Philosophie · Notions philosophiques
Existentialisme
L’existentialisme est une philosophie de l’existence humaine selon laquelle l’homme n’a pas de nature donnée : il se définit par ses choix et ses actes, dont il est entièrement responsable.
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L'existentialisme est un courant philosophique et littéraire qui place au centre de la réflexion l'existence concrète de l’individu : sa liberté, ses choix, son angoisse, sa finitude. Le mot est popularisé en France après 1945 autour de Jean-Paul Sartre (1905-1980) et de Simone de Beauvoir (1908-1986). Mais ses racines remontent au XIXe siècle avec le Danois Søren Kierkegaard (1813-1855). Sa formule la plus célèbre est de Sartre : « l’existence précède l’essence ».
« L’existence précède l’essence »
Sartre expose sa doctrine dans la conférence L’existentialisme est un humanisme, prononcée à Paris le 29 octobre 1945 et publiée en 1946. Il prend l’exemple d’un objet fabriqué, un coupe-papier : l’artisan en a l’idée (l’essence : sa forme, sa fonction) avant de le fabriquer ; l’essence précède l’existence. Si Dieu n’existe pas, il n’y a pas de créateur qui aurait conçu l’homme selon un modèle. L’homme « existe d’abord, se rencontre, surgit dans le monde, et […] se définit après ». Il n’est rien d’autre que ce qu’il se fait.
Les notions clés
| Notion | Sens | Auteur |
|---|---|---|
| Liberté | L’homme est « condamné à être libre » : il ne peut pas ne pas choisir | Sartre |
| Responsabilité | En choisissant, je suis responsable de moi et, d’une certaine façon, de l’humanité | Sartre |
| Angoisse | Prise de conscience de la liberté et de l’absence de fondement de nos choix | Kierkegaard, Sartre |
| Délaissement | Absence de Dieu et de valeurs données : nous sommes seuls à décider | Sartre |
| Mauvaise foi | Mensonge à soi-même pour fuir sa liberté (« c’est mon caractère », « je n’avais pas le choix ») | Sartre |
| Situation | La liberté s’exerce toujours dans des conditions données (corps, époque, classe) | Sartre, Beauvoir |
| Absurde | Divorce entre l’exigence humaine de sens et le silence du monde | Camus |
| Être-pour-la-mort | La conscience de sa mort rend l’existence authentique possible | Heidegger |
La mauvaise foi : l’exemple du garçon de café
Dans L’Être et le Néant (1943), Sartre décrit un garçon de café dont les gestes sont un peu trop vifs, trop précis : il joue à être garçon de café, comme si c’était sa nature, pour échapper à la liberté de ne pas l’être. La mauvaise foi consiste à se traiter comme une chose (un « en-soi ») alors qu’on est une conscience libre (un « pour-soi »). Voir la conscience.
Les grands auteurs
Søren Kierkegaard : l’individu devant Dieu
Considéré comme le précurseur de l’existentialisme, Kierkegaard s’oppose au système de Hegel au nom de l'individu singulier, qui ne se dissout pas dans l’universel. Il décrit trois stades de l’existence : esthétique (la recherche du plaisir), éthique (l’engagement dans le devoir), religieux (le saut de la foi). L'angoisse (Le Concept d’angoisse, 1844) est « le vertige de la liberté ». Son existentialisme est chrétien.
Martin Heidegger et Karl Jaspers
Heidegger (Être et Temps, 1927) analyse l’existence du Dasein : être-au-monde, souci, angoisse, être-pour-la-mort, authenticité. Il refusa pourtant l’étiquette d’existentialiste (Lettre sur l’humanisme, 1946). Karl Jaspers développe une philosophie de l’existence centrée sur les situations-limites (mort, souffrance, culpabilité, combat). Voir phénoménologie.
Jean-Paul Sartre : liberté et engagement
Philosophe, romancier (La Nausée, 1938), dramaturge (Huis clos, 1944), Sartre fait de la liberté absolue le cœur de l’existence. L’homme est engagé : ne pas choisir est encore choisir. Il refuse le prix Nobel de littérature en 1964.
