Langue française · Origine des expressions
Peigner la girafe
Peigner la girafe, c’est faire une tâche inutile et interminable, ou ne rien faire d’efficace. On rattache souvent l’expression à Zarafa, la girafe offerte à Charles X en 1826, mais ce lien n’est pas prouvé.
Mis à jour le 3 min de lecture
Peigner la girafe signifie perdre son temps à une occupation vaine, ou ne rien faire du tout : Pendant que nous travaillions, lui, il peignait la girafe. L’expression est familière et teintée d’humour.
Sens et emploi
L’expression a deux nuances :
- travail inutile : s’occuper d’une tâche vaine, qui n’aboutira à rien ;
- inactivité : faire semblant de travailler, paresser.
Le registre est familier. On l’emploie surtout pour reprocher à quelqu’un son oisiveté ou pour se moquer d’une mission absurde (on m’a demandé de reclasser les archives par couleur : je peigne la girafe).
Origine de l’expression
La légende de Zarafa
En 1826, le vice-roi d’Égypte, Méhémet Ali, offre au roi Charles X une girafe, la première vue en France. Débarquée à Marseille, elle rejoint Paris à pied en 1827, sous la conduite du naturaliste Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, et s’installe au Jardin des Plantes. Elle déclenche une véritable mode : coiffures, tissus, objets « à la girafe ». On l’appellera plus tard Zarafa.
Une explication populaire affirme qu’un gardien chargé de la brosser passait ses journées à cette tâche sans fin, ou faisait semblant de s’en occuper pour ne rien faire d’autre. L’expression serait née de là.
Ce que l’on peut dire
Aucun document de l’époque ne relie clairement l’expression à Zarafa. Peigner la girafe est relevé surtout au XXe siècle, ce qui laisse un écart important avec l’arrivée de l’animal. L’expression pourrait tout aussi bien être une simple image absurde : peigner un animal si grand est une tâche aussi démesurée qu’inutile.
| Hypothèse | Ce qu’elle suppose | Fiabilité |
|---|---|---|
| Le gardien de Zarafa | Un employé du Jardin des Plantes aurait passé son temps à peigner la girafe | légende séduisante, non attestée |
| L’image absurde | Peigner une girafe est une tâche impossible et vaine, comme d’autres images plaisantes | plausible |
Exemples
Synonymes et équivalents
En français : se tourner les pouces, ne rien faire de ses dix doigts, buller (familier), enfiler des perles (travail inutile), avoir un poil dans la main (paresse, voir avoir un poil dans la main), faire du travail de Sisyphe (effort sans fin).
| Langue | Équivalent | Sens littéral |
|---|---|---|
| Anglais | to twiddle one’s thumbs | se tourner les pouces |
| Anglais | busywork | travail pour s’occuper |
| Espagnol | rascarse la barriga | se gratter le ventre |
| Italien | grattarsi la pancia | se gratter le ventre |
| Allemand | Däumchen drehen | tourner les pouces |
Au Québec, on dit couramment se pogner le beigne (familier) pour « paresser ».
Questions fréquentes
Zarafa a-t-elle vraiment existé ?
Oui. Offerte à Charles X par Méhémet Ali, elle arrive à Paris en 1827 et vit au Jardin des Plantes jusqu’en 1845. Elle est aujourd’hui naturalisée et conservée au muséum de La Rochelle. Pour l’animal, voir la girafe.
Peut-on dire « coiffer la girafe » ?
Cette variante se rencontre, mais la forme consacrée est peigner la girafe.
L’expression est-elle insultante ?
Non, elle est familière et moqueuse, sans grossièreté.
Voir aussi les registres de langue et les expressions françaises et leur origine.