Langue française · Origine des expressions
Expressions québécoises
Les expressions québécoises mêlent héritage du français ancien, images de l’hiver et de la vie rurale, et influence de l’anglais. Voici les plus courantes, avec leur équivalent en France.
Mis à jour le 5 min de lecture
Le français parlé au Québec possède un riche répertoire d’expressions imagées, souvent incompréhensibles pour un Français : avoir son voyage, attache ta tuque, se faire passer un sapin. Elles sont pour la plupart familières et s’emploient à l’oral. Cette fiche réunit les plus fréquentes, classées par thème, avec leur sens et leur équivalent en France. Pour le vocabulaire (mots isolés comme char, dépanneur ou magasiner), voir les régionalismes francophones.
D’où viennent les expressions québécoises ?
Trois sources principales expliquent leur originalité (voir l'histoire du Québec) :
| Source | Explication | Exemples |
|---|---|---|
| Le français ancien | Les colons venus de France aux XVIIe et XVIIIe siècles, surtout de l’Ouest et du Nord, ont apporté des mots et tournures qui ont ensuite disparu ou vieilli en France | icitte (ici), présentement, conter des menteries |
| Le climat et la vie rurale | L’hiver, la forêt, la ferme et le hockey fournissent beaucoup d’images | attache ta tuque, accrocher ses patins, il fait frette |
| L’anglais | Le contact prolongé avec l’anglais, après 1763, a produit des emprunts et des calques | prendre une marche, tomber en amour (influence possible), c’est le fun |
Les émotions et l’humeur
| Expression québécoise | Sens | Équivalent en France |
|---|---|---|
| Avoir son voyage | En avoir assez ; ou être stupéfait | En avoir marre ; ne pas en revenir |
| Être tanné | Être excédé, lassé | En avoir ras le bol |
| En avoir plein son casque | Être à bout | En avoir par-dessus la tête |
| Capoter | Paniquer, s’emballer, ou adorer | Flipper, halluciner |
| Faire la baboune | Bouder | Faire la tête |
| Avoir le motton | Avoir la gorge serrée par l’émotion | Avoir la gorge nouée |
| C’est de valeur | C’est dommage | C’est dommage |
| C’est plate | C’est ennuyeux | C’est barbant |
L’erreur, la ruse et la maladresse
| Expression québécoise | Sens | Équivalent en France |
|---|---|---|
| Être dans les patates | Se tromper complètement | Se mettre le doigt dans l’œil |
| Se faire passer un sapin | Se faire tromper | Se faire rouler dans la farine |
| Niaiser | Faire perdre son temps, taquiner | Se moquer, faire marcher |
| Avoir les deux pieds dans la même bottine | Être maladroit, peu dégourdi | Être empoté |
| S’enfarger dans les fleurs du tapis | S’embarrasser de détails | Chercher midi à quatorze heures |
| Avoir du front tout le tour de la tête | Être effronté | Avoir du culot |
L’action, l’effort et la paresse
| Expression québécoise | Sens | Équivalent en France |
|---|---|---|
| Attache ta tuque (avec de la broche) | Prépare-toi, ça va secouer | Accroche-toi |
| Lâche pas ! | Courage, n’abandonne pas | Tiens bon ! |
| Se pogner le beigne | Paresser | Peigner la girafe, se tourner les pouces |
| Accrocher ses patins | Prendre sa retraite, abandonner | Raccrocher les gants |
| Être vite sur ses patins | Réagir rapidement | Avoir de la répartie, être vif |
| Faire du pouce | Faire de l’auto-stop | Faire du stop |
| Sacrer son camp | Partir, s’en aller (souvent avec humeur) | Se tirer, prendre ses jambes à son cou |
| Cogner des clous | Somnoler, piquer du nez | Piquer du nez |
Plusieurs images viennent du hockey et du patinage, sports emblématiques du Québec : accrocher ses patins, être vite sur ses patins.
La fête, l’alcool et le quotidien
| Expression québécoise | Sens | Équivalent en France |
|---|---|---|
| Prendre une brosse | S’enivrer | Prendre une cuite, boire comme un trou |
| Être en lendemain de veille | Souffrir des suites d’une fête | Avoir la gueule de bois |
| Il fait frette | Il fait très froid | Il fait un froid de canard |
| Chanter la pomme | Faire la cour, flatter | Conter fleurette |
| Tomber en amour | Tomber amoureux | Tomber amoureux |
| Avoir la tête enflée | Être prétentieux | Avoir le melon |
| Se péter les bretelles | Se vanter | Se jeter des fleurs |
| Tiguidou | Parfait, d’accord | Impeccable, nickel |
| Pantoute | Pas du tout | Pas du tout |
Exemples en contexte
Comprendre sans caricaturer
Les expressions québécoises appartiennent surtout au registre familier. Un Québécois emploie un français standard dans les situations formelles, à l’écrit, dans les médias ou au travail ; il passe d’un registre à l’autre comme un Français entre bagnole et voiture (voir les registres de langue). Le français québécois a aussi sa littérature, de Gabrielle Roy à Michel Tremblay, qui a fait entrer la langue populaire montréalaise au théâtre (voir la littérature québécoise).
Le Québec est par ailleurs souvent plus rigoureux que la France face aux anglicismes, avec des créations comme courriel, clavarder ou divulgâcher (voir les anglicismes à éviter).
Questions fréquentes
Que veut dire « avoir son voyage » ?
Selon le contexte, « en avoir assez » (j’ai mon voyage de ses retards) ou « être stupéfait » (j’ai eu mon voyage quand j’ai vu le prix).
Le français québécois est-il du « vieux français » ?
En partie seulement. Il a conservé des mots et prononciations anciens, disparus en France, mais il a aussi beaucoup innové et évolué. C’est une variété moderne du français, pas une langue figée.
Que signifie « attache ta tuque » ?
« Prépare-toi, accroche-toi » : la tuque est le bonnet d’hiver ; on l’attache pour qu’elle ne s’envole pas quand ça va vite ou que ça secoue.
Les Français comprennent-ils les expressions québécoises ?
Pas toujours : les expressions sont souvent plus difficiles que le vocabulaire, car leur sens n’est pas déductible des mots. À l’inverse, les Québécois comprennent généralement les expressions de France, très présentes dans les médias.
Pour découvrir les expressions de France et leur histoire, consultez les expressions françaises et leur origine ; pour la province elle-même, voir le Québec.