Langue française · Origine des expressions
Tenir le haut du pavé
Tenir le haut du pavé, c’est occuper une position dominante, être au premier rang. Dans les rues d’autrefois, creusées d’un caniveau central, la partie haute près des murs, plus propre, revenait aux personnes de qualité.
Mis à jour le 3 min de lecture
Tenir le haut du pavé signifie occuper le premier rang, avoir une position sociale, économique ou professionnelle dominante : Cette maison tient le haut du pavé dans la haute couture. L’expression vient d’une réalité très concrète de la circulation urbaine sous l’Ancien Régime.
Sens et emploi
L’expression s’applique à une personne, une famille, une entreprise ou une institution qui domine son milieu. Elle peut être neutre (les grands crus bordelais tiennent le haut du pavé) ou ironique (ces nouveaux riches tiennent le haut du pavé). Le registre est courant à soutenu.
Variantes :
- céder le haut du pavé : s’effacer devant quelqu’un, lui reconnaître la préséance ;
- disputer le haut du pavé : rivaliser pour la première place.
Origine de l’expression
La rue d’autrefois
Jusqu’au XIXe siècle, la plupart des rues des villes françaises n’avaient pas de trottoirs. Elles étaient pavées et inclinées vers un caniveau central, le ruisseau, où s’écoulaient eaux de pluie, eaux usées et déchets. La partie la plus éloignée du ruisseau, le long des maisons, était donc la plus haute, la plus sèche et la plus propre : c’était le haut du pavé.
Une question de préséance
Lorsque deux passants se croisaient, celui qui était de rang inférieur devait céder le haut du pavé et s’écarter vers le ruisseau, au risque de se crotter. Le noble, le magistrat ou le bourgeois aisé gardait le côté des murs. Cette règle de politesse et de hiérarchie, propre à une société d’ordres (voir la monarchie absolue), provoquait d’ailleurs des querelles et des duels quand deux personnes s’estimaient chacune prioritaire.
| Partie de la rue | Situation | Qui l’occupait |
|---|---|---|
| Haut du pavé | près des murs, sec et propre | les personnes de rang |
| Milieu de la chaussée | voitures, chevaux | la circulation |
| Ruisseau | caniveau central, sale | ceux qui devaient céder le passage |
La disparition du ruisseau central
À partir du XIXe siècle, la généralisation des trottoirs surélevés et des caniveaux latéraux, notamment lors des grands travaux parisiens, a fait disparaître la configuration d’origine. L’expression a survécu avec son seul sens figuré.
Exemples
Équivalents et synonymes
| Langue | Équivalent | Sens littéral |
|---|---|---|
| Anglais | to rule the roost, to be top dog | régner sur le perchoir, être le chien dominant |
| Espagnol | llevar la voz cantante, estar en la cima | mener la voix qui chante, être au sommet |
| Italien | tenere banco, essere in cima | tenir le banc, être au sommet |
| Allemand | den Ton angeben | donner le ton |
En français : occuper le premier rang, tenir la dragée haute (se montrer exigeant), faire la pluie et le beau temps, être au sommet, avoir le dessus. Celui qui s’en vante ostensiblement est fier comme Artaban.
Questions fréquentes
Que veut dire « tenir le haut du pavé » ?
Occuper une position dominante, être au premier rang dans un milieu ou un domaine.
Pourquoi parle-t-on du « haut » du pavé ?
Parce que les rues anciennes s’inclinaient vers un caniveau central : la partie haute, près des murs, était la plus propre et revenait aux personnes de rang.
Que signifie « céder le haut du pavé » ?
Laisser la première place à quelqu’un, s’effacer devant lui, comme autrefois on s’écartait vers le ruisseau pour laisser passer une personne de qualité.
D’autres locutions sont expliquées dans la liste des expressions françaises et leur origine.