Langue française · Origine des expressions
Poser un lapin
Poser un lapin à quelqu’un, c’est ne pas venir au rendez-vous qu’on lui a donné, sans prévenir. L’expression, familière, apparaît à la fin du XIXe siècle avec un sens d’abord lié au fait de ne pas payer.
Mis à jour le 3 min de lecture
Poser un lapin est l’une des expressions familières les plus employées en français : Il m’a posé un lapin hier soir signifie qu’il n’est pas venu au rendez-vous fixé, en laissant l’autre attendre pour rien. L’image du petit animal n’a rien d’évident, et c’est justement ce qui rend son histoire intéressante.
Sens et emploi
L’expression s’emploie à propos d’un rendez-vous personnel (amoureux, amical) mais aussi professionnel : un candidat, un client ou un artisan peut « poser un lapin ». Elle implique toujours deux éléments : un rendez-vous accepté et une absence non annoncée. Annuler à l’avance, même tardivement, ce n’est pas poser un lapin.
Le registre est familier : dans un courrier soigné, on écrira plutôt ne pas honorer un rendez-vous, faire faux bond ou ne pas se présenter. Voir les registres de langue.
Variantes et constructions :
- poser un lapin à quelqu’un (la plus courante) ;
- se faire poser un lapin, se prendre un lapin (point de vue de la victime) ;
- plus rare et vieilli : faire un lapin.
Origine de l’expression
Ce qui est attesté
Le mot lapin entre dans plusieurs locutions populaires du XIXe siècle liées à la tromperie et au défaut de paiement. Les dictionnaires historiques relèvent dès cette époque des emplois où le lapin désigne une chose non payée ou une promesse non tenue. Poser un lapin, au sens de « ne pas payer une fille pour ses faveurs », est relevé à la fin du XIXe siècle ; le sens moderne de « ne pas venir au rendez-vous » s’impose ensuite, au tournant du XXe siècle.
Le glissement est logique : dans les deux cas, quelqu’un attendait quelque chose (un paiement, une présence) et repart les mains vides.
Les hypothèses sur l’image
Pourquoi un lapin ? Aucune explication n’est démontrée. Les pistes avancées le plus souvent sont les suivantes :
| Hypothèse | Ce qu’elle suppose | Fiabilité |
|---|---|---|
| Le « lapin » des voitures publiques | Au XVIIIe et au XIXe siècle, un voyageur clandestin monté sans payer dans une diligence était appelé lapin ; l’idée de prestation non payée serait passée au rendez-vous | plausible, souvent citée |
| La valeur dérisoire de l’animal | Le lapin, animal commun et bon marché, symboliserait un « rien » donné en échange | conjecturale |
| La fuite rapide | Le lapin détale : celui qui pose un lapin se dérobe | explication populaire, sans appui ancien |
Exemples
Équivalents et synonymes
| Langue | Équivalent | Sens littéral |
|---|---|---|
| Anglais | to stand someone up | laisser quelqu’un debout |
| Espagnol | dar plantón | « planter » quelqu’un |
| Italien | dare buca | faire un trou |
| Allemand | jemanden versetzen | déplacer quelqu’un |
En français, on peut dire aussi faire faux bond, planter quelqu’un (familier), laisser en plan, ou, dans un registre soutenu, manquer à un rendez-vous. À ne pas confondre avec filer à l’anglaise, qui consiste à partir discrètement d’un lieu où l’on se trouve déjà.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre poser un lapin et faire faux bond ?
Le sens est très proche. Faire faux bond est plus neutre et peut s’appliquer à un engagement en général (un prestataire qui fait faux bond), alors que poser un lapin vise surtout un rendez-vous et reste familier.
Peut-on dire « poser un lapin » dans un contexte professionnel ?
À l’oral, oui, entre collègues. À l’écrit formel, préférez ne pas s’être présenté au rendez-vous ou ne pas avoir honoré le rendez-vous.
L’expression existe-t-elle au Québec ?
Elle y est comprise et employée, comme dans toute la francophonie. On entend aussi poser un lapin à côté de tournures locales comme se faire planter là.
Pour découvrir d’autres expressions et leur histoire, consultez la liste des expressions françaises et leur origine ou testez-vous avec le quiz des expressions françaises.