Philosophie · Notions philosophiques
Méthode de la dissertation de philosophie
Une dissertation de philosophie est une réflexion argumentée qui répond à une question en examinant méthodiquement plusieurs réponses possibles. Elle repose sur une problématique, un plan et des arguments.
Mis à jour le 7 min de lecture
La dissertation de philosophie est l’un des deux exercices de l’épreuve de philosophie du baccalauréat, avec l’explication de texte. Elle ne consiste ni à réciter un cours ni à donner son opinion : il s’agit de construire une réflexion qui part d’une question, montre pourquoi elle pose problème, examine des réponses opposées avec des arguments et des exemples, et aboutit à une réponse justifiée. Cette fiche détaille la méthode étape par étape, avec un exemple guidé sur le sujet « La conscience de soi est-elle une connaissance de soi ? ».
Ce que l’on attend d’une dissertation
- Comprendre la question posée, dans tous ses termes.
- Problématiser : montrer que la réponse n’est pas évidente, qu’il y a une difficulté réelle.
- Argumenter : soutenir des thèses par des raisons, non par des affirmations.
- Illustrer : utiliser des exemples précis (vie courante, histoire, sciences, littérature, art).
- Mobiliser des références : auteurs et concepts du programme, au service de la réflexion.
- Conclure : répondre clairement à la question.
La copie est jugée sur la qualité de la réflexion : une dissertation sans références mais bien problématisée vaut mieux qu’un catalogue d’auteurs.
Étape 1 : analyser le sujet (environ 30 à 45 minutes)
Lire le sujet mot à mot
Chaque mot compte : les notions, mais aussi les verbes, les adverbes, les articles et la forme de la question.
| Type de sujet | Exemple | Attention |
|---|---|---|
| Question fermée (oui / non) | « Peut-on se mentir à soi-même ? » | Ne pas répondre oui ou non dès l’introduction |
| « Peut-on… ? » | « Peut-on tout démontrer ? » | Distinguer possibilité de fait (est-ce possible ?) et de droit (est-ce légitime ?) |
| « Faut-il… ? » | « Faut-il toujours dire la vérité ? » | Nécessité ou obligation morale ? |
| Rapport entre deux notions | « Le travail rend-il libre ? » | Analyser chaque notion puis leur relation |
| « Qu’est-ce que… ? » | « Qu’est-ce qu’être juste ? » | Recherche d’une définition, pas d’un inventaire |
Définir les termes
Pour chaque notion, chercher plusieurs sens (sens courant, sens philosophique, étymologie), les termes voisins et les contraires. Exemple : connaissance de soi ≠ conscience de soi ; connaissance suppose objectivité, vérité, justification ; conscience suppose immédiateté et subjectivité. Voir la conscience.
Repérer les présupposés
Un sujet contient souvent une affirmation implicite. « La conscience de soi est-elle une connaissance de soi ? » présuppose que nous avons une conscience de nous-mêmes et qu’il existe un « soi » à connaître. Interroger ces présupposés enrichit la réflexion.
Étape 2 : construire la problématique
La problématique est le cœur de la dissertation. Ce n’est pas la reformulation du sujet en d’autres termes, mais la mise en évidence d’une tension entre deux réponses également défendables.
Méthode simple :
- Formuler la réponse spontanée (souvent « oui, évidemment ») et ses raisons.
- Trouver ce qui résiste à cette réponse (un fait, un argument, un auteur).
- Formuler la difficulté sous forme de paradoxe ou d’alternative : « D’un côté… ; de l’autre… ; dès lors… ? »
Étape 3 : élaborer le plan
Les principaux types de plan
| Plan | Structure | Quand l’utiliser |
|---|---|---|
| Dialectique | I. Thèse – II. Antithèse – III. Dépassement | Questions fermées, débats tranchés ; le III ne doit pas être un compromis mou |
| Progressif | Trois parties qui approfondissent la réponse | Sujets de définition ou d’approfondissement |
| Notionnel | Examen des différents sens d’un concept | Notions polysémiques (conscience, nature, liberté) |
Le plan dialectique est le plus courant, mais la troisième partie doit dépasser l’opposition en déplaçant le problème (nouvelle distinction, changement de niveau), et non additionner « un peu de oui et un peu de non ».
Exemple de plan
I. La conscience de soi semble être la forme la plus sûre de la connaissance de soi. Le cogito comme première certitude (Descartes) ; l’intériorité accessible à moi seul ; l’identité personnelle fondée sur la conscience et la mémoire (Locke).
II. Pourtant, la conscience est partielle et peut être trompeuse. L’illusion du libre arbitre (Spinoza) ; l’inconscient psychique (Freud) ; la mauvaise foi (Sartre) ; les biais de l’introspection.
III. La connaissance de soi est une tâche qui passe par des médiations. Se connaître par ses œuvres et ses actes (Hegel) ; par le regard et la parole d’autrui ; par l’interprétation de soi (récit, analyse). La conscience n’est pas une connaissance donnée, mais le point de départ d’un travail.
Chaque partie, chaque sous-partie
Une partie contient 2 ou 3 sous-parties. Chaque sous-partie suit le schéma : idée directrice → argument → exemple → référence éventuelle → conséquence pour le problème. Un exemple n’est pas une preuve : il illustre ou met à l’épreuve un argument.
Étape 4 : rédiger l’introduction
L’introduction (15 à 25 lignes) se rédige au brouillon en entier. Elle comprend quatre moments :
- L’accroche : une situation, un exemple, un paradoxe qui amène le sujet (éviter « De tout temps, les hommes… »).
- L’analyse des termes et l’énoncé du sujet.
- La problématique : la tension mise en évidence, formulée en une ou deux questions.
- L’annonce du plan, de manière fluide (« Nous verrons d’abord… puis… enfin… » est acceptable, mais mieux vaut annoncer les idées que les parties).
Étape 5 : rédiger le développement et les transitions
- Rédiger directement au propre le développement (le temps manque pour tout écrire au brouillon), à partir d’un plan détaillé.
- Sauter une ligne entre l’introduction, les parties et la conclusion ; aller à la ligne entre les sous-parties.
- Pas de titres apparents dans la copie : le plan doit se lire dans les phrases.
- Transitions : à la fin de chaque partie, une ou deux phrases font le bilan et montrent la limite qui oblige à passer à la suite.
Étape 6 : la conclusion
La conclusion (10 à 15 lignes) :
- reprend le parcours de la réflexion en résumant les étapes ;
- donne une réponse claire à la question posée ;
- peut éventuellement ouvrir sur une question voisine, à condition qu’elle prolonge vraiment la réflexion.
Gestion du temps (4 heures)
| Étape | Durée indicative |
|---|---|
| Choix du sujet | 10 min |
| Analyse du sujet, problématique | 30 à 45 min |
| Plan détaillé au brouillon | 30 à 45 min |
| Introduction au brouillon | 15 min |
| Rédaction au propre | 1 h 45 à 2 h |
| Relecture (orthographe, cohérence) | 10 à 15 min |
Les erreurs les plus fréquentes
- Le hors-sujet : traiter la notion en général au lieu de la question posée (parler de la conscience au lieu du rapport conscience / connaissance de soi).
- La récitation de cours : enchaîner des résumés d’auteurs sans lien avec le problème.
- L’opinion : « je pense que… » sans argument. On peut s’engager, mais en justifiant.
- Le catalogue d’exemples : des exemples sans analyse.
- La fausse dialectique : une troisième partie qui ne fait que répéter les deux premières ou propose un compromis tiède.
- Les citations approximatives ou inventées : mieux vaut reformuler fidèlement une idée que citer faux.
- Une conclusion qui ne répond pas à la question.
Comment utiliser les auteurs
Les références doivent servir l’argument. Plutôt que « Descartes a dit… », expliquer la thèse, la raison qui la soutient, et ce qu’elle apporte au problème. Une référence bien expliquée vaut mieux que cinq noms cités. Les fiches de cette rubrique (théorie de la connaissance, la vérité, la liberté, le bonheur…) proposent pour chaque notion des définitions, des distinctions et des auteurs. Pour mémoriser durablement, voir aussi apprendre efficacement.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre dissertation et explication de texte ?
La dissertation répond à une question en construisant sa propre réflexion. L’explication de texte analyse le raisonnement d’un auteur dans un extrait, pour en dégager la thèse, l’argumentation et l’intérêt philosophique.
Combien de pages doit faire une dissertation de philosophie ?
Il n’y a pas de longueur imposée. Une copie de bac fait souvent entre 4 et 8 pages manuscrites ; la qualité de la problématique et de l’argumentation compte plus que la longueur.
Le plan dialectique est-il obligatoire ?
Non. Il est fréquent et efficace pour les questions fermées, mais un plan progressif est accepté s’il construit réellement une réflexion qui avance.
Peut-on avoir une bonne note sans citer d’auteurs ?
Oui, si la réflexion est rigoureuse, problématisée et bien argumentée. Les références enrichissent une copie mais ne la remplacent pas.
Faut-il donner son avis en conclusion ?
Il faut donner une réponse argumentée à la question, ce qui est une prise de position. Mais cette réponse doit résulter du développement, non d’une préférence personnelle.