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Philosophie · Théorie de la connaissance

Vérité et opinion

L’opinion (en grec doxa) est un jugement tenu pour vrai sans justification suffisante. Elle peut être vraie ou fausse, mais elle ne sait pas pourquoi elle est vraie.

Mis à jour le 4 min de lecture

L’opposition entre opinion et vérité est l’un des points de départ de la philosophie. Le mot grec doxa (de dokein, « sembler, paraître ») désigne ce qui semble vrai, ce que l’on pense sans l’avoir examiné. La philosophie, chez Platon, naît d’un effort pour s’élever de la doxa à l'epistêmê, la science. Pourtant, l’opinion n’est pas toujours fausse, et dans la vie pratique comme en politique, on ne peut s’en passer. Toute la difficulté est de savoir ce qui distingue une opinion vraie d’un savoir.

Opinion, croyance, savoir : les distinctions

NotionRapport au vraiJustificationExemple
OpinionPeut être vraie ou fausseInsuffisante, souvent subjective« Ce film est le meilleur de l’année »
CroyanceAdhésion forte, parfois sans preuveVariable (confiance, foi, habitude)« Je crois qu’il viendra »
SavoirNécessairement vraiJustifié, transmissible, vérifiable« L’eau est composée d’hydrogène et d’oxygène »
PréjugéOpinion reçue avant tout examenAucune, héritée« Les gauchers sont maladroits »

Kant résume la gradation dans la Critique de la raison pure : l'opinion est une croyance insuffisante subjectivement et objectivement ; la foi (croyance) est suffisante subjectivement mais non objectivement ; le savoir est suffisant des deux points de vue. Voir croyance vraie justifiée et science et croyance.

Platon : sortir de l’opinion

La ligne et la caverne

Dans La République (livre VI), Platon divise la connaissance selon une ligne : d’un côté le visible, objet de l’opinion (images, puis choses sensibles) ; de l’autre l’intelligible, objet de la science (raisonnement mathématique, puis intellection des Idées). L'allégorie de la caverne (livre VII) met en scène des prisonniers qui prennent des ombres pour la réalité : c’est la condition de l’homme livré à l’opinion.

L’opinion vraie

Platon reconnaît que l’opinion peut être vraie. Dans le Ménon, celui qui a une opinion vraie sur la route de Larissa guide aussi bien que celui qui la connaît. Mais l’opinion vraie est instable : elle « s’enfuit » comme les statues de Dédale tant qu’elle n’est pas attachée par un raisonnement qui en donne la cause. Le savoir est une opinion vraie fixée par la raison.

Sophistes et rhétorique

Les sophistes enseignaient l’art de persuader, c’est-à-dire de produire des opinions. Dans le Gorgias, Socrate oppose la rhétorique, qui produit la croyance sans le savoir, à la philosophie, qui cherche la vérité. Persuader n’est pas démontrer. Voir savoir et ignorance.

Bachelard : « l’opinion pense mal »

Dans La Formation de l’esprit scientifique (1938), Gaston Bachelard écrit que « l’opinion pense mal ; elle ne pense pas : elle traduit des besoins en connaissances ». En désignant les objets par leur utilité, elle s’interdit de les connaître. « On ne peut rien fonder sur l’opinion : il faut d’abord la détruire. » La science se construit contre l’opinion, par une rupture épistémologique. Voir épistémologie.

Faut-il mépriser l’opinion ?

L’opinion en démocratie

En politique, on ne dispose pas toujours de vérités démontrées : on délibère sur ce qui est préférable. Aristote reconnaît la valeur des opinions admises (endoxa), partagées par tous ou par les plus sages, comme point de départ de la dialectique. La démocratie repose sur la liberté d’opinion (article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses… »). Hannah Arendt (« Vérité et politique », 1967) montre que la politique est le domaine de l’opinion et du débat, mais que les vérités de fait doivent être respectées pour que ce débat ait un sens.

Le droit à l’opinion n’est pas le droit à l’erreur sur les faits

« Chacun son opinion » vaut pour les goûts et les choix de valeurs, non pour les faits établis : la date de la Révolution française ou la rotondité de la Terre ne sont pas des opinions. Confondre les deux mène au relativisme.

Comment passer de l’opinion à la vérité ?

  1. Douter : suspendre son adhésion à ce qui n’a pas été examiné (Descartes).
  2. Dialoguer : soumettre ses opinions à la contradiction (méthode socratique).
  3. Justifier : chercher les raisons, les preuves, les sources.
  4. Vérifier : confronter ses affirmations aux faits et aux expériences contrôlées.
  5. Se méfier de soi : connaître ses biais cognitifs.

Sujets de dissertation

  • Peut-on avoir raison contre l’opinion de tous ?
  • Toutes les opinions se valent-elles ?
  • Suffit-il d’avoir des opinions vraies ?
  • La vérité peut-elle être une affaire d’opinion ?
  • Peut-on se passer d’opinions ?

Questions fréquentes

Que signifie doxa en philosophie ?

La doxa est l’opinion, ce qui paraît vrai sans avoir été examiné. Chez Platon, elle s’oppose à l'epistêmê, la connaissance véritable.

Une opinion peut-elle être vraie ?

Oui. Mais une opinion vraie ne sait pas pourquoi elle est vraie : elle l’est par chance ou par confiance. Elle devient un savoir quand elle est justifiée.

Quelle est la différence entre opinion et vérité ?

La vérité est une propriété de ce qui est conforme au réel ou démontré ; l’opinion est une attitude subjective qui tient quelque chose pour vrai, à tort ou à raison. Voir la vérité.

Toutes les opinions se valent-elles ?

Le droit d’exprimer son opinion est égal pour tous, mais les opinions n’ont pas toutes la même valeur : certaines sont mieux informées, mieux argumentées ou mieux confirmées par les faits.

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