Philosophie · Notions philosophiques
Le bonheur
Le bonheur est un état de satisfaction complète et durable. La philosophie se demande en quoi il consiste, s’il dépend de nous et s’il doit être le but de la vie.
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Le bonheur est une notion du programme de philosophie de terminale. Le mot est formé de bon et heur, du latin augurium, « présage, chance » : étymologiquement, le bonheur est une bonne fortune, ce qui nous arrive par chance. Le grec eudaimonia signifie, lui, « avoir un bon démon », un bon génie protecteur. Pourtant, toute la philosophie antique cherche à faire du bonheur ce qui dépend de nous. Le bonheur pose trois questions : en quoi consiste-t-il ? Peut-on l’atteindre ? Est-il le but suprême de l’existence ?
Distinctions conceptuelles
| Notion | Définition | Durée |
|---|---|---|
| Plaisir | Satisfaction d’un besoin ou d’un désir particulier | Passager |
| Joie | Émotion intense liée à un accroissement de puissance (Spinoza) | Variable |
| Bien-être | Satisfaction des besoins physiques et matériels | Relatif |
| Bonheur | Satisfaction globale et durable | Durable |
| Béatitude | Bonheur parfait, plénitude spirituelle | Éternel ou hors du temps |
| Sagesse | Art de vivre selon la raison, souvent condition du bonheur | Disposition stable |
Problématique 1 : en quoi consiste le bonheur ?
Aristote : le bonheur, fin suprême et activité vertueuse
Pour Aristote (Éthique à Nicomaque, livre I), toute action vise un bien, et le bien suprême, recherché pour lui-même et jamais en vue d’autre chose, est le bonheur. Mais les hommes ne s’accordent pas sur son contenu : plaisir, honneurs, richesse ? Aristote répond que le bonheur est l'activité de l’âme conforme à la vertu, exercée dans une vie complète : « une hirondelle ne fait pas le printemps ». Le bonheur le plus haut est la vie contemplative. Il reconnaît que des biens extérieurs (santé, amis, ressources) sont nécessaires.
Épicure : l’absence de trouble
Pour Épicure (Lettre à Ménécée), le plaisir est le principe et la fin de la vie heureuse. Mais il s’agit d’un plaisir en repos : l'ataraxie (absence de trouble de l’âme) et l'aponie (absence de douleur du corps). Il faut trier les désirs : naturels et nécessaires (manger, boire, s’abriter), naturels et non nécessaires (mets raffinés), ni naturels ni nécessaires (gloire, richesse). Le quadruple remède (tetrapharmakos) libère des craintes : les dieux ne sont pas à craindre, la mort n’est rien pour nous, le bien est facile à obtenir, la douleur est facile à supporter.
Les stoïciens : distinguer ce qui dépend de nous
Pour Épictète (Manuel), « parmi les choses, les unes dépendent de nous, les autres n’en dépendent pas ». Dépendent de nous nos jugements, désirs, aversions ; n’en dépendent pas le corps, la richesse, la réputation. Le malheur vient de vouloir ce qui ne dépend pas de nous. Le sage stoïcien est heureux en vivant conformément à la nature et à la raison et en acceptant l’ordre du monde. La vertu suffit au bonheur.
Spinoza : la joie et la béatitude
Pour Spinoza (Éthique), la joie est le passage à une plus grande perfection. La béatitude naît de la connaissance de soi et de Dieu (la Nature) : « la béatitude n’est pas la récompense de la vertu, mais la vertu elle-même » (V, proposition 42).
Problématique 2 : le bonheur est-il accessible ?
- Pascal : l’homme cherche le bonheur dans le divertissement pour fuir la pensée de sa condition misérable (Pensées) ; « tous les hommes recherchent d’être heureux », mais seul Dieu peut combler ce vide infini.
- Kant : le bonheur est un « idéal non de la raison, mais de l’imagination » (Fondements de la métaphysique des mœurs, 1785) ; nul ne peut dire de façon déterminée et cohérente ce qu’il veut vraiment pour être heureux.
- Schopenhauer : la vie oscille « comme un pendule » entre la souffrance du désir insatisfait et l’ennui du désir satisfait ; le bonheur n’est que négatif, une cessation de la douleur.
- Rousseau : « Malheur à qui n’a plus rien à désirer » (Julie ou la Nouvelle Héloïse) ; le désir lui-même, par l’imagination, fait une part du bonheur.
Problématique 3 : le bonheur est-il le but de la vie ?
Bonheur et devoir
Pour Kant, la morale ne consiste pas à chercher le bonheur mais à faire son devoir ; il faut se rendre digne d’être heureux. Le bonheur ne peut fonder la morale, car il est variable selon les individus. Voir le devoir.
Bonheur collectif et politique
Saint-Just affirme en 1794 que « le bonheur est une idée neuve en Europe ». La Déclaration d’indépendance américaine (1776) inscrit la « recherche du bonheur » parmi les droits inaliénables. Les utilitaristes (Bentham, Mill) définissent l’action juste comme celle qui produit le plus grand bonheur du plus grand nombre. Le risque, souligné par Kant, est un État paternaliste qui prétend faire le bonheur des citoyens malgré eux. Voir l’État.
Bonheur et lucidité
Faut-il préférer la vérité à un bonheur illusoire ? Mill écrit qu’il vaut mieux être « un être humain insatisfait qu’un porc satisfait ; Socrate insatisfait plutôt qu’un imbécile satisfait » (L’Utilitarisme, 1861). Voir la vérité.
Auteurs et thèses
| Auteur | Œuvre | Thèse |
|---|---|---|
| Aristote | Éthique à Nicomaque | Le bonheur est l’activité de l’âme conforme à la vertu |
| Épicure | Lettre à Ménécée | Le bonheur est l’ataraxie par le tri des désirs |
| Épictète | Manuel | Distinguer ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas |
| Spinoza | Éthique (1677) | La béatitude est la vertu elle-même |
| Pascal | Pensées (1670) | Le divertissement masque notre misère |
| Kant | Fondements de la métaphysique des mœurs (1785) | Le bonheur, idéal de l’imagination ; se rendre digne d’être heureux |
| Schopenhauer | Le Monde comme volonté et comme représentation (1819) | La vie oscille entre souffrance et ennui |
| Mill | L’Utilitarisme (1861) | Le plus grand bonheur du plus grand nombre ; qualité des plaisirs |
Repères du programme utiles
Moyen / fin ; idéal / réel ; obligation / contrainte ; public / privé ; subjectif / objectif ; essentiel / accidentel ; contingent / nécessaire.
Sujets de dissertation sur le bonheur
- Le bonheur dépend-il de nous ?
- Le bonheur est-il une affaire privée ?
- Faut-il renoncer à ses désirs pour être heureux ?
- Le bonheur est-il le but de l’existence ?
- Peut-on être heureux sans être vertueux ?
- L’État doit-il faire le bonheur des citoyens ?
- Vaut-il mieux être heureux ou lucide ?
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre bonheur et plaisir ?
Le plaisir est la satisfaction ponctuelle d’un désir ; le bonheur est une satisfaction globale et durable de l’existence. On peut avoir du plaisir sans être heureux.
Que dit Épicure sur le bonheur ?
Que le bonheur consiste dans l’absence de trouble de l’âme et de douleur du corps, obtenue en limitant ses désirs aux désirs naturels et nécessaires et en se libérant de la peur des dieux et de la mort.
Pourquoi Kant dit-il que le bonheur est un idéal de l’imagination ?
Parce que personne ne peut déterminer avec certitude ce qui le rendrait heureux : le bonheur dépend d’éléments empiriques infinis et imprévisibles, et ne peut donc être objet d’une connaissance ni d’une règle universelle.
Le bonheur dépend-il de nous ?
Les stoïciens et Épicure répondent oui, pour l’essentiel, par la maîtrise des jugements et des désirs. D’autres insistent sur la part de la chance, des circonstances et des autres.