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Littérature · Œuvres

Le Père Goriot

Le Père Goriot est un roman de Balzac publié en 1835. Dans une pension miteuse de Paris, le jeune Rastignac découvre la société en voyant mourir un vieillard abandonné par ses deux filles.

Mis à jour le 4 min de lecture

Le Père Goriot est l’un des romans les plus lus d'Honoré de Balzac. Publié en feuilleton dans la Revue de Paris (décembre 1834-février 1835), puis en volume en mars 1835, il est le premier roman où Balzac fait systématiquement revenir des personnages d’une œuvre à l’autre, principe qui donnera naissance à La Comédie humaine. Il y est classé dans les « Scènes de la vie privée ».

L’incipit et la pension Vauquer

Le roman s’ouvre sur une longue description : « Madame Vauquer, née de Conflans, est une vieille femme qui, depuis quarante ans, tient à Paris une pension bourgeoise établie rue Neuve-Sainte-Geneviève, entre le quartier latin et le faubourg Saint-Marceau. » La pension, son odeur, son mobilier usé et sa logeuse forment un tout : chez Balzac, le milieu explique les êtres. Balzac prévient le lecteur : « All is true », tout est vrai. Sur cet art de l’ouverture, voir l'incipit.

Résumé

Les pensionnaires

À la pension vivent notamment Eugène de Rastignac, étudiant en droit venu d’Angoulême, d’une famille noble mais pauvre ; Vautrin, quadragénaire jovial et inquiétant ; Victorine Taillefer, jeune fille déshéritée par son père banquier ; et le père Goriot, ancien vermicellier enrichi pendant la Révolution, que les autres raillent parce qu’il s’appauvrit d’année en année.

L’entrée dans le monde

Rastignac obtient l’appui de sa cousine, la vicomtesse de Beauséant, reine du faubourg Saint-Germain, qui lui enseigne la loi du monde : se servir des hommes et des femmes comme de « chevaux de poste ». Il découvre que Goriot est le père de deux femmes du monde : Anastasie de Restaud, épouse d’un comte, et Delphine de Nucingen, épouse d’un banquier. Goriot s’est ruiné pour leur donner des dots et payer leurs dettes ; elles le reçoivent en cachette, honteuses de lui.

La tentation de Vautrin

Vautrin propose à Rastignac un pacte : épouser Victorine, dont il fera tuer le frère en duel pour qu’elle hérite de la fortune paternelle. Rastignac refuse, mais Vautrin fait exécuter le duel. Dénoncé par Mlle Michonneau, une pensionnaire achetée par la police, il est arrêté : c’est Jacques Collin, dit Trompe-la-Mort, forçat évadé.

La mort de Goriot

Rastignac devient l’amant de Delphine. Goriot, épuisé par les demandes d’argent de ses filles, est frappé d’apoplexie. Pendant son agonie, ses filles ne viennent pas : Delphine va au bal de Mme de Beauséant, qui ce soir-là quitte le monde après avoir été abandonnée par son amant. Goriot meurt en maudissant puis en bénissant ses filles. Seuls Rastignac et l’étudiant en médecine Bianchon suivent le cercueil au Père-Lachaise ; les filles n’envoient que des voitures vides armoriées. Du haut du cimetière, Rastignac contemple Paris et lance : « À nous deux maintenant ! » Puis il va dîner chez Delphine.

Les personnages

PersonnageRôle
Le père GoriotAncien vermicellier, père idolâtre, « Christ de la paternité »
Eugène de RastignacÉtudiant ambitieux, personnage principal de l’apprentissage
Vautrin (Jacques Collin)Forçat évadé, tentateur, critique cynique de la société
Anastasie de RestaudFille aînée de Goriot, épouse d’un comte
Delphine de NucingenFille cadette, épouse d’un banquier, maîtresse de Rastignac
Mme de BeauséantCousine de Rastignac, grande dame trahie
Mme VauquerLogeuse avare et vulgaire
Horace BianchonÉtudiant en médecine, ami de Rastignac
Victorine TailleferJeune fille pauvre, héritière potentielle

Les thèmes

L’argent

L’argent règle tout : mariages, amours, rangs, morale. Vautrin le dit crûment dans sa grande tirade : la société est une jungle où il faut réussir à tout prix. Goriot lui-même n’est aimé de ses filles qu’à proportion de ce qu’il donne.

La paternité

Goriot pousse l’amour paternel jusqu’à la passion destructrice. Balzac fait de lui une figure christique, sacrifiée et abandonnée, et montre la dissolution des liens familiaux dans une société de l’intérêt.

L’éducation de Rastignac

Le roman est un roman d’apprentissage. Rastignac reçoit trois leçons : celle de Mme de Beauséant (le monde), celle de Vautrin (le crime), celle de Goriot (l’ingratitude). Il en tire sa conclusion : il entrera dans le jeu. Son cri final est devenu le symbole de l’ambitieux qui défie Paris.

Paris

Le roman dessine une géographie sociale : la pension misérable de la montagne Sainte-Geneviève, le faubourg Saint-Germain aristocratique, la Chaussée-d’Antin des banquiers. Monter dans la société, c’est traverser Paris.

Le réalisme balzacien

  • Des descriptions minutieuses qui expliquent les caractères.
  • Un narrateur omniscient qui commente, juge et généralise.
  • Des types sociaux : l’usurier, le parvenu, la femme du monde, le forçat.
  • Le retour des personnages : Rastignac, Vautrin, Bianchon et Nucingen reparaissent dans d’autres romans (Illusions perdues, Splendeurs et misères des courtisanes). Voir le réalisme.

Questions fréquentes

Pourquoi le père Goriot est-il ruiné ?

Il a donné toute sa fortune à ses deux filles pour les marier à des hommes du monde, puis pour payer leurs dettes et les caprices de leurs amants.

Que signifie « À nous deux maintenant ! » ?

C’est le défi que Rastignac lance à Paris depuis le Père-Lachaise : instruit par la mort de Goriot, il décide de conquérir la société en acceptant ses règles.

Qui est Vautrin ?

Un forçat évadé, Jacques Collin, surnommé Trompe-la-Mort. Il incarne la révolte contre la société et reparaît dans plusieurs romans de La Comédie humaine.

Le Père Goriot est-il le premier roman de La Comédie humaine ?

Non, mais c’est le premier où Balzac applique systématiquement le retour des personnages, qui fonde l’unité de La Comédie humaine (titre adopté en 1842).

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