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Littérature · Œuvres

Les Fourberies de Scapin

Les Fourberies de Scapin est une comédie de Molière créée en 1671. À Naples, le valet Scapin multiplie les ruses pour soutirer de l’argent à deux pères avares et permettre à leurs fils d’épouser celles qu’ils aiment.

Mis à jour le 4 min de lecture

Les Fourberies de Scapin est une comédie en trois actes et en prose de Molière, créée au Palais-Royal le 24 mai 1671. Pièce de pur divertissement, elle renoue avec la farce et la commedia dell’arte qui avaient formé Molière. Elle eut peu de succès de son vivant mais est devenue l’une des comédies les plus jouées du répertoire, et l’une des plus étudiées au collège.

Résumé acte par acte

Acte I : deux fils dans l’embarras

En l’absence de leurs pères, partis en voyage, deux jeunes gens se sont engagés. Octave, fils d’Argante, a épousé en secret Hyacinte, jeune fille pauvre d’origine inconnue. Léandre, fils de Géronte, aime Zerbinette, une jeune « Égyptienne » (bohémienne) qu’il doit racheter. Les pères reviennent : Argante a prévu de marier Octave à la fille de Géronte. Désespéré, Octave appelle à l’aide Scapin, valet de Léandre, « habile ouvrier de ressorts et d’intrigues ». Scapin affronte Argante et tente de le convaincre d’accepter le mariage.

Acte II : la galère

Géronte apprend le mariage d’Octave et soupçonne son propre fils d’écarts de conduite. Léandre, croyant que Scapin l’a trahi, le menace ; Scapin avoue d’anciennes fourberies, puis accepte de trouver de l’argent pour racheter Zerbinette. Il soutire deux cents pistoles à Argante en lui faisant craindre un procès et un frère d’Hyacinte terrifiant (Silvestre déguisé en spadassin). Puis il invente pour Géronte une histoire extraordinaire : Léandre aurait été retenu sur une galère turque, et le capitaine exige cinq cents écus de rançon. Géronte, déchiré, répète : « Que diable allait-il faire dans cette galère ? » (II, 7)

Acte III : le sac et les reconnaissances

Pour se venger de Géronte, qui l’a mis en difficulté auprès de Léandre, Scapin lui fait croire que des hommes armés le cherchent et le cache dans un sac. Contrefaisant les voix de plusieurs spadassins, il roue de coups le vieillard enfermé (III, 2). Géronte finit par passer la tête et découvre la supercherie. Zerbinette, qui ne le connaît pas, lui raconte en riant comment Scapin a escroqué « un vieillard avare ». Le dénouement multiplie les reconnaissances : Hyacinte est la fille de Géronte, et Zerbinette, enlevée enfant, celle d’Argante. Les deux couples peuvent se marier. Scapin, la tête bandée, se fait porter mourant pour obtenir le pardon de Géronte, puis, pardonné, se fait installer au bout de la table du festin.

Les personnages

PersonnageRôle
ScapinValet de Léandre, fourbe génial, meneur du jeu
SilvestreValet d’Octave, complice de Scapin
ArgantePère d’Octave et de Zerbinette, avare et colérique
GérontePère de Léandre et d’Hyacinte, avare et peureux
OctaveFils d’Argante, marié en secret à Hyacinte
LéandreFils de Géronte, amoureux de Zerbinette
HyacinteJeune fille pauvre, en réalité fille de Géronte
ZerbinetteJeune « Égyptienne », en réalité fille d’Argante

Les thèmes

Le triomphe du valet

Scapin est le véritable maître de la pièce. Les jeunes gens sont impuissants, les pères ridicules ; lui seul agit, invente et dirige. Il incarne la revanche de l’intelligence sur l’autorité et l’argent.

Les pères et les fils

Comme souvent chez Molière, la jeunesse amoureuse s’oppose à des pères avares et tyranniques. Le rire se fait aux dépens des vieillards.

Le théâtre dans le théâtre

Scapin joue sans cesse des rôles, invente des personnages, fait des voix. La scène du sac est une véritable représentation dont Géronte est la victime et le public le complice.

Farce et commedia dell’arte

La pièce reprend des types de la commedia dell’arte (le valet rusé, les vieillards, les amoureux) et des procédés de farce : coups de bâton, déguisements, répétitions, gestes. Le nom de Scapin vient de l’italien Scappino. Les reconnaissances finales, invraisemblables, sont une convention du genre.

Les procédés comiques

  • Comique de gestes : coups de bâton dans le sac, mimiques.
  • Comique de mots : la répétition « Que diable allait-il faire dans cette galère ? », les voix contrefaites.
  • Comique de situation : Zerbinette racontant le tour à sa victime.
  • Comique de caractère : l’avarice des pères, qui se déchirent entre l’argent et leur fils.

Voir la comédie et le vocabulaire du théâtre.

La critique de Boileau

En 1674, dans son Art poétique, Boileau regrette ce retour à la farce : « Dans ce sac ridicule où Scapin s’enveloppe, / Je ne reconnais plus l’auteur du Misanthrope. » Il se trompe d’ailleurs : c’est Géronte, et non Scapin, qui est dans le sac. Le jugement montre la hiérarchie classique entre la grande comédie et la farce, que la postérité n’a pas suivie.

Questions fréquentes

Que signifie « Que diable allait-il faire dans cette galère ? »

C’est la plainte répétée de Géronte, qui ne veut pas payer la rançon de son fils. L’expression est devenue proverbiale pour dire : « Pourquoi s’est-il mis dans une telle situation ? »

Qui est dans le sac ?

Géronte. Scapin l’y cache sous prétexte de le protéger, puis le bat en imitant des agresseurs imaginaires.

Les Fourberies de Scapin est-elle une farce ?

Elle en reprend de nombreux procédés (coups, déguisements, gestes), mais c’est une comédie d’intrigue en trois actes, plus élaborée qu’une farce traditionnelle.

Comment se termine la pièce ?

Par des reconnaissances : les deux jeunes filles sont les filles des deux pères, ce qui permet les mariages. Scapin obtient son pardon en feignant d’être mourant.

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