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Philosophie · Théorie de la connaissance

Pragmatisme

Le pragmatisme est une philosophie américaine selon laquelle le sens et la vérité d’une idée se mesurent à ses conséquences pratiques dans l’expérience.

Mis à jour le 4 min de lecture

Le pragmatisme (du grec pragma, « action, affaire ») est un courant philosophique né aux États-Unis à la fin du XIXe siècle, autour de Charles Sanders Peirce (1839-1914), William James (1842-1910) et John Dewey (1859-1952). Son idée directrice : pour comprendre une idée, il faut se demander quelle différence pratique elle fait. Une idée vide de conséquences pour l’expérience est vide de sens ; une idée vraie est celle qui « marche », qui guide avec succès notre action et notre enquête. Au sens courant, être « pragmatique » signifie être réaliste et efficace : ce sens dérive du courant philosophique sans en reprendre toute la portée.

Peirce : la maxime pragmatique

Peirce formule le principe dans « Comment rendre nos idées claires » (1878) : pour clarifier un concept, il faut considérer quels effets pratiques nous concevons que son objet pourrait avoir ; notre conception de ces effets est toute notre conception de l’objet. Exemple : dire qu’un objet est dur, c’est dire qu’il ne sera pas rayé par beaucoup d’autres substances.

Peirce définit aussi la croyance comme une habitude d’action, et le doute comme un état d’inconfort qui déclenche l'enquête (« La fixation de la croyance », 1877). La vérité est l’opinion vers laquelle convergerait, à long terme, la communauté des chercheurs. Gêné par l’usage que James faisait du mot, Peirce rebaptise sa doctrine « pragmaticisme » (1905), un nom « assez laid pour être à l’abri des kidnappeurs ».

William James : la vérité comme réussite

Dans Le Pragmatisme (1907), James étend la maxime à la question de la vérité. Une idée vraie est une idée que nous pouvons « assimiler, valider, corroborer et vérifier ». La vérité n’est pas une propriété figée : elle arrive à une idée, elle devient vraie, elle est rendue vraie par les événements. James emploie des formules qui ont fait scandale, comme celle de la « valeur d’échange » ou de la « valeur monétaire » (cash-value) d’une idée. Il applique la méthode aux débats métaphysiques : si deux thèses n’entraînent aucune différence concrète, la dispute est verbale.

James défend aussi, dans « La Volonté de croire » (1896), le droit de croire sans preuve décisive quand l’option est vivante, forcée et importante, par exemple en matière religieuse. Voir science et croyance.

John Dewey : l’instrumentalisme

Pour Dewey, les idées sont des instruments pour résoudre des situations problématiques. La connaissance n’est pas la contemplation d’un réel déjà fait, mais une enquête (Logique : la théorie de l’enquête, 1938) qui transforme une situation indéterminée en situation déterminée. Il préfère parler d'« assertibilité garantie » plutôt que de vérité. Dewey applique cette philosophie à l'éducation (Démocratie et éducation, 1916) : apprendre en faisant, par l’expérience et la résolution de problèmes.

AuteurŒuvre cléIdée centrale
Charles S. Peirce« Comment rendre nos idées claires » (1878)Le sens d’un concept = ses effets pratiques concevables
William JamesLe Pragmatisme (1907)Le vrai est ce qui réussit dans l’expérience
John DeweyLogique : la théorie de l’enquête (1938)Les idées sont des instruments d’enquête
Richard RortyL’Homme spéculaire (1979)Abandonner l’idée de la connaissance comme miroir de la nature
Hilary PutnamRaison, vérité et histoire (1981)Réalisme interne, inspiré du pragmatisme

La vérité selon le pragmatisme

ThéorieUne proposition est vraie si…
Correspondanceelle correspond aux faits
Cohérenceelle s’accorde avec l’ensemble de nos croyances
Pragmatisteelle guide avec succès l’action et résiste à l’enquête

Le pragmatisme ne nie pas que les idées doivent s’accorder avec la réalité ; il soutient que cet accord se manifeste et se mesure dans l’expérience. Voir la vérité.

Les critiques du pragmatisme

  • Confondre vérité et utilité : Bertrand Russell objecte qu’une croyance peut être utile et fausse (croire au père Noël rend des enfants heureux) ou vraie et inutile. Il reproche à James d’identifier le vrai avec ce qu’il est avantageux de croire.
  • Le risque de relativisme : si le vrai est ce qui marche pour nous, ne dépend-il pas de nos intérêts ? Voir relativisme.
  • L’utilitarisme intellectuel : en France, Durkheim (Pragmatisme et sociologie, cours de 1913-1914) y voit une menace pour l’idée de vérité impersonnelle.

Les pragmatistes répondent que « ce qui marche » ne signifie pas « ce qui plaît » : une idée fausse finit par échouer face aux faits, et la réussite visée est celle de l’enquête collective à long terme.

Héritage

Le pragmatisme a influencé la philosophie des sciences (Quine), la philosophie du langage, la pédagogie active, la théorie démocratique (délibération, enquête publique) et le « néo-pragmatisme » de Rorty et Putnam. Sa méthode est proche de la démarche scientifique : tester les idées par leurs conséquences. Voir l’expérience et théorie de la connaissance.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre pragmatisme et utilitarisme ?

L’utilitarisme est une morale : est bonne l’action qui maximise le bonheur général. Le pragmatisme est d’abord une théorie du sens et de la vérité : une idée se juge à ses conséquences dans l’expérience.

Pour le pragmatisme, est-ce que vrai signifie utile ?

Pas simplement. Pour James, la vérité est liée au succès dans l’expérience et à la vérification ; pour Peirce, elle est ce sur quoi l’enquête converge à long terme. Les critiques ont souvent réduit cette thèse à « est vrai ce qui est utile ».

Qui a inventé le pragmatisme ?

Charles Sanders Peirce, dans les années 1870, au sein d’un groupe de discussion de Cambridge (Massachusetts) appelé le « Club métaphysique ». William James a popularisé le terme en 1898.

Être pragmatique, est-ce être pragmatiste ?

Non. Être pragmatique, au sens courant, c’est privilégier l’efficacité. Être pragmatiste, c’est adhérer à une théorie philosophique du sens et de la vérité.

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