Langue française · Origine des expressions
Avoir du pain sur la planche
Avoir du pain sur la planche signifie avoir beaucoup de travail devant soi. Au XIXe siècle, l’expression voulait dire l’inverse : avoir des provisions d’avance, donc de quoi vivre sans travailler.
Mis à jour le 3 min de lecture
Avoir du pain sur la planche, c’est avoir beaucoup à faire, une tâche importante en perspective : Avec ce déménagement, nous avons du pain sur la planche. L’expression est courante et présente un cas remarquable de sens inversé au fil du temps.
Sens et emploi
L’expression s’emploie pour un travail abondant à venir : un projet chargé, une maison à rénover, des révisions avant un examen. Elle exprime parfois une forme de motivation (on a du pain sur la planche, au travail !) plus que de la plainte. Le registre est courant.
Origine de l’expression
La planche à pain
Dans les campagnes, le pain était cuit en grande quantité, au four du village ou de la ferme, une fois par semaine ou moins souvent. Les miches étaient ensuite conservées sur une planche à pain, souvent suspendue au plafond ou fixée au mur pour les protéger des rongeurs et de l’humidité. Avoir du pain sur la planche, c’était donc avoir des provisions devant soi.
Le sens ancien : être à l’abri du besoin
Au XIXe siècle, l’expression signifie « avoir des réserves, de quoi vivre », et même pouvoir vivre sans travailler, puisque la subsistance est assurée. C’est le sens relevé par les dictionnaires de l’époque.
L’inversion du sens
Au XXe siècle, le sens bascule vers « avoir beaucoup de travail ». Le mécanisme précis de ce renversement n’est pas établi avec certitude :
| Piste | Explication | Appréciation |
|---|---|---|
| Le pain à pétrir | Le boulanger qui a beaucoup de pâte sur la planche (le plan de travail) a beaucoup à faire | plausible |
| L’argot judiciaire | On a rapporté que, dans l’argot du XIXe siècle, avoir du pain sur la planche aurait désigné une longue peine à purger | évoqué par certains auteurs, peu documenté |
| L’idée de réserve | Ce qu’on a « devant soi », provisions ou tâches, est simplement réinterprété comme du travail en attente | simple et cohérent |
Exemples
Équivalents et synonymes
| Langue | Équivalent | Sens littéral |
|---|---|---|
| Anglais | to have a lot on one’s plate, to have one’s work cut out | avoir beaucoup dans son assiette, avoir son travail découpé |
| Espagnol | tener tela que cortar | avoir du tissu à couper |
| Italien | avere molta carne al fuoco | avoir beaucoup de viande sur le feu |
| Allemand | alle Hände voll zu tun haben | avoir les mains pleines à faire |
En français : avoir du travail par-dessus la tête, avoir fort à faire, être débordé, avoir du boulot (familier), ne pas chômer. Pour l’idée inverse, se reposer longuement, voir faire la grasse matinée.
Questions fréquentes
Que voulait dire autrefois « avoir du pain sur la planche » ?
Au XIXe siècle, avoir des provisions d’avance, donc être à l’abri du besoin, voire pouvoir se passer de travailler.
Pourquoi le sens s’est-il inversé ?
On ne le sait pas avec certitude. L’idée d’avoir « quelque chose devant soi » a pu être réinterprétée comme une tâche à accomplir, peut-être sous l’influence de l’image du boulanger et de sa pâte à travailler.
Peut-on dire « avoir du pain sur la planche » au travail ?
Oui, l’expression appartient au registre courant et convient aussi bien à l’oral qu’à l’écrit professionnel peu formel.
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