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Littérature · Œuvres

Dom Juan

Dom Juan ou le Festin de pierre est une comédie de Molière créée en 1665. Un grand seigneur séducteur et libertin brave les hommes et le Ciel, jusqu’à ce que la statue d’un homme qu’il a tué l’entraîne aux enfers.

Mis à jour le 4 min de lecture

Dom Juan ou le Festin de pierre est la pièce la plus audacieuse de Molière. Créée au Palais-Royal le 15 février 1665, quelques mois après l’interdiction de Tartuffe, elle connaît un grand succès mais disparaît de l’affiche après quinze représentations, sans interdiction officielle, sans doute sous la pression des dévots. Elle ne sera rejouée dans sa version originale qu’au XIXe siècle.

Résumé acte par acte

Acte I : le portrait du séducteur

Sganarelle, valet de Dom Juan, commence par un éloge burlesque du tabac (« Quoi que puisse dire Aristote et toute la philosophie, il n’est rien d’égal au tabac »), puis dresse le portrait de son maître : « un grand seigneur méchant homme », qui épouse toutes les femmes et ne croit à rien. Dom Juan vient d’abandonner Done Elvire, qu’il a enlevée d’un couvent pour l’épouser. Il fait l’éloge de l’inconstance : la beauté le ravit partout où il la trouve. Elvire vient lui demander des comptes ; il la congédie avec cynisme.

Acte II : les paysannes

Sauvé d’un naufrage par le paysan Pierrot, Dom Juan séduit aussitôt sa fiancée Charlotte, puis Mathurine, à qui il promet aussi le mariage. Dans une scène comique, il répond aux deux à la fois sans se trahir. On l’avertit que douze hommes le cherchent.

Acte III : le pauvre et la statue

Déguisé, Dom Juan débat avec Sganarelle, vêtu en médecin, sur la religion ; il affirme : « Je crois que deux et deux sont quatre, Sganarelle, et que quatre et quatre sont huit. » Dans la scène du pauvre, il promet un louis d’or à un ermite s’il accepte de jurer ; le pauvre refuse, et Dom Juan le lui donne « pour l’amour de l’humanité ». Il sauve courageusement Dom Carlos, frère d’Elvire, attaqué par des brigands. Puis il découvre le tombeau du Commandeur, qu’il a tué six mois plus tôt, et l’invite à dîner par bravade : la statue incline la tête.

Acte IV : les visiteurs

Dom Juan éconduit avec une politesse moqueuse son créancier, M. Dimanche. Son père, Dom Louis, lui reproche de déshonorer sa naissance : « la naissance n’est rien où la vertu n’est pas ». Elvire, devenue pénitente, vient le supplier de se convertir. Le soir, la statue du Commandeur vient souper et l’invite à son tour.

Acte V : l’hypocrite et le châtiment

Dom Juan annonce à son père qu’il se convertit ; il avoue aussitôt à Sganarelle que c’est une feinte et fait l'éloge de l’hypocrisie : « L’hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus. » Il refuse de se battre contre Dom Carlos sous prétexte de piété. Un spectre l’avertit qu’il n’a plus qu’un moment pour se repentir. La statue lui prend la main : la terre s’ouvre et l’engloutit dans les flammes. Sganarelle, seul, réclame : « Mes gages, mes gages, mes gages ! »

Les personnages

PersonnageRôle
Dom JuanGrand seigneur libertin, séducteur et incrédule
SganarelleValet peureux, superstitieux et bavard, moraliste maladroit
Done ElvireÉpouse abandonnée, puis pénitente
Dom LouisPère de Dom Juan, défenseur de l’honneur nobiliaire
Dom Carlos, Dom AlonseFrères d’Elvire, l’un généreux, l’autre vindicatif
Charlotte, Mathurine, PierrotPaysans
M. DimancheMarchand créancier
Le CommandeurStatue vengeresse, envoyé du Ciel

Les thèmes

Le libertinage

Au XVIIe siècle, le libertin est à la fois un esprit libre qui refuse les dogmes religieux et un homme qui s’affranchit de la morale dans ses mœurs. Dom Juan est les deux : il ne croit qu’à l’arithmétique et collectionne les conquêtes.

Le défi au Ciel

Dom Juan provoque sans cesse : il tente le pauvre, invite la statue, se moque des avertissements. Son châtiment surnaturel conclut la pièce, mais la morale reste ambiguë : le seul à se plaindre est le valet qui n’a pas été payé.

L’hypocrisie

L’acte V prolonge le combat de Tartuffe : Dom Juan devient hypocrite par calcul, parce que la fausse dévotion protège de tout. C’est la seule fois où il ment par principe ; c’est aussi le moment où il est puni.

Le couple maître-valet

Sganarelle condamne son maître mais le sert, raisonne mal et tremble. Le duo crée un comique constant et interroge la morale : le défenseur de la religion est un sot.

Une pièce irrégulière

Dom Juan rompt avec les règles classiques : changements de lieu à chaque acte, durée de plusieurs jours, mélange de farce, de comédie de mœurs et de surnaturel, machinerie spectaculaire. Ce caractère composite le rapproche de l’esthétique baroque. La prose permet un naturel de dialogue rare pour une grande comédie.

Questions fréquentes

Qui est le Commandeur dans Dom Juan ?

Un homme que Dom Juan a tué en duel six mois avant l’action. Sa statue, invitée par défi, vient chercher Dom Juan pour l’entraîner aux enfers.

Que signifie « pour l’amour de l’humanité » ?

Dom Juan donne le louis au pauvre non par charité chrétienne (pour l’amour de Dieu) mais au nom d’une valeur humaine. La formule, laïque, a choqué à l’époque.

Pourquoi Dom Juan a-t-il été retiré de l’affiche ?

Molière ne l’a plus joué après quinze représentations, probablement sous la pression du parti dévot, qui y voyait une apologie de l’impiété. Il n’a pas été officiellement interdit.

Dom Juan est-il une comédie ?

Molière l’a présentée comme une comédie, mais elle mêle le comique, le dramatique et le surnaturel, et se termine par la mort du héros.

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