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Langue française · Origine des expressions

Bouc émissaire

Un bouc émissaire est une personne ou un groupe que l’on rend responsable des fautes des autres. L’expression vient d’un rite biblique : un bouc chargé des péchés du peuple était chassé au désert.

Mis à jour le 3 min de lecture

Un bouc émissaire est celui sur qui l’on fait retomber la responsabilité d’une faute collective, souvent injustement : Le stagiaire a servi de bouc émissaire après l’échec du projet. L’expression s’applique à une personne, à un groupe ou même à une institution.

Sens et emploi

Le bouc émissaire est innocent, ou du moins pas seul coupable : la communauté se décharge sur lui de ses propres responsabilités. On dit servir de bouc émissaire, désigner un bouc émissaire, chercher un bouc émissaire. Pluriel : des boucs émissaires, sans trait d’union. Le registre est courant.

Origine : le rite du Lévitique

Le Jour du Grand Pardon

Le chapitre 16 du Lévitique, livre de la Bible hébraïque, décrit le rituel du Jour des Expiations, l’actuel Yom Kippour. Le grand prêtre, Aaron, reçoit deux boucs. Un tirage au sort désigne l’un pour être sacrifié à Dieu, l’autre « pour Azazel ». Le grand prêtre pose les mains sur la tête de ce second bouc et confesse sur lui les fautes du peuple d’Israël ; l’animal, chargé symboliquement de ces péchés, est ensuite envoyé dans le désert.

Le mot « émissaire »

Le sens de Azazel est discuté : nom d’un démon du désert, d’un lieu, ou mot signifiant « renvoi ». La traduction latine de la Bible, la Vulgate de saint Jérôme, a rendu ce passage par caper emissarius, « le bouc envoyé ». Le français a repris émissaire, du latin emissarius, « envoyé », d’où bouc émissaire. L’anglais scapegoat (« bouc qui s’échappe ») vient de la traduction de William Tyndale au XVIe siècle, qui interprétait le même passage.

Le bouc émissaire selon René Girard

L’anthropologue et philosophe René Girard a fait du bouc émissaire un concept central de sa pensée, notamment dans La Violence et le Sacré (1972) et Le Bouc émissaire (1982). Selon lui, les sociétés en crise apaisent leurs tensions internes en désignant une victime collective, dont l’élimination ramène l’unité. Cette théorie, discutée, a beaucoup influencé les sciences humaines.

Des exemples historiques

Le mécanisme du bouc émissaire se retrouve dans de nombreuses persécutions : minorités accusées lors des épidémies, comme les juifs pendant la peste noire au XIVe siècle, ou les prétendues sorcières aux XVIe et XVIIe siècles. Les historiens y voient l’illustration d’une recherche de coupables face à des malheurs incompréhensibles.

Exemples

Équivalents étrangers

LangueÉquivalentSens littéral
Anglaisscapegoatbouc qui s’échappe
Anglais (familier)fall guycelui qui tombe
Espagnolchivo expiatoriochevreau expiatoire
Italiencapro espiatoriobouc expiatoire
AllemandSündenbockbouc des péchés

Au Québec, l’expression est la même ; on dit aussi familièrement payer pour les autres.

Synonymes

Souffre-douleur (personne maltraitée de façon répétée), tête de Turc (cible des moqueries), lampiste (subalterne puni à la place des responsables), victime expiatoire.

TermeNuance
Bouc émissaireAccusé à la place d’un groupe
LampisteSubalterne sanctionné à la place des chefs
Souffre-douleurVictime habituelle de brimades
Tête de TurcCible des moqueries

Questions fréquentes

Faut-il un trait d’union à « bouc émissaire » ?

Non : un bouc émissaire, des boucs émissaires.

Que signifie « émissaire » ?

« Envoyé », du latin emissarius. Le bouc était envoyé dans le désert, chargé des fautes du peuple.

Peut-on dire « une bouc émissaire » pour une femme ?

Non : bouc émissaire reste masculin, même pour une femme : elle a été le bouc émissaire de l’équipe.

Pour d’autres expressions d’origine biblique ou religieuse, voir le judaïsme et la liste des expressions françaises et leur origine.

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