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Littérature · Œuvres

Le Misanthrope

Le Misanthrope est une comédie de Molière créée en 1666. Alceste, qui exige une sincérité absolue et méprise les politesses mondaines, aime pourtant Célimène, coquette qui incarne tout ce qu’il condamne.

Mis à jour le 4 min de lecture

Le Misanthrope ou l’Atrabilaire amoureux est souvent considéré comme la comédie la plus profonde de Molière. Créée au Palais-Royal le 4 juin 1666, alors que Tartuffe est toujours interdit, elle n’obtient qu’un succès d’estime. L’intrigue est mince : tout repose sur le caractère d’Alceste et sur le débat qu’il soulève, celui de la sincérité dans la vie sociale.

Résumé acte par acte

Acte I : le débat et le sonnet

La pièce s’ouvre en pleine dispute : « Qu’est-ce donc ? Qu’avez-vous ? — Laissez-moi, je vous prie. » Alceste reproche à son ami Philinte d’avoir embrassé chaleureusement un inconnu. Il veut qu’on soit sincère en toute circonstance et hait l’humanité entière pour ses complaisances. Philinte défend la tolérance et l’adaptation aux usages. Arrive Oronte, gentilhomme, qui lit un sonnet et demande l’avis d’Alceste. Après avoir tenté de se retenir, Alceste le juge détestable (« Franchement, il est bon à mettre au cabinet »). Oronte s’offense : un procès d’honneur se prépare.

Acte II : les portraits

Alceste reproche à Célimène, jeune veuve qu’il aime, sa coquetterie. Arrivent les petits marquis Acaste et Clitandre. Célimène brille dans la scène des portraits (II, 4) : elle dessine en quelques vers des caricatures cruelles des absents. Alceste s’indigne qu’on l’applaudisse. Un garde l’appelle devant le tribunal des maréchaux pour l’affaire du sonnet.

Acte III : la prude

Arsinoé, prude jalouse, vient faire la leçon à Célimène, qui lui répond avec une ironie mordante. Seule avec Alceste, Arsinoé lui propose de prouver que Célimène le trompe.

Acte IV : la lettre

Philinte raconte comment Alceste a refusé de dire que le sonnet était bon. Éliante, cousine de Célimène, avoue qu’elle aime Alceste ; Philinte lui déclare son propre amour. Alceste, muni d’une lettre de Célimène à Oronte fournie par Arsinoé, accuse sa maîtresse ; elle se défend avec habileté et il finit par la supplier de le rassurer.

Acte V : le dénouement

Alceste perd un procès qu’il refusait de plaider en sollicitant les juges : il décide de fuir la société. Les marquis lisent publiquement des lettres où Célimène se moque de chacun de ses soupirants. Tous l’abandonnent. Alceste lui propose de le suivre au désert ; elle refuse de renoncer au monde à vingt ans. Alceste part chercher « un endroit écarté / Où d’être homme d’honneur on ait la liberté ». Philinte et Éliante, qui vont se marier, veulent le retenir.

Les personnages

PersonnageRôle
AlcesteLe misanthrope, intransigeant et amoureux
PhilinteAmi d’Alceste, sage et accommodant
CélimèneJeune veuve coquette et spirituelle, aimée d’Alceste
ÉlianteCousine sincère de Célimène
OronteGentilhomme, poète vaniteux, rival d’Alceste
ArsinoéPrude envieuse
Acaste, ClitandrePetits marquis ridicules

Les thèmes

Sincérité et politesse

Le cœur de la pièce est le débat de l’acte I. Alceste refuse le mensonge social ; Philinte répond que « La parfaite raison fuit toute extrémité, / Et veut que l’on soit sage avec sobriété ». Molière ne tranche pas : Alceste a raison sur le fond, mais son intransigeance le rend ridicule et malheureux.

Le monde et ses masques

Les salons sont un théâtre d’hypocrisie : flatteries, médisances, faux amis. Célimène, les marquis, Arsinoé et Oronte composent une satire de la cour et de la vie mondaine.

L’amour contradictoire

Le sous-titre, l’Atrabilaire amoureux, souligne la contradiction : celui qui méprise le monde aime la femme la plus mondaine. L’amour le rend faible et l’expose à la même duplicité qu’il dénonce.

Une comédie grave

Le Misanthrope fait sourire plus que rire. Il ne comporte ni coups de bâton ni valets bouffons ; le comique naît du caractère et du langage. Son dénouement n’est pas heureux pour le héros. Boileau la tenait pour le chef-d’œuvre de Molière. Pour les procédés, voir la comédie.

Rousseau contre Molière

Dans la Lettre à d’Alembert sur les spectacles (1758), Jean-Jacques Rousseau accuse Molière d’avoir ridiculisé un homme vertueux pour flatter le public. Ce débat montre l’ambiguïté du personnage : Alceste est-il un fou ridicule ou un juste lucide ? La pièce permet les deux lectures.

Questions fréquentes

Pourquoi Alceste est-il misanthrope ?

Parce qu’il ne supporte pas l’hypocrisie générale : flatteries, faux compliments, injustices. Il en vient à haïr tous les hommes, les uns parce qu’ils sont méchants, les autres parce qu’ils sont complaisants avec les méchants.

Quelle est la scène du sonnet ?

À l’acte I, scène 2, Oronte lit un sonnet et exige l’avis d’Alceste, qui le juge sans indulgence. C’est le premier affrontement entre sincérité et politesse.

Alceste épouse-t-il Célimène ?

Non. Célimène refuse de le suivre loin du monde ; il part seul. Seuls Philinte et Éliante se marient.

Le Misanthrope est-il une comédie ?

Oui, une comédie de caractère, mais à tonalité grave : elle fait réfléchir plus qu’elle ne fait rire, et son héros finit malheureux.

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