Simone de Beauvoir : on ne naît pas femme
Dans Pour une morale de l’ambiguïté (1947), Beauvoir tente de fonder une morale existentialiste : vouloir sa liberté, c’est vouloir aussi celle des autres. Dans Le Deuxième Sexe (1949), elle applique la thèse existentialiste à la condition des femmes : « On ne naît pas femme : on le devient. » Il n’y a pas d’essence féminine ; la féminité est une situation construite par la société.
Albert Camus : l’absurde et la révolte
Camus refusait d’être rangé parmi les existentialistes, mais il en est proche. Le Mythe de Sisyphe (1942) part de la question du suicide : la vie vaut-elle d’être vécue si le monde n’a pas de sens ? L'absurde naît de la confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde. La réponse est la révolte, la liberté et la passion de vivre : « il faut imaginer Sisyphe heureux ». L’Homme révolté (1951) prolonge cette réflexion et provoque la rupture avec Sartre (1952).
| Auteur | Œuvres principales | Idée clé |
|---|---|---|
| Kierkegaard | Le Concept d’angoisse (1844), Crainte et Tremblement (1843) | L’individu, l’angoisse, le saut de la foi |
| Heidegger | Être et Temps (1927) | Être-au-monde, être-pour-la-mort |
| Jaspers | Philosophie (1932) | Situations-limites |
| Sartre | L’Être et le Néant (1943), L’existentialisme est un humanisme (1946) | L’existence précède l’essence ; liberté totale |
| Beauvoir | Le Deuxième Sexe (1949) | « On ne naît pas femme : on le devient » |
| Camus | Le Mythe de Sisyphe (1942), L’Étranger (1942) | L’absurde et la révolte |
| Gabriel Marcel | Être et Avoir (1935) | Existentialisme chrétien |
Existentialisme athée et existentialisme chrétien
Sartre distingue lui-même deux familles : les existentialistes chrétiens (Kierkegaard, Jaspers, Gabriel Marcel) et les existentialistes athées (Heidegger selon lui, lui-même). Les seconds tirent toutes les conséquences de l’absence de Dieu : pas de nature humaine, pas de valeurs inscrites dans le ciel. Dostoïevski est souvent cité : « Si Dieu n’existait pas, tout serait permis » — formule que Sartre présente comme le point de départ de l’existentialisme, bien qu’elle résume la pensée d’un personnage des Frères Karamazov plus qu’elle ne la cite mot pour mot.
Les critiques de l’existentialisme
- Une liberté trop absolue : le déterminisme social, psychologique et biologique limite nos choix. Sartre a lui-même nuancé sa position, notamment dans la Critique de la raison dialectique (1960). Voir la liberté.
- Un subjectivisme moral : si l’homme invente ses valeurs, comment juger ? Sartre répond qu’en me choisissant je choisis une image de l’homme valable pour tous, ce qui rapproche sa position d’une forme d’universalisation proche de Kant (voir le devoir).
- Le structuralisme (Lévi-Strauss, Foucault, années 1960) : le sujet est moins libre qu’il ne le croit, pris dans des structures (langage, parenté, savoirs) qui le déterminent.
Questions fréquentes
Que signifie « l’existence précède l’essence » ?
Que l’homme n’a pas de nature fixée d’avance : il existe d’abord, puis se définit par ses actes. Il est ce qu’il fait de lui-même.
Camus est-il existentialiste ?
Il a refusé cette étiquette et se considérait comme le penseur de l’absurde. Mais ses thèmes (absurde, liberté, révolte) le rapprochent du courant, auquel on le rattache souvent.
Que veut dire « l’homme est condamné à être libre » ?
Que l’homme n’a pas choisi d’être libre et ne peut renoncer à sa liberté : même refuser de choisir est un choix dont il est responsable.
Qu’est-ce que la mauvaise foi chez Sartre ?
Une conduite par laquelle la conscience se ment à elle-même pour fuir sa liberté, en se présentant comme déterminée par sa nature, son rôle ou les circonstances.