Langue française · Origine des expressions
Prendre ses jambes à son cou
Prendre ses jambes à son cou, c’est s’enfuir très vite, en courant le plus rapidement possible. L’image, physiquement absurde, est ancienne et son origine exacte reste incertaine.
Mis à jour le 3 min de lecture
Prendre ses jambes à son cou signifie s’enfuir précipitamment, détaler : En voyant arriver le chien, les enfants ont pris leurs jambes à leur cou. L’expression évoque une fuite rapide, souvent provoquée par la peur.
Sens et emploi
L’expression décrit une fuite, pas seulement une course : on prend ses jambes à son cou pour échapper à un danger, à une personne, à une situation. Le possessif s’accorde avec le sujet : je prends mes jambes à mon cou, ils ont pris leurs jambes à leur cou. Le registre est courant, un peu familier.
Origine de l’expression
Ce qui est attesté
L’expression est ancienne : elle est relevée au moins depuis l’époque classique, avec le même sens. Son image ne s’explique pas littéralement : personne ne court avec les jambes autour du cou. Plusieurs lectures ont été proposées.
Les hypothèses
| Hypothèse | Ce qu’elle suppose | Fiabilité |
|---|---|---|
| Les jambes levées très haut | Le fuyard court si vite que ses jambes semblent monter jusqu’à son cou | la plus souvent citée, image d’exagération |
| Le colporteur | Le marchand ambulant, qui portait sa balle de marchandises au cou, la prenait pour partir vite | conjecturale |
| Une variante de « prendre les jambes » | Des tournures anciennes comme prendre ses jambes ou jouer des jambes (s’enfuir) auraient été renforcées par à son cou | plausible |
Exemples
Au figuré, prendre ses jambes à son cou peut aussi signifier fuir une responsabilité : dès qu’il a fallu payer, il a pris ses jambes à son cou.
Synonymes et expressions voisines
| Expression | Registre | Nuance |
|---|---|---|
| S’enfuir, détaler | courant | neutre |
| Prendre la poudre d’escampette | familier | fuite rapide, souvent plaisante |
| Se carapater, déguerpir | familier | partir vite |
| Mettre les voiles | familier | partir, s’éclipser |
| Filer à l’anglaise | courant | partir discrètement, sans prévenir |
| Courir comme un dératé | familier | courir très vite |
À ne pas confondre avec filer à l’anglaise, qui implique la discrétion plutôt que la vitesse.
Équivalents étrangers
| Langue | Équivalent | Sens littéral |
|---|---|---|
| Anglais | to take to one’s heels | se mettre aux talons |
| Anglais | to run for one’s life | courir pour sa vie |
| Espagnol | poner pies en polvorosa | mettre les pieds dans la poussière |
| Italien | darsela a gambe | se la donner aux jambes |
| Allemand | die Beine in die Hand nehmen | prendre ses jambes à la main |
L’allemand propose une image tout aussi absurde : prendre ses jambes « à la main ». Au Québec, l’expression française est employée ; on dit aussi familièrement sacrer son camp (partir rapidement, souvent avec humeur).
Questions fréquentes
Faut-il accorder « jambes » et « cou » au pluriel ?
On écrit ils ont pris leurs jambes à leur cou : chacun n’a qu’un cou, d’où le singulier, mais l’usage tolère à leurs cous. Le singulier est préféré.
L’expression est-elle familière ?
Elle est courante et peut s’employer à l’écrit dans un récit. Dans un texte soutenu, on choisira s’enfuir ou prendre la fuite.
Quelle est la différence avec « prendre la poudre d’escampette » ?
Le sens est proche ; prendre la poudre d’escampette est plus familier et plus plaisant, et n’implique pas forcément la course.
Voir aussi les registres de langue et la liste des expressions françaises et leur origine.