Sciences · Grands scientifiques
Hypatie d’Alexandrie
Hypatie (vers 355/370 – 415), mathématicienne, astronome et philosophe d’Alexandrie, est la première femme mathématicienne dont la vie est bien documentée. Elle fut assassinée en 415 par une foule chrétienne.
Mis à jour le 4 min de lecture
Hypatie enseigne les mathématiques et la philosophie dans l’Alexandrie de la fin de l’Antiquité, ville où s’affrontent païens, chrétiens et juifs. Respectée par les élites, conseillère du préfet romain, elle est massacrée en mars 415 dans un conflit politique et religieux. Sa mort a fait d’elle, dès le XVIIIe siècle, un symbole de la raison face au fanatisme ; la réalité historique est plus nuancée.
Repères chronologiques
| Date | Événement |
|---|---|
| vers 355-370 | naissance à Alexandrie |
| 364 | son père Théon observe une éclipse de Soleil et une éclipse de Lune à Alexandrie |
| vers 380-390 | collabore avec Théon à l’édition de textes mathématiques |
| vers 390-400 | dirige sa propre école ; enseigne la philosophie de Platon et d’Aristote |
| 391 | destruction du Sérapéum d’Alexandrie sur ordre de l’évêque Théophile |
| vers 393-413 | correspondance de son ancien élève Synésios, futur évêque de Ptolémaïs |
| 412 | Cyrille devient patriarche d’Alexandrie |
| 414-415 | conflit entre Cyrille et le préfet impérial Oreste, dont Hypatie est proche |
| mars 415 | assassinée par une foule de chrétiens |
Ce que disent les sources
Nos informations proviennent surtout de quatre sources : les lettres de son élève Synésios de Cyrène (fin IVe – début Ve siècle), l'Histoire ecclésiastique de Socrate le Scolastique (vers 440), des fragments de l’historien païen Damascius (début VIe siècle) et la chronique de Jean de Nikiou (VIIe siècle), hostile à Hypatie. Aucun de ses écrits ne nous est parvenu sous son nom avec certitude.
Socrate le Scolastique, chrétien, la décrit comme une femme d’une grande culture, qui surpassait les philosophes de son temps et enseignait en public, vêtue du manteau des philosophes. Synésios lui écrit avec une profonde admiration et l’appelle sa « mère, sœur, maîtresse et bienfaitrice ».
Ses travaux
Les mathématiciens de l’Antiquité tardive produisent surtout des commentaires et des éditions des grands textes, indispensables à leur transmission. On attribue à Hypatie, d’après la Souda (encyclopédie byzantine du Xe siècle) et d’autres indices :
| Œuvre | Contenu |
|---|---|
| commentaire sur l'Arithmétique de Diophante | traité sur les équations ; une partie des livres conservés pourrait porter sa marque |
| commentaire sur les Coniques d’Apollonius | ellipses, paraboles, hyperboles |
| Canon astronomique | tables astronomiques, peut-être une édition des Tables faciles de Ptolémée |
| révision du livre III de l'Almageste | le titre du commentaire de Théon indique une édition revue par sa fille |
Son père, Théon, est l’auteur d’une édition des Éléments d'Euclide qui fut la version de référence jusqu’au XIXe siècle. Les lettres de Synésios montrent qu’elle enseignait la construction de l'astrolabe et de l’hydroscope (instrument de mesure de la densité des liquides).
L’enseignement néoplatonicien
Hypatie dirige une école de philosophie fréquentée par des jeunes gens de l’élite, païens et chrétiens, venus parfois de loin. Elle enseigne une philosophie néoplatonicienne fondée sur Platon et Plotin, où les mathématiques préparent à la contemplation intellectuelle. Plusieurs de ses élèves deviennent des personnages importants de l’Empire et de l’Église.
L’assassinat
À partir de 412, le patriarche Cyrille s’oppose au préfet Oreste, représentant de l’empereur, à propos du pouvoir dans la ville. Des violences éclatent entre chrétiens et juifs, puis entre moines et partisans du préfet. Hypatie, conseillère respectée d’Oreste, est accusée d’empêcher la réconciliation entre les deux hommes.
En mars 415, selon Socrate le Scolastique, une foule de chrétiens menée par un lecteur nommé Pierre l’arrache de son char, l’entraîne dans une église, la tue et brûle ses restes. Le rôle exact de Cyrille reste débattu : les sources chrétiennes proches ne l’accusent pas directement, Damascius lui attribue la responsabilité.
Mythes et réalité
| Idée répandue | Ce que l’on sait |
|---|---|
| sa mort marque la fin de la science antique | l’école d’Alexandrie continue d’enseigner jusqu’au VIIe siècle |
| elle a péri dans l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie | aucun lien : la grande Bibliothèque avait décliné bien avant |
| elle a été tuée parce que femme savante | les sources présentent surtout un assassinat politique |
| elle était jeune au moment de sa mort | elle avait probablement entre 45 et 60 ans |
Le personnage a inspiré Voltaire, Leconte de Lisle et le film Agora d’Alejandro Amenábar (2009), qui prend des libertés avec l’histoire.
Questions fréquentes
Qui était Hypatie ?
Une mathématicienne, astronome et philosophe néoplatonicienne d’Alexandrie, fille du mathématicien Théon, active à la fin du IVe et au début du Ve siècle, et assassinée en 415.
Qu’a découvert Hypatie ?
Aucune découverte précise ne lui est attribuée avec certitude. Elle a commenté et édité des œuvres majeures de Diophante, d’Apollonius et de Ptolémée, et enseigné l’astronomie et la construction d’instruments comme l’astrolabe.
Pourquoi Hypatie a-t-elle été tuée ?
Elle a été prise dans le conflit politique entre le patriarche Cyrille et le préfet Oreste, dont elle était proche. Une foule de chrétiens l’a assassinée en mars 415.