Langue française · Origine des expressions
Se faire rouler dans la farine
Se faire rouler dans la farine, c’est se laisser duper, être trompé par des promesses ou de belles paroles. L’origine de l’image est incertaine : cuisine, maquillage ou théâtre, plusieurs pistes coexistent.
Mis à jour le 3 min de lecture
Se faire rouler dans la farine signifie être trompé, berné, souvent de manière habile : Il a signé sans lire, il s’est fait rouler dans la farine. L’expression suggère une tromperie par la séduction ou les belles paroles plutôt que par la force.
Sens et emploi
La forme la plus fréquente est passive : se faire rouler dans la farine. La forme active existe : il nous a roulés dans la farine. Le registre est familier. L’expression combine deux éléments : le verbe rouler, qui signifie déjà « tromper » en langue familière (se faire rouler), et l’image de la farine, qui précise la manière.
Origine de l’expression
Ce qui est attesté
Le verbe rouler au sens de « duper » appartient à la langue populaire depuis le XVIIIe siècle environ. La farine, elle, est associée de longue date à la tromperie : la langue classique parlait de gens de même farine pour désigner des personnes de même (mauvaise) nature, et un enfariné était un naïf ou un personnage ridicule. Rouler dans la farine au sens de « tromper » est relevé au XIXe siècle.
Les hypothèses
| Hypothèse | Ce qu’elle suppose | Fiabilité |
|---|---|---|
| La cuisine | On roule dans la farine un aliment qu’on va frire : la victime est « préparée » pour être mangée | plausible, souvent citée |
| Le maquillage | La farine servait de poudre pour blanchir le visage ; on « enfarine » pour masquer, déguiser la vérité | plausible |
| Le théâtre | Les personnages de farce enfarinés (comme Pierrot) étaient des naïfs ou des dupes | évoquée, conjecturale |
Ces pistes ne s’excluent pas : toutes rattachent la farine à l’idée de déguisement ou de préparation de la victime.
Exemples
Synonymes et équivalents
En français : se faire avoir, se faire berner, se faire mener en bateau, se faire pigeonner (familier), se faire embobiner, se laisser duper. Pour le contenu des promesses, on parle de salades ; pour un paiement fictif, de monnaie de singe.
| Langue | Équivalent | Sens littéral |
|---|---|---|
| Anglais | to be taken for a ride | être emmené faire un tour |
| Anglais | to be hoodwinked, to be conned | avoir les yeux bandés, être escroqué |
| Espagnol | tomar el pelo | prendre les cheveux |
| Italien | farsi fregare | se faire frotter (avoir) |
| Allemand | übers Ohr gehauen werden | être frappé par-dessus l’oreille |
Au Québec, on dit couramment se faire passer un sapin pour « se faire tromper », et se faire avoir.
Questions fréquentes
Quelle différence entre se faire rouler et se faire rouler dans la farine ?
Le sens est le même. Dans la farine ajoute une image et insiste sur l’habileté de la tromperie.
L’expression vient-elle du pain ?
Rien ne l’indique. Les pistes les plus citées sont la cuisine (fariner avant de frire) et le maquillage à la farine.
Qu’est-ce qu'« être enfariné » ?
Dans la langue classique, enfariné désignait une personne au visage poudré de farine, puis un naïf ou quelqu’un entiché d’une idée. Le sens est vieilli.
Voir aussi noyer le poisson et la liste des expressions françaises et leur origine.