Philosophie · Notions philosophiques
La conscience
La conscience est la capacité de l’esprit à se rapporter au monde et à lui-même : savoir ce que l’on perçoit, pense et fait. Elle fonde l’identité personnelle et la responsabilité morale.
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La conscience est une notion centrale du programme de philosophie de terminale. Le mot vient du latin conscientia, formé de cum (« avec ») et scientia (« savoir ») : un « savoir qui accompagne ». Être conscient, c’est savoir ce que l’on vit pendant qu’on le vit : je vois et je sais que je vois, j’agis et je sais que j’agis. La notion pose trois grandes questions : la conscience me fait-elle connaître ce que je suis ? Suis-je maître de ce qui se passe en moi ? Suis-je responsable de ce dont j’ai conscience ? Elle se distingue du sens médical de la conscience (être éveillé, par opposition à la perte de connaissance).
Les différents sens de la conscience
| Sens | Définition | Exemple |
|---|---|---|
| Conscience spontanée (ou directe) | Présence au monde dans l’action | Je conduis et vois la route |
| Conscience réfléchie | Retour de l’esprit sur lui-même | Je me demande pourquoi je suis en colère |
| Conscience de soi | Savoir que l’on est un sujet distinct, le même à travers le temps | Je me reconnais dans le miroir, dans mes souvenirs |
| Conscience morale | Jugement intérieur sur le bien et le mal | Avoir mauvaise conscience, le remords |
| Conscience éveillée (sens médical) | État de vigilance | Être conscient / évanoui |
Les animaux ont une forme de conscience (perception, douleur) ; la question de savoir lesquels ont une conscience de soi fait l’objet de recherches (test du miroir, réussi notamment par des grands singes). La conscience réfléchie, liée au langage, est souvent considérée comme le propre de l’homme.
Problématique 1 : la conscience fonde-t-elle la connaissance de soi ?
Descartes : la conscience comme première certitude
Dans le Discours de la méthode (1637) et les Méditations métaphysiques (1641), Descartes cherche une vérité indubitable. Je peux douter de tout, sauf du fait que je doute, donc que je pense : « je pense, donc je suis ». La conscience est la première vérité et le fondement de toutes les autres. Je suis « une chose qui pense », c’est-à-dire « une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi, et qui sent » (Méditation seconde). L’esprit se connaît plus facilement que le corps.
Locke : conscience et identité personnelle
Pour Locke (Essai sur l’entendement humain, II, 27, ajouté à la 2e édition en 1694), l'identité personnelle repose sur la conscience : je suis la même personne aussi loin que ma conscience peut s’étendre dans le passé par le souvenir. Le mot anglais consciousness prend chez lui son sens moderne. Conséquence : la personne est un concept « juridique », qui permet d’attribuer des actes et des responsabilités.
Kant : le « je pense » et le « je »
Pour Kant, le « je pense » doit pouvoir accompagner toutes mes représentations : c’est l’unité de la conscience (aperception transcendantale) qui permet d’unifier l’expérience. Dans l'Anthropologie d’un point de vue pragmatique (1798), il note que l’enfant, qui parlait de lui à la troisième personne (« Charles veut manger »), finit par dire « je » : une lumière se lève alors, il se pense lui-même. Posséder le « je » élève l’homme au-dessus de tous les autres êtres vivants : c’est une personne.
Hegel : la conscience de soi passe par autrui et l’action
Pour Hegel, l’homme prend conscience de lui-même de deux façons : théoriquement, en se représentant intérieurement ; pratiquement, en transformant le monde extérieur pour s’y reconnaître — l’enfant qui jette des cailloux dans l’eau et admire les cercles qu’il produit (Esthétique). Dans la Phénoménologie de l’esprit (1807), la conscience de soi exige la reconnaissance d’une autre conscience (dialectique du maître et de l’esclave).
Problématique 2 : la conscience est-elle transparente ?
Les limites de la conscience
- Leibniz : nous avons d’innombrables petites perceptions inconscientes ; le bruit de la mer est fait du bruit de chaque vague, que nous n’entendons pas séparément (Nouveaux Essais, préