Littérature · Œuvres
Madame Bovary
Madame Bovary est un roman de Gustave Flaubert publié en 1857. Il raconte la vie d’Emma, épouse d’un médecin de campagne normand qui, nourrie de lectures romanesques, cherche en vain l’amour et la passion.
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Madame Bovary. Mœurs de province est le premier roman publié de Gustave Flaubert. Paru en feuilleton dans la Revue de Paris fin 1856, puis en volume chez Michel Lévy en avril 1857 après un procès retentissant, il est considéré comme le modèle du roman réaliste et comme l’un des premiers romans modernes. Flaubert a mis près de cinq ans (1851-1856) à l’écrire.
La genèse
Selon une tradition rapportée par Maxime Du Camp, l’idée du roman serait venue à Flaubert en 1849 : ses amis, après la lecture de la première Tentation de saint Antoine, lui auraient conseillé de choisir un sujet terre à terre. Il se serait inspiré d’un fait divers, l’histoire de Delphine Delamare, épouse d’un officier de santé de Ry, près de Rouen, morte en 1848. Flaubert s’est aussi largement documenté sur la médecine, la pharmacie et les mœurs provinciales.
Résumé
Première partie : le mariage
Charles Bovary, garçon médiocre devenu officier de santé à Tostes, est veuf d’une première épouse plus âgée. Il épouse Emma Rouault, fille d’un riche fermier, élevée au couvent où elle a lu des romans sentimentaux. Le mariage la déçoit : Charles est fade, la vie monotone. Un bal au château de la Vaubyessard lui révèle un monde de luxe dont elle rêve ensuite sans fin. Elle tombe malade d’ennui ; le couple déménage à Yonville-l’Abbaye.
Deuxième partie : les désillusions
À Yonville, Emma rencontre le pharmacien Homais, bavard et prétentieux, et Léon Dupuis, clerc de notaire, avec qui elle partage un amour romantique inavoué. Léon part pour Paris. Elle donne naissance à une fille, Berthe, sans joie. Elle devient la maîtresse de Rodolphe Boulanger, propriétaire cynique rencontré lors des Comices agricoles, dans une scène célèbre où ses déclarations d’amour alternent avec les discours officiels. Charles opère sans succès le pied bot d’Hippolyte, le garçon d’écurie, ce qui finit de le discréditer aux yeux d’Emma. Rodolphe l’abandonne au moment où elle voulait fuir avec lui.
Troisième partie : la chute
Emma retrouve Léon à Rouen, après une représentation de Lucie de Lammermoor. Ils deviennent amants (scène du fiacre). Pour financer ses toilettes et ses rendez-vous, elle s’endette auprès du marchand Lheureux, qui la ruine. Menacée de saisie, rejetée par Léon, par Rodolphe et par le notaire, elle s’empoisonne à l’arsenic pris chez Homais. Elle meurt dans d’atroces souffrances. Charles, découvrant les lettres de ses amants, meurt de chagrin. Berthe devient ouvrière dans une filature. Homais, lui, reçoit la croix d’honneur.
Les personnages
| Personnage | Rôle |
|---|---|
| Emma Bovary | Héroïne rêveuse, insatisfaite, prisonnière de ses illusions |
| Charles Bovary | Mari médiocre et aimant, aveugle à tout |
| Rodolphe Boulanger | Séducteur cynique, premier amant |
| Léon Dupuis | Clerc timide, puis second amant |
| Homais | Pharmacien voltairien et vaniteux, symbole de la bêtise bourgeoise triomphante |
| Lheureux | Marchand usurier qui provoque la ruine d’Emma |
| Berthe | Fille d’Emma et de Charles |
Les thèmes
L’ennui et la médiocrité de la province
Le sous-titre « Mœurs de province » annonce une peinture de la vie provinciale étouffante, répétitive, sans horizon.
Le bovarysme
Emma confond la vie et les romans : elle attend l’amour, le luxe et la passion qu’elle a lus. Le philosophe Jules de Gaultier a forgé en 1892 le mot bovarysme pour désigner la tendance à se concevoir autre que l’on est.
La bêtise et les idées reçues
Homais, Charles, les discours des Comices : Flaubert traque les clichés et les phrases toutes faites. Homais est l’incarnation du progressisme creux et de la réussite de la médiocrité.
L’argent
La chute d’Emma n’est pas seulement morale mais financière : ce sont les dettes, plus que l’adultère, qui la conduisent au suicide.
Le style
- L’impersonnalité : le narrateur ne juge pas Emma.
- La focalisation interne : on voit souvent le monde à travers les yeux d’Emma (voir la focalisation).
- Le discours indirect libre, qui mêle les pensées d’Emma à la voix du narrateur et produit une ironie discrète.
- L’ironie de construction : la scène des Comices, où la déclaration de Rodolphe se mêle au palmarès des engrais.
- Le travail de la phrase, rythmée, éprouvée au « gueuloir ».
Le procès
En janvier 1857, Flaubert, le directeur de la Revue de Paris Léon Laurent-Pichat et l’imprimeur sont poursuivis pour « outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs ». Le procureur Ernest Pinard cite les passages de l’adultère et de la mort d’Emma, reçue par l’extrême-onction. L’avocat Jules Senard soutient que le roman est profondément moral. Le tribunal acquitte les prévenus le 7 février 1857, tout en blâmant le « réalisme vulgaire » de certains passages. Le scandale assure le succès du livre. Baudelaire lui consacre un article élogieux la même année.
Postérité
Madame Bovary a inspiré de nombreuses adaptations au cinéma (Jean Renoir en 1934, Vincente Minnelli en 1949, Claude Chabrol en 1991) et reste l’un des romans français les plus étudiés au monde. Le personnage d’Emma est devenu un type littéraire universel.
Questions fréquentes
Comment meurt Emma Bovary ?
Elle s’empoisonne en avalant de l’arsenic pris dans la pharmacie de Homais, ruinée par ses dettes et abandonnée par ses amants.
Qu’est-ce que le bovarysme ?
Une tendance à rêver sa vie et à se croire autre que l’on est, à l’image d’Emma Bovary. Le mot a été créé par Jules de Gaultier en 1892.
Pourquoi Madame Bovary a-t-il fait scandale ?
Parce que le roman représente l’adultère et le suicide d’une femme sans condamnation explicite de la part du narrateur. Flaubert a été poursuivi en justice puis acquitté en 1857.
Pourquoi Madame Bovary est-il un roman réaliste ?
Il peint avec précision la vie d’une petite ville normande, des personnages ordinaires, et adopte un narrateur impersonnel qui ne juge pas.