuis l’âge de quatre ans, une jeune fille pauvre, Agnès, en veillant à la rendre la plus ignorante possible, pour l’épouser sans danger. Il s’est donné un nom noble, « M. de la Souche ». Il rencontre Horace, fils de son ami Oronte, qui lui confie, sans savoir à qui il parle, qu’il est amoureux d’une jeune fille gardée par un certain M. de la Souche.
Acte II : l’interrogatoire
Arnolphe interroge Agnès, qui raconte naïvement sa rencontre avec Horace. Il craint le pire ; elle avoue qu’Horace lui a pris… le ruban qu’il lui avait donné. La célèbre réplique « Le petit chat est mort » (II, 5) illustre l’innocence absolue de la jeune fille. Arnolphe décide de l’épouser au plus vite.
Acte III : les maximes du mariage
Arnolphe fait lire à Agnès les « Maximes du mariage ou les devoirs de la femme mariée », qui prescrivent la soumission totale à l’époux (III, 2). Mais Horace lui raconte qu’Agnès, sur l’ordre d’Arnolphe, lui a jeté une pierre… accompagnée d’une lettre d’amour. L’ignorante apprend vite.
Acte IV : les ruses
Arnolphe multiplie les précautions et donne des ordres à ses deux valets, Alain et Georgette, aussi sots que fidèles. Horace lui révèle à chaque étape ses projets, qu’Arnolphe tente de déjouer.
Acte V : le dénouement
Horace, tombé de l’échelle sous les coups des valets postés par Arnolphe, fait le mort, puis s’enfuit avec Agnès et la confie… à Arnolphe lui-même. Agnès refuse d’aimer son tuteur ; Arnolphe, désespéré, lui offre tout. Arrive alors Oronte avec Enrique, revenu d’Amérique : Agnès est la fille d’Enrique, promise à Horace. Arnolphe s’enfuit sur un « Oh ! » de rage.
Les personnages
| Personnage | Rôle |
|---|---|
| Arnolphe (M. de la Souche) | Barbon jaloux et tyrannique, obsédé par le cocuage |
| Agnès | Jeune fille élevée dans l’ignorance, qui s’éveille à l’amour |
| Horace | Jeune amoureux étourdi, confident involontaire de son rival |
| Chrysalde | Ami raisonnable d’Arnolphe |
| Alain et Georgette | Valets paysans d’Arnolphe |
| Oronte, Enrique | Pères qui organisent le dénouement |
Les thèmes
L’éducation des filles
Arnolphe pense qu’une femme ignorante sera fidèle : « Épouser une sotte est pour n’être point sot » (I, 1). La pièce montre l’échec de ce calcul : la nature et l’amour éduquent Agnès plus vite que tous les enfermements. Molière pose la question de l’instruction des femmes, qu’il reprendra dans Les Femmes savantes (1672).
La tyrannie domestique
Arnolphe veut posséder une femme comme un objet. Les « Maximes du mariage » parodient les traités de morale et dénoncent un idéal de soumission. Le personnage est comique, mais aussi inquiétant.
L’amour naturel
Agnès, guidée par son seul cœur, devient habile et sincère. L’amour est présenté comme une force naturelle, qui libère.
Les ressorts comiques
- Le comique de situation : Horace raconte tous ses plans à son rival sans le savoir ; Arnolphe doit écouter en cachant sa colère. Ce quiproquo répété structure toute la pièce.
- Le comique de caractère : l’idée fixe d’Arnolphe le rend aveugle et ridicule.
- Le comique de mots : naïvetés d’Agnès, sottise des valets.
- Les récits : l’essentiel de l’action est raconté, non montré, ce que les adversaires de Molière lui reprochèrent.
Voir la comédie.
La querelle de L’École des femmes
Le succès suscite des attaques : on reproche à Molière son immoralité (le « le… » d’Agnès, la parodie des commandements), des fautes contre les règles et des emprunts. Il répond par deux pièces : La Critique de L’École des femmes (juin 1663), où des personnages discutent de la pièce, et L’Impromptu de Versailles (octobre 1663), où il se met en scène avec sa troupe. Le roi le soutient. Cette querelle annonce les combats autour de Tartuffe.
Questions fréquentes
Que signifie « Le petit chat est mort » ?
C’est la seule nouvelle qu’Agnès trouve à annoncer à Arnolphe à son retour : la réplique montre son innocence et le vide de sa vie recluse.
Comment finit L’École des femmes ?
On découvre qu’Agnès est la fille d’Enrique, qui l’avait promise à Horace. Les jeunes gens peuvent se marier et Arnolphe s’enfuit.
Pourquoi L’École des femmes est-elle une comédie classique ?
Elle compte cinq actes en vers, respecte les unités de temps, de lieu et d’action, et peint un caractère pour corriger les mœurs par le rire.
Molière était-il féministe ?
Le mot est anachronique. Mais la pièce ridiculise l’homme qui veut maintenir une femme dans l’ignorance et donne raison à l’amour libre d’Agnès.