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Philosophie · Notions philosophiques

La nature

En philosophie, la nature désigne à la fois l’ensemble des êtres qui existent sans intervention humaine et l’essence d’une chose. Elle s’oppose à la culture, à la technique et à l’artifice.

Mis à jour le 5 min de lecture

La nature est une notion du programme de philosophie de terminale. Le mot vient du latin natura, de nasci, « naître », qui traduit le grec physis, de phuein, « croître, pousser ». La nature est d’abord ce qui naît et se développe de soi-même, par opposition à ce que l’homme fabrique. Le mot a plusieurs sens : l’ensemble du monde physique (les lois de la nature), le milieu non transformé par l’homme (protéger la nature), et l'essence d’une chose (la nature humaine, la nature d’un problème). La philosophie se demande s’il existe une nature humaine, ce qui distingue la nature de la culture, et quel rapport l’homme doit entretenir avec la nature.

Distinctions conceptuelles

DistinctionExplication
Nature / cultureCe qui est inné et universel / ce qui est acquis et varie selon les sociétés
Nature / techniqueCe qui a en soi le principe de son mouvement / ce qui est produit par un artisan
Inné / acquisCe qui est donné à la naissance / ce qui est appris
Nature / conventionCe qui vaut partout / ce qui est établi par les hommes (physis / nomos chez les Grecs)
Essentiel / accidentelCe qui définit une chose / ce qui pourrait être autrement
Naturel / normalLe fait qu’une chose soit naturelle ne la rend pas bonne pour autant

Problématique 1 : qu’est-ce que la nature ?

Aristote : la physis, principe interne

Pour Aristote (Physique, II, 1), un être naturel a en lui-même le principe de son mouvement et de son repos : une graine devient un arbre, une pierre tombe. Un lit, au contraire, a le principe de sa fabrication dans l’artisan. La nature agit en vue d’une fin : « la nature ne fait rien en vain ».

Descartes : la nature-machine

À l’époque moderne, la nature devient une matière étendue régie par des lois mathématiques, sans finalité ni intériorité. Descartes compare les corps vivants à des machines et veut rendre les hommes « comme maîtres et possesseurs de la nature » (Discours de la méthode, VI, 1637) grâce à une physique utile, notamment pour la médecine. Galilée écrit que le livre de la nature est « écrit en langue mathématique » (L’Essayeur, 1623).

Spinoza : Deus sive natura

Pour Spinoza, Dieu et la Nature sont une seule et même réalité (Deus sive Natura, « Dieu, c’est-à-dire la Nature »). Il distingue la nature naturante (la puissance infinie qui produit) et la nature naturée (l’ensemble des choses produites).

Problématique 2 : y a-t-il une nature humaine ?

Les arguments pour une nature humaine

Aristote définit l’homme comme un animal raisonnable et politique (voir l’État). Les théoriciens du droit naturel fondent les droits sur une nature humaine universelle. Les sciences (biologie, psychologie évolutionniste) mettent en évidence des universaux humains.

Les arguments contre : l’homme, être de culture

  • Pic de la Mirandole (Discours sur la dignité de l’homme, 1486) : Dieu a créé l’homme sans place fixe pour qu’il se façonne lui-même.
  • Rousseau (Discours sur l’origine de l’inégalité, 1755) : l’homme se distingue de l’animal par sa perfectibilité, faculté de se perfectionner qui lui a fait quitter l’état de nature.
  • Les enfants sauvages (Victor de l’Aveyron, étudié par le médecin Jean Itard au début du XIXe siècle) montrent qu’un être humain privé de toute vie sociale ne développe ni langage ni comportements proprement humains.
  • Lévi-Strauss (Les Structures élémentaires de la parenté, 1949) : la prohibition de l’inceste est à la fois universelle (comme la nature) et règle (comme la culture) ; elle marque le passage de la nature à la culture.
  • Sartre : « il n’y a pas de nature humaine », car l’existence précède l’essence (voir existentialisme).
  • Merleau-Ponty : on ne peut séparer chez l’homme une couche de comportements naturels et une couche culturelle ajoutée ; « tout est fabriqué et tout est naturel chez l’homme » (Phénoménologie de la perception, 1945).

Problématique 3 : quel rapport l’homme doit-il avoir à la nature ?

Dominer la nature

Le projet cartésien et baconien de maîtrise de la nature a rendu possibles la science moderne, la médecine, l’industrie (voir révolution industrielle). Bacon précise qu'« on ne commande à la nature qu’en lui obéissant » (Novum Organum, 1620) : il faut connaître ses lois.

Respecter la nature

  • Les stoïciens recommandent de vivre conformément à la nature, ordre rationnel du cosmos.
  • Rousseau oppose la bonté de la nature à la corruption de la société.
  • Hans Jonas (Le Principe responsabilité, 1979) : la puissance technique moderne crée une responsabilité nouvelle envers la nature et les générations futures : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre. »
  • L'éthique environnementale se demande si la nature a une valeur en elle-même ou seulement pour l’homme. Voir réchauffement climatique et la technique.

Le piège de l’argument « c’est naturel »

Que quelque chose soit naturel ne prouve pas qu’il soit bon (les maladies sont naturelles) ; qu’il soit artificiel ne prouve pas qu’il soit mauvais (la médecine). Hume a souligné qu’on ne peut tirer directement un « doit » d’un « est ».

Auteurs et thèses

AuteurŒuvreThèse
AristotePhysique, Les PolitiquesLa nature est principe de mouvement ; l’homme est un animal politique
Les stoïciensÉpictète, Manuel ; Marc Aurèle, PenséesVivre conformément à la nature
DescartesDiscours de la méthode (1637)Se rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature »
SpinozaÉthique (1677)Deus sive Natura
RousseauDiscours sur l’origine de l’inégalité (1755)Perfectibilité ; état de nature
KantCritique de la faculté de juger (1790)La finalité naturelle comme principe de jugement
Lévi-StraussLes Structures élémentaires de la parenté (1949)La prohibition de l’inceste, passage nature / culture
JonasLe Principe responsabilité (1979)Responsabilité envers la nature et l’avenir

Repères du programme utiles

Essentiel / accidentel ; en acte / en puissance ; genre / espèce / individu ; origine / fondement ; principe / cause / fin ; contingent / nécessaire ; universel / particulier.

Sujets de dissertation sur la nature

  • Peut-on parler d’une nature humaine ?
  • Est-il naturel à l’homme de vivre en société ?
  • La culture nous éloigne-t-elle de la nature ?
  • Faut-il suivre la nature ?
  • L’homme doit-il dominer la nature ?
  • La nature est-elle un modèle ?
  • Avons-nous des devoirs envers la nature ?

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre nature et culture ?

La nature désigne ce qui est inné, universel et indépendant de l’homme ; la culture ce qui est acquis, appris, transmis et variable selon les sociétés.

Que veut dire « maîtres et possesseurs de la nature » ?

C’est une formule de Descartes (Discours de la méthode, VI) : grâce à une physique pratique, les hommes pourraient se rendre « comme » maîtres de la nature, en particulier pour améliorer la santé. Le « comme » marque une limite.

Existe-t-il une nature humaine ?

Le débat reste ouvert : certains invoquent des traits universels (langage, raison, sociabilité), d’autres soulignent que l’homme se définit par sa liberté, sa culture et son histoire.

Ce qui est naturel est-il forcément bon ?

Non. C’est un sophisme courant, appelé « appel à la nature » : la nature produit aussi des maladies et des catastrophes, et beaucoup de choses artificielles sont bénéfiques.

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