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Littérature · Œuvres

Phèdre

Phèdre est une tragédie de Jean Racine créée en 1677. L’épouse de Thésée brûle d’une passion interdite pour son beau-fils Hippolyte ; l’aveu de cet amour entraîne la mort du jeune homme puis la sienne.

Mis à jour le 4 min de lecture

Phèdre est souvent tenue pour le chef-d’œuvre de Jean Racine et de la tragédie classique française. Créée le 1er janvier 1677 à l’Hôtel de Bourgogne sous le titre Phèdre et Hippolyte, elle est la dernière tragédie profane de l’auteur. Après elle, Racine quitte le théâtre public pour devenir historiographe du roi.

Le contexte : une cabale

Deux jours après la création, la troupe rivale de l’Hôtel Guénégaud joue une Phèdre et Hippolyte de Pradon, soutenue par un clan hostile à Racine (la duchesse de Bouillon, le duc de Nevers). Des sonnets injurieux s’échangent. La pièce de Pradon est vite oubliée, mais l’épisode affecte Racine. Dans sa préface, il insiste sur la portée morale de sa tragédie, rapprochement significatif avec les jansénistes de Port-Royal, où il avait été élevé.

Résumé acte par acte

Acte I : les aveux

Thésée, roi d’Athènes, a disparu depuis six mois. Son fils Hippolyte veut partir à sa recherche ; il avoue à son gouverneur Théramène qu’il aime Aricie, princesse d’une famille ennemie que Thésée a condamnée à ne jamais se marier. Phèdre, épouse de Thésée, se meurt d’un mal mystérieux. Pressée par sa nourrice Œnone, elle avoue sa passion pour Hippolyte, fils que Thésée a eu d’une Amazone : « Mon mal vient de plus loin… » On annonce la mort de Thésée. Œnone persuade Phèdre que son amour n’est plus un crime.

Acte II : la déclaration

Hippolyte déclare son amour à Aricie. Phèdre, venue lui recommander son fils, se trouble et finit par lui déclarer sa passion. Horrifié, Hippolyte se détourne ; elle lui arrache son épée pour se tuer. Œnone l’entraîne. On apprend que Thésée serait vivant.

Acte III : le retour de Thésée

Thésée revient. Phèdre, terrifiée, laisse Œnone agir : pour la sauver, la nourrice accuse Hippolyte d’avoir voulu séduire sa belle-mère. Hippolyte, accueilli froidement, ne comprend pas.

Acte IV : la malédiction et la jalousie

Thésée chasse son fils et invoque contre lui Neptune, qui lui a promis d’exaucer un vœu. Hippolyte, par respect, ne dénonce pas Phèdre, mais avoue aimer Aricie. Phèdre vient défendre Hippolyte ; elle apprend alors par Thésée qu’il aime Aricie. Dévorée de jalousie, elle se tait. Elle maudit Œnone, qui va se jeter dans la mer.

Acte V : la catastrophe

Hippolyte part avec Aricie, à qui il promet le mariage. Thésée, troublé, apprend la mort d’Œnone et commence à douter. Théramène fait le récit de la mort d’Hippolyte : un monstre surgi des flots a affolé ses chevaux, qui l’ont traîné et déchiré. Phèdre, qui s’est empoisonnée, avoue la vérité et meurt. Thésée, accablé, adopte Aricie.

Les personnages

PersonnageRôle
PhèdreÉpouse de Thésée, fille de Minos et de Pasiphaé, victime d’une passion fatale
HippolyteFils de Thésée et d’une Amazone, jeune homme vertueux
ThéséeRoi d’Athènes, héros vieillissant, père aveugle
AriciePrincesse athénienne, aimée d’Hippolyte
ŒnoneNourrice et confidente de Phèdre, conseillère funeste
ThéramèneGouverneur d’Hippolyte, auteur du récit final
Ismène, PanopeConfidente d’Aricie, femme de la suite de Phèdre

Les thèmes

La passion coupable

Phèdre aime contre sa volonté. Son amour est un mal physique (« Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ») et une souillure morale. Elle se sait coupable et se juge elle-même : c’est ce qui fait sa grandeur tragique.

La fatalité

Fille de Minos, juge des Enfers, et de Pasiphaé, qui aima un taureau, petite-fille du Soleil, Phèdre est la victime de Vénus qui poursuit sa lignée : « C’est Vénus tout entière à sa proie attachée. » Les dieux mythologiques figurent une fatalité intérieure.

La lumière et l’ombre

Phèdre fuit le jour, qu’elle souille par sa présence. Sa mort rend au monde sa pureté : « Et la mort, à mes yeux dérobant la clarté, / Rend au jour qu’ils souillaient toute sa pureté. »

Le jansénisme

Dans la préface, Racine écrit que « Phèdre n’est ni tout à fait coupable, ni tout à fait innocente ». Le personnage a été lu comme l’image de l’homme privé de la grâce divine, qui voit le bien et fait le mal. Antoine Arnauld, figure de Port-Royal, aurait approuvé la pièce.

La dramaturgie

  • Les trois unités : une seule action, un seul lieu (Trézène), une seule journée (voir le classicisme).
  • La bienséance : la mort d’Hippolyte n’est pas montrée mais racontée par Théramène.
  • La parole comme action : chaque aveu (à Œnone, à Hippolyte, à Thésée) fait avancer la catastrophe. Le silence d’Hippolyte et celui de Phèdre au IVe acte sont aussi décisifs.

Vers célèbres

  • « Le dessein en est pris : je pars, cher Théramène » (Hippolyte, I, 1), premier vers
  • « La fille de Minos et de Pasiphaé » (Hippolyte, I, 1)
  • « Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ; / Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue » (Phèdre, I, 3)
  • « C’est Vénus tout entière à sa proie attachée » (Phèdre, I, 3)

Questions fréquentes

De qui Phèdre est-elle amoureuse ?

D’Hippolyte, le fils que son mari Thésée a eu d’une Amazone, Antiope. C’est son beau-fils : l’amour est donc incestueux au regard de la morale.

Comment meurt Hippolyte ?

Un monstre marin envoyé par Neptune, à la demande de Thésée, effraie ses chevaux ; Hippolyte est traîné et déchiré sur les rochers. Sa mort est racontée par Théramène.

Pourquoi Phèdre est-elle une tragédie janséniste ?

Parce que l’héroïne, consciente de sa faute mais incapable de lui résister, illustre la faiblesse de l’homme sans la grâce, idée centrale du jansénisme.

Quelle est la différence entre la Phèdre de Racine et celle d’Euripide ?

Chez Euripide, le héros principal est Hippolyte, victime d’Aphrodite. Racine place Phèdre au centre, lui donne une conscience déchirée et invente le personnage d’Aricie.

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