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Littérature · Œuvres

L’Assommoir

L’Assommoir est le septième roman des Rougon-Macquart d’Émile Zola, publié en 1877. La blanchisseuse Gervaise s’élève par le travail dans le Paris ouvrier, puis sombre avec son mari dans l’alcool et la misère.

Mis à jour le 4 min de lecture

L’Assommoir est le septième volume des Rougon-Macquart, l'« histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire » d'Émile Zola. Paru en feuilleton en 1876 (dans Le Bien public, puis La République des lettres), puis en volume chez Charpentier en 1877, il provoque un scandale et un immense succès : il fait de Zola le chef de file du naturalisme et l’un des écrivains les plus lus de son temps.

Le titre

Un « assommoir » est, dans l’argot du temps, un débit de boissons populaire où l’on sert de l’eau-de-vie à bas prix. Celui du roman, tenu par le père Colombe, abrite un alambic, machine fascinante et menaçante qui distille le poison des ouvriers.

Résumé

L’abandon et le mariage

Gervaise Macquart, jeune femme boiteuse venue de Plassans, vit à Paris avec son amant Lantier et leurs deux fils, Claude et Étienne. Lantier l’abandonne pour une autre femme. Au lavoir, Gervaise se bat avec Virginie, sœur de sa rivale, et l’humilie. Elle accepte ensuite d’épouser Coupeau, ouvrier zingueur sobre et gentil. Leur mariage, avec la visite burlesque au Louvre, est l’un des épisodes célèbres du roman. Une fille naît : Nana.

L’ascension

Grâce à son travail acharné et à leurs économies, Gervaise réalise son rêve modeste. Elle le formule au début du roman : travailler tranquille, manger toujours du pain, avoir « un trou un peu propre pour dormir », élever ses enfants, ne pas être battue. Elle ouvre une blanchisserie rue de la Goutte-d’Or, avec l’aide d’un prêt de Goujet, forgeron honnête qui l’aime en silence.

La chute de Coupeau

Coupeau tombe d’un toit. Gervaise refuse l’hôpital et le soigne à domicile, dépensant ses économies. Convalescent, il prend goût à l’oisiveté et à l’alcool. La grande fête d’anniversaire de Gervaise, où l’on mange une oie énorme (chapitre VII), marque l’apogée et le début du déclin : ce soir-là, Lantier reparaît.

La déchéance

Lantier s’installe chez le couple, vit à leurs crochets et redevient l’amant de Gervaise. La boutique périclite ; Gervaise, gagnée par la paresse et la gourmandise, finit par boire elle aussi. Virginie et son mari Poisson reprennent la blanchisserie. Nana, adolescente, quitte le foyer pour la rue. Coupeau, atteint de delirium tremens, meurt à l’asile Sainte-Anne après des jours d’agonie que Gervaise observe avec horreur.

La fin de Gervaise

Réduite à la misère, Gervaise tente de se prostituer par un soir de neige, croise Goujet, puis s’enfonce dans la faim. Elle meurt dans un recoin sous un escalier ; on ne la découvre qu’au bout de deux jours, à l’odeur. Le croque-mort Bazouge, qu’elle appelait jadis pour mourir, vient la chercher.

Les personnages

PersonnageRôle
Gervaise MacquartBlanchisseuse courageuse, détruite par la misère et l’alcool
CoupeauOuvrier zingueur, mari de Gervaise, devenu alcoolique
LantierPremier compagnon de Gervaise, paresseux et parasite
Goujet (Gueule-d’Or)Forgeron vertueux, amoureux de Gervaise
VirginieRivale de Gervaise, qui finit par prendre sa boutique
Les LorilleuxSœur et beau-frère de Coupeau, chaînistes avares et jaloux
NanaFille de Gervaise et de Coupeau, future héroïne de Nana (1880)
BazougeCroque-mort ivrogne

Les thèmes

L’alcoolisme

Zola montre l’alcool comme un fléau social et héréditaire : il détruit Coupeau, puis Gervaise, et se transmet à Nana. Les scènes du delirium tremens sont parmi les plus terribles du roman.

La misère ouvrière

Logements insalubres, travail épuisant, chômage, faim : le roman décrit la condition du peuple parisien sans idéalisation. Zola ne présente pas les ouvriers comme mauvais, mais comme victimes d’un milieu qui les écrase.

L’hérédité et le milieu

Gervaise, fille d’Antoine Macquart, porte une hérédité alcoolique. Mais c’est surtout le milieu (quartier, assommoir, promiscuité) qui détermine sa chute, selon les principes du naturalisme.

La nourriture et le corps

Repas, faim, gourmandise et décomposition rythment le roman : la grande bouffe du chapitre VII s’oppose à la faim des derniers chapitres.

La langue populaire

La grande innovation de L’Assommoir est stylistique. Zola fait parler le narrateur lui-même dans la langue des personnages, avec argot et tournures populaires, grâce au discours indirect libre. Le lecteur entend le peuple de l’intérieur. Cette audace fit scandale : on accusa Zola d’avoir calomnié les ouvriers. Il répondit dans sa préface : « C’est une œuvre de vérité, le premier roman sur le peuple, qui ne mente pas et qui ait l’odeur du peuple. »

Postérité

Gervaise a inspiré le film de René Clément Gervaise (1956), avec Maria Schell. Les enfants de Gervaise sont les héros d’autres romans du cycle : Claude dans L’Œuvre, Étienne dans Germinal, Nana dans Nana.

Questions fréquentes

Comment meurt Gervaise ?

Dans la misère et la faim, seule, dans une niche sous un escalier. Son corps n’est découvert que deux jours plus tard.

Que signifie le mot « assommoir » ?

Un cabaret populaire où l’on boit de l’eau-de-vie bon marché ; le mot suggère que l’alcool « assomme » les ouvriers.

Pourquoi L’Assommoir a-t-il fait scandale ?

Par sa peinture crue de la déchéance ouvrière et par sa langue argotique, jugée vulgaire. La presse conservatrice comme la presse républicaine l’ont attaqué.

Quels sont les enfants de Gervaise ?

Claude et Étienne, nés de sa liaison avec Lantier, et Nana, fille de Coupeau. Un troisième fils, Jacques, héros de La Bête humaine, a été ajouté plus tard par Zola.

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