Littérature · Œuvres
Le Bourgeois gentilhomme
Le Bourgeois gentilhomme est une comédie-ballet de Molière et Lully, créée à Chambord le 14 octobre 1670. M. Jourdain, riche bourgeois, veut devenir noble à tout prix et se laisse duper jusqu’à être fait « Mamamouchi ».
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Le Bourgeois gentilhomme est la plus célèbre des comédies-ballets, ce genre inventé par Molière qui mêle théâtre, musique et danse. Commandée par Louis XIV pour un divertissement de cour au château de Chambord, elle est écrite avec le compositeur Jean-Baptiste Lully. Le roi voulait une « turquerie » après la visite à Paris, en 1669, d’un envoyé du sultan ottoman, Soliman Aga, qui n’avait pas paru impressionné par les fastes de Versailles.
Résumé acte par acte
Acte I : les maîtres de musique et de danse
M. Jourdain, riche fils de marchand drapier, veut vivre comme les gens de qualité. Il a engagé un maître de musique et un maître à danser, qui se moquent de lui mais apprécient son argent. Il se montre dans une robe de chambre extravagante et écoute une sérénade.
Acte II : la leçon de philosophie
Le maître d’armes lui enseigne l’escrime ; les trois maîtres se disputent sur l’importance de leur art, jusqu’à se battre. Arrive le maître de philosophie, qui veut apaiser la querelle et finit lui aussi dans la bagarre. Sa leçon est le passage le plus célèbre de la pièce : M. Jourdain refuse la logique, la morale et la physique, mais apprend avec émerveillement la prononciation des voyelles. Il veut écrire un billet galant à une marquise et découvre que tout ce qui n’est pas vers est prose : depuis plus de quarante ans, s’extasie-t-il, « je dis de la prose sans que j’en susse rien ». Le maître tailleur lui livre un habit aux fleurs mises à l’envers ; les garçons tailleurs l’appellent « Monseigneur » pour obtenir des pourboires.
Acte III : la famille et Dorante
La servante Nicole éclate de rire en voyant son maître. Mme Jourdain, pleine de bon sens, lui reproche ses folies et sa fréquentation de Dorante, un comte ruiné qui lui emprunte de l’argent sans jamais le rendre. Dorante prétend servir les amours de M. Jourdain avec la marquise Dorimène, mais il fait passer les cadeaux de Jourdain pour les siens. Cléonte, qui aime Lucile, la fille de Jourdain, demande sa main ; il est refusé parce qu’il n’est pas gentilhomme. Son valet Covielle imagine une mascarade.
Acte IV : la cérémonie turque
M. Jourdain offre un festin à Dorimène et Dorante ; Mme Jourdain les surprend et fait scandale. Covielle, déguisé, annonce que le fils du Grand Turc veut épouser Lucile et élever Jourdain à la dignité de « Mamamouchi ». Une cérémonie turque burlesque, chantée et dansée dans une langue inventée, fait de Jourdain un faux dignitaire, à coups de bâton.
Acte V : le dénouement
Mme Jourdain croit son mari fou. Lucile refuse d’abord d’épouser le « Turc », puis reconnaît Cléonte et accepte. Mme Jourdain, mise dans le secret, donne son accord. Dorante épousera Dorimène, Covielle épousera Nicole. La pièce s’achève par un grand Ballet des Nations.
Les personnages
| Personnage | Rôle |
|---|---|
| M. Jourdain | Bourgeois naïf qui veut devenir gentilhomme |
| Mme Jourdain | Sa femme, raisonnable, attachée à son milieu |
| Lucile | Leur fille, amoureuse de Cléonte |
| Cléonte | Jeune homme honnête mais non noble |
| Covielle | Valet de Cléonte, inventeur de la ruse turque |
| Nicole | Servante, rieuse et franche |
| Dorante | Comte escroc qui exploite Jourdain |
| Dorimène | Marquise courtisée par Jourdain |
| Les maîtres | Musique, danse, armes, philosophie : flatteurs et vaniteux |
Les thèmes
La satire du bourgeois parvenu
Jourdain veut acheter ce qui ne s’achète pas : la naissance noble, l’élégance, la culture. Il imite les nobles sans les comprendre. Le titre est un oxymore pour le public de 1670 : on naît gentilhomme, on ne le devient pas.
La satire de la noblesse
Molière n’épargne pas les nobles : Dorante est un parasite qui vit aux dépens du bourgeois. La pièce oppose l’honnêteté de Cléonte, qui refuse de mentir sur sa naissance, à l’hypocrisie du comte.
Le savoir et l’éducation
Les maîtres se disputent, chacun estimant son art supérieur. La leçon de philosophie montre un enseignement réduit à des évidences, et un élève qui a soif d’apprendre mais aucun discernement.
L’aveuglement
Comme Harpagon dans L’Avare, Jourdain est possédé par une idée fixe qui le rend ridicule et menace le bonheur de sa fille.
Les procédés comiques
- Comique de caractère : la vanité et la naïveté de Jourdain.
- Comique de mots : la leçon des voyelles, les variations sur le billet « Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour », la langue turque inventée.
- Comique de geste : l’habit à l’envers, la leçon d’escrime, la bagarre des maîtres, les coups de bâton de la cérémonie.
- Comique de situation : la mascarade turque, les quiproquos sur Dorimène.
Pistes d’analyse pour un élève
- Étudier la leçon de philosophie (II, 4) : qu’apprend Jourdain et comment Molière fait-il rire ?
- Comparer M. et Mme Jourdain : deux visions du rang social.
- Analyser la comédie-ballet : à quoi servent la musique et la danse dans l’intrigue ?
- Débattre : Jourdain est-il seulement ridicule, ou aussi touchant dans son désir d’apprendre ?
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un « bourgeois gentilhomme » ?
C’est une contradiction volontaire : un bourgeois, roturier enrichi, qui voudrait être gentilhomme, c’est-à-dire noble de naissance. Le titre résume la folie du personnage.
Que signifie « Mamamouchi » ?
C’est un faux titre turc inventé par Molière. Jourdain croit recevoir une haute dignité, alors qu’il s’agit d’une farce organisée par Covielle.
Pourquoi la pièce contient-elle une cérémonie turque ?
Louis XIV voulait se moquer des Turcs après la visite de l’envoyé ottoman Soliman Aga en 1669. La mode des « turqueries » était alors très forte à la cour.
Que dit M. Jourdain sur la prose ?
Il découvre que tout ce qui n’est pas en vers est en prose, et s’émerveille d’avoir fait de la prose toute sa vie sans le savoir.