Langue française · Origine des expressions
Avoir le cafard
Avoir le cafard signifie être triste, abattu, avoir des idées noires. Le mot cafard désignait d’abord un hypocrite, puis un insecte noir ; le sens de mélancolie se répand dans la seconde moitié du XIXe siècle.
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Avoir le cafard, c’est éprouver une tristesse diffuse, un découragement sans cause précise : Le dimanche soir, j’ai toujours un peu le cafard. L’expression est familière mais très courante, et son histoire passe par trois sens successifs du mot cafard.
Sens et emploi
L’expression décrit un état passager de morosité, souvent lié au temps, à l’isolement ou à la nostalgie. On dit aussi donner le cafard (Cette pluie me donne le cafard) et, plus rarement, cafarder dans ce sens (le verbe signifie surtout « dénoncer », voir plus bas).
Elle ne désigne pas une maladie : la dépression est un trouble médical qui demande l’avis d’un professionnel. Avoir le cafard relève du langage courant et d’un état d’humeur.
Origine de l’expression
Les trois sens du mot cafard
| Époque | Sens de cafard | Exemple d’emploi |
|---|---|---|
| XVIe siècle | hypocrite, faux dévot | un cafard, une cafarde : un bigot qui affiche une piété de façade |
| XVIIe-XVIIIe siècle | blatte, cancrelat (insecte noir) | l’insecte qui fuit la lumière |
| XIXe siècle | idées noires, mélancolie | avoir le cafard |
Le premier sens, « hypocrite », est généralement rattaché à l’arabe kāfir, « mécréant, infidèle », la voie exacte de l’emprunt restant discutée. De ce sens viennent le verbe cafarder (« dénoncer ») et le nom cafardage (« mouchardage »).
Du cafard insecte au cafard de l’âme
Le passage à la mélancolie reste en partie hypothétique. L’explication la plus courante relie l’humeur sombre à l’insecte noir, réputé hanter les lieux obscurs : avoir le cafard, ce serait avoir « une bête noire » dans la tête. On compare souvent l’expression à avoir des idées noires ou à l’ancienne bile noire (melancholia en grec).
Le sens est associé à la littérature de la seconde moitié du XIXe siècle et à la notion de spleen popularisée par Baudelaire, à qui l’on attribue souvent l’un des premiers emplois ; cette attribution est fréquente mais ne fait pas l’unanimité. L’expression se diffuse ensuite largement dans l’argot militaire, notamment chez les soldats en garnison loin de chez eux, au tournant du XXe siècle.
Exemples
Équivalents et synonymes
| Langue | Équivalent | Sens littéral |
|---|---|---|
| Anglais | to feel blue, to have the blues | se sentir bleu |
| Espagnol | estar de bajón | être en baisse |
| Italien | avere la luna storta | avoir la lune de travers |
| Allemand | einen Moralischen haben | avoir un (accès) moral |
En français : broyer du noir, avoir le moral à zéro, avoir le blues, avoir le vague à l’âme (plus littéraire), ne pas avoir le moral. Voisin mais distinct : ne pas être dans son assiette, qui renvoie plutôt à un malaise physique ou à un trouble passager.
Questions fréquentes
D’où vient le mot cafard ?
Au XVIe siècle, cafard signifie « hypocrite, faux dévot », probablement de l’arabe kāfir (« infidèle »). Il désigne ensuite la blatte, puis, au XIXe siècle, la mélancolie dans avoir le cafard.
Que veut dire « cafarder » ?
Dans l’usage courant, cafarder signifie dénoncer, rapporter (il a cafardé à la maîtresse). Plus rarement, il veut dire « avoir le cafard ».
Avoir le cafard et broyer du noir, est-ce la même chose ?
Presque : les deux expriment la tristesse. Broyer du noir insiste davantage sur le ressassement de pensées sombres.
D’autres expressions sont expliquées dans la liste des expressions françaises et leur origine.