Philosophie · Notions philosophiques
La vérité
La vérité est la qualité d’un énoncé conforme à ce qui est. En philosophie, on se demande à quoi on la reconnaît, si elle est accessible et si elle vaut toujours d’être recherchée.
Mis à jour le 7 min de lecture
La vérité est une notion du programme de philosophie de terminale et un concept central de la théorie de la connaissance. Le mot vient du latin veritas. Les Grecs disaient alètheia, que Heidegger interprète comme « dévoilement » (de lêthê, l’oubli, le voilé). Dans son sens classique, la vérité est l'accord de la pensée avec la réalité : « il pleut » est vrai s’il pleut. Mais cette définition simple soulève des questions difficiles : comment comparer une pensée et une chose ? Peut-on être certain de détenir la vérité ? Toute vérité est-elle bonne à dire ?
Vrai, réel, exact, certain : les distinctions
| Notion | Définition | Exemple |
|---|---|---|
| Vrai | Qualité d’un jugement conforme à ce qui est | « La Terre tourne autour du Soleil » |
| Réel | Ce qui existe ; une chose n’est ni vraie ni fausse | La Terre, le Soleil |
| Exact | Conforme à une mesure, sans erreur de détail | Un calcul exact |
| Certain | État d’esprit de celui qui ne doute pas | Je suis certain, mais je peux me tromper |
| Valide | Raisonnement correct dans sa forme | Un syllogisme valide à prémisses fausses |
| Sincère | Accord entre ce que l’on dit et ce que l’on pense | On peut être sincère et dans l’erreur |
À retenir : la vérité est une propriété de ce que l’on dit ou pense, la réalité de ce qui est ; la certitude est subjective, la vérité objective ; le contraire du vrai est le faux (erreur), le contraire de la sincérité est le mensonge.
Vérité formelle et vérité matérielle
- Vérité formelle : un raisonnement est formellement vrai (valide) quand la conclusion découle des prémisses selon les lois logiques, quel que soit le contenu. Domaine : logique, mathématiques.
- Vérité matérielle : un énoncé est matériellement vrai quand il est conforme aux faits. Domaine : sciences expérimentales, histoire, vie courante.
Un raisonnement peut être valide et sa conclusion fausse (« Tous les oiseaux volent ; l’autruche est un oiseau ; donc l’autruche vole »). Voir induction et déduction.
Les grandes théories de la vérité
| Théorie | Définition du vrai | Auteurs | Objection principale |
|---|---|---|---|
| Correspondance | Adéquation de l’intellect et de la chose | Aristote, Thomas d’Aquin, Russell | Comment comparer une idée et une chose sans passer par une autre idée ? |
| Évidence | Ce que l’esprit conçoit clairement et distinctement | Descartes, Spinoza | L’évidence ressentie peut tromper |
| Cohérence | Accord d’une proposition avec un système de propositions | Leibniz, Hegel, Neurath | Un roman cohérent peut être faux |
| Pragmatiste | Ce qui réussit dans l’expérience et l’enquête | Peirce, James, Dewey | Une croyance utile peut être fausse |
| Consensus | Ce sur quoi s’accorderaient des interlocuteurs rationnels | Habermas | Un consensus peut être erroné |
Aristote donne la formule de base : « Dire de ce qui est qu’il n’est pas, ou de ce qui n’est pas qu’il est, c’est le faux ; dire de ce qui est qu’il est, et de ce qui n’est pas qu’il n’est pas, c’est le vrai » (Métaphysique, Γ, 7). Thomas d’Aquin la reformule : veritas est adaequatio rei et intellectus. Voir pragmatisme.
Problématique 1 : peut-on atteindre la vérité ?
Platon : la vérité au-delà des apparences
Pour Platon, le monde sensible ne donne que des opinions ; la vérité appartient aux Idées intelligibles, que l’âme atteint par la dialectique. L'allégorie de la caverne décrit la conversion douloureuse qui mène des ombres à la lumière. Voir vérité et opinion.
Descartes : l’évidence comme critère
Descartes fait du doute méthodique le chemin vers la vérité et pose comme première règle de la méthode de ne recevoir pour vrai que ce que l’on connaît évidemment être tel, c’est-à-dire ce qui se présente si clairement et distinctement à l’esprit qu’on n’a aucune occasion de le mettre en doute. L’erreur vient de la volonté, qui juge au-delà de ce que l’entendement conçoit clairement.
Spinoza : la vérité, norme d’elle-même
« Comme la lumière se manifeste elle-même et manifeste les ténèbres, la vérité est norme d’elle-même et du faux » (Éthique, II, prop. 43, scolie). Il n’y a pas besoin d’un critère extérieur : avoir une idée vraie, c’est savoir qu’on l’a.
Kant : pas de critère universel et matériel de la vérité
Pour Kant, on ne peut pas donner de critère universel de la vérité matérielle, car un tel critère devrait faire abstraction de tout contenu, alors que la vérité matérielle concerne justement le contenu (Critique de la raison pure, Logique transcendantale). La logique ne fournit qu’un critère négatif : une pensée contradictoire est fausse, une pensée non contradictoire n’est pas pour autant vraie. Et nous ne connaissons que les phénomènes : la vérité est l’accord de la connaissance avec l’objet tel qu’il nous apparaît. Voir criticisme.
Les sciences : des vérités provisoires
Les vérités scientifiques sont révisables : la physique de Newton a été dépassée par celle d’Einstein. Pour Popper, une théorie n’est jamais vérifiée, seulement corroborée (voir falsifiabilité) ; pour Bachelard, la vérité scientifique est une erreur rectifiée. Cela ne signifie pas que tout se vaut : le progrès consiste à éliminer des erreurs. Voir la science.
Problématique 2 : la vérité est-elle relative ?
Protagoras affirme que « l’homme est la mesure de toutes choses » ; Nietzsche que « il n’y a pas de faits, seulement des interprétations » (fragment posthume, 1886-1887). Mais le relativisme se heurte à une objection : affirmer que toute vérité est relative, c’est prétendre énoncer une vérité absolue. On distingue la diversité des croyances, constatée, et la relativité de la vérité, qui n’en découle pas.
Problématique 3 : faut-il toujours dire la vérité ?
Kant : un devoir absolu
Dans Sur un prétendu droit de mentir par humanité (1797), Kant répond à Benjamin Constant que la véracité est un devoir inconditionnel, même envers un assassin qui demande où se cache notre ami. Le mensonge, s’il était universalisé, détruirait toute confiance et toute parole. Voir le devoir.
Constant et les critiques
Benjamin Constant (Des réactions politiques, 1797) soutient que dire la vérité n’est un devoir qu’envers ceux qui ont droit à la vérité. Plus largement, on peut se demander si certaines vérités ne doivent pas être tues (secret médical, diplomatie, tact).
Nietzsche : la volonté de vérité interrogée
Nietzsche demande pourquoi nous voulons la vérité plutôt que l’illusion. La « volonté de vérité » cache, selon lui, une morale ; la vie a besoin d’illusions, d’art, de perspectives. Il ne nie pas la vérité, il en interroge la valeur.
Vérité et politique
Hannah Arendt (« Vérité et politique », 1967) distingue les vérités de raison (mathématiques, philosophiques) et les vérités de fait (événements historiques), plus fragiles car elles peuvent être niées, effacées ou réécrites par le mensonge politique. Le débat contemporain sur la désinformation et la « post-vérité » prolonge cette analyse.
Auteurs et thèses : tableau de synthèse
| Auteur | Œuvre | Thèse |
|---|---|---|
| Platon | La République | La vérité réside dans les Idées, au-delà des apparences |
| Aristote | Métaphysique | Le vrai consiste à dire de ce qui est qu’il est |
| Descartes | Discours de la méthode (1637) | L’évidence (clarté et distinction) est le critère du vrai |
| Spinoza | Éthique (1677) | La vérité est norme d’elle-même et du faux |
| Kant | Critique de la raison pure (1781) ; Sur un prétendu droit de mentir (1797) | Pas de critère universel matériel ; devoir absolu de véracité |
| Nietzsche | Le Gai Savoir, fragments posthumes | Critique de la volonté de vérité, perspectivisme |
| Bachelard | La Formation de l’esprit scientifique (1938) | La vérité scientifique se conquiert contre l’opinion |
| Arendt | « Vérité et politique » (1967) | Fragilité des vérités de fait |
Repères du programme utiles
- Croire / savoir ; persuader / convaincre (voir science et croyance).
- Absolu / relatif ; objectif / subjectif / intersubjectif.
- Formel / matériel ; exemple / preuve ; hypothèse / conséquence / conclusion.
- Universel / général / particulier / singulier.
Sujets de dissertation sur la vérité
- La vérité peut-elle être relative ?
- Peut-on renoncer à la vérité ?
- Toute vérité est-elle bonne à dire ?
- La vérité est-elle une valeur ?
- Une vérité scientifique peut-elle changer ?
- L’expérience est-elle le seul critère de vérité ?
- Peut-on être certain de détenir la vérité ?
- Le doute est-il un obstacle à la vérité ?
Voir la méthode de la dissertation de philosophie.
Questions fréquentes
Quelle est la définition philosophique de la vérité ?
La définition classique est l’adéquation de la pensée et de la réalité : un énoncé est vrai s’il dit les choses comme elles sont. D’autres théories la définissent par la cohérence, l’évidence ou le succès pratique.
Quelle différence entre vérité et réalité ?
La réalité est ce qui existe ; la vérité est une propriété des jugements qui portent sur la réalité. Le mont Blanc est réel ; « le mont Blanc est le plus haut sommet des Alpes » est un énoncé vrai.
Quelle différence entre vérité et certitude ?
La certitude est un état subjectif d’absence de doute ; la vérité est objective. On peut être certain et se tromper.
La vérité existe-t-elle ?
Nier qu’il existe une vérité, c’est prétendre énoncer une vérité. La plupart des philosophes admettent donc qu’il y a des vérités, tout en discutant de notre capacité à les atteindre avec certitude.