Littérature · Œuvres
Tartuffe
Tartuffe ou l’Imposteur est une comédie de Molière en cinq actes et en vers : un faux dévot manipule le riche Orgon pour lui prendre sa fille, sa femme et ses biens. Interdite en 1664, elle est autorisée en 1669.
Mis à jour le 4 min de lecture
Tartuffe ou l’Imposteur est la pièce la plus controversée de Molière. Comédie de caractère en cinq actes et en alexandrins (1 962 vers), elle démasque l’hypocrisie d’un faux dévot qui se sert de la religion pour satisfaire ses ambitions. Jouée une première fois en 1664 devant Louis XIV, elle est interdite pendant cinq ans sous la pression du parti dévot. Sa version définitive triomphe le 5 février 1669. Le nom du personnage est devenu un nom commun : un tartuffe est un hypocrite.
Une pièce interdite : les trois versions
| Date | Version | Sort |
|---|---|---|
| 12 mai 1664 | Tartuffe ou l’Hypocrite, trois actes, lors des fêtes des « Plaisirs de l’île enchantée » à Versailles | Interdite de représentation publique par le roi, sous la pression des dévots et de l’archevêque de Paris |
| 5 août 1667 | Panulphe ou l’Imposteur, cinq actes, au Palais-Royal | Interdite dès le lendemain par le premier président du Parlement ; l’archevêque menace d’excommunication ceux qui la joueraient, la verraient ou la liraient |
| 5 février 1669 | Tartuffe ou l’Imposteur, version définitive | Autorisée ; immense succès |
Pour défendre sa pièce, Molière adresse trois placets au roi et rédige une préface (1669) où il affirme que le but de la comédie est de corriger les vices des hommes et qu’il a pris soin de distinguer le vrai dévot du faux.
Résumé acte par acte
Acte I : l’exposition
Madame Pernelle, mère d’Orgon, reproche à toute la maisonnée de ne pas respecter Tartuffe. La servante Dorine et Cléante, beau-frère d’Orgon, dénoncent l’aveuglement d’Orgon, qui a recueilli Tartuffe et lui obéit en tout. Orgon, de retour, ne s’inquiète que de Tartuffe pendant que Dorine lui parle de sa femme malade : « Et Tartuffe ? … Le pauvre homme ! » Tartuffe n’apparaît pas encore.
Acte II : le mariage forcé
Orgon annonce à sa fille Mariane qu’elle épousera Tartuffe et non Valère, qu’elle aime. Dorine tente de la pousser à se rebeller et réconcilie les deux amoureux après une scène de dépit.
Acte III : l’entrée de Tartuffe et la première tentative
Tartuffe paraît enfin, à la scène 2, en réclamant sa « haire » et sa « discipline » et en tendant un mouchoir à Dorine : « Couvrez ce sein que je ne saurais voir. » Il fait ensuite une déclaration d’amour à Elmire, femme d’Orgon. Damis, fils d’Orgon, caché, dénonce Tartuffe. Mais Orgon ne le croit pas, chasse et déshérite son fils et fait de Tartuffe son héritier.
Acte IV : le piège
Elmire convainc Orgon de se cacher sous une table pour assister à une nouvelle tentative de séduction. Tartuffe se dévoile. Orgon, enfin convaincu, le chasse. Mais Tartuffe révèle qu’il est désormais maître de la maison par la donation et qu’il détient une cassette compromettante confiée par Orgon.
Acte V : le dénouement
Monsieur Loyal, huissier, vient expulser la famille. Tartuffe arrive avec un exempt (officier de police) pour faire arrêter Orgon. Coup de théâtre : l’exempt arrête Tartuffe au nom du roi, « ennemi de la fraude », qui a percé l’imposteur à jour, reconnu en lui un escroc recherché et annulé la donation. Mariane pourra épouser Valère.
Les personnages
| Personnage | Rôle |
|---|---|
| Tartuffe | Faux dévot, hypocrite, gourmand et sensuel |
| Orgon | Riche bourgeois, aveuglé par sa dévotion pour Tartuffe |
| Elmire | Seconde femme d’Orgon, lucide et habile |
| Madame Pernelle | Mère d’Orgon, aussi aveugle que lui |
| Mariane | Fille d’Orgon, soumise |
| Valère | Amoureux de Mariane |
| Damis | Fils d’Orgon, impulsif |
| Dorine | Suivante de Mariane, franche et moqueuse |
| Cléante | Beau-frère d’Orgon, voix de la raison et de la vraie piété |
Les thèmes
L’hypocrisie religieuse
Tartuffe utilise le langage de la dévotion pour séduire Elmire et s’emparer des biens d’Orgon. Molière distingue clairement, par la voix de Cléante, la vraie piété, discrète, de la fausse dévotion, ostentatoire.
L’aveuglement
Orgon est le personnage comique par excellence : obsédé par Tartuffe, il sacrifie sa famille. Comme les autres pères de Molière, il incarne l’autorité tyrannique qui menace le bonheur des enfants.
La famille et le mariage
La pièce défend le mariage d’amour contre le mariage arrangé, et le bon sens des femmes et des domestiques (Elmire, Dorine) contre la folie du maître.
Les procédés comiques
- Comique de répétition : « Le pauvre homme ! » (I, 4).
- Comique de situation : Damis caché dans un cabinet (III), Orgon caché sous la table (IV, 5).
- Comique de caractère : l’obsession d’Orgon.
- Comique de mots : le langage dévot détourné par Tartuffe pour séduire.
Voir le vocabulaire du théâtre et le registre comique.
Un dénouement en deus ex machina
L’intervention du roi, qui résout tout au dernier moment, est un deus ex machina : une solution extérieure à l’action. Elle flatte Louis XIV, qui avait soutenu Molière, mais souligne aussi que seule une autorité supérieure pouvait vaincre l’imposture.
Questions fréquentes
Pourquoi Tartuffe a-t-il été interdit ?
Le parti dévot (archevêque de Paris, Compagnie du Saint-Sacrement) estimait que la pièce, en ridiculisant un faux dévot, attaquait la religion elle-même. Elle est restée interdite de 1664 à 1669.
À quel moment Tartuffe entre-t-il en scène ?
Seulement à l’acte III, scène 2. Les deux premiers actes préparent son entrée par les jugements contradictoires des autres personnages.
Que signifie « tartuffe » aujourd’hui ?
C’est un nom commun qui désigne une personne hypocrite, qui affiche des vertus qu’elle n’a pas. On parle aussi de tartufferie.
Comment se termine Tartuffe ?
Tartuffe est arrêté sur ordre du roi au moment où il pensait faire arrêter Orgon. La donation est annulée et Mariane peut épouser Valère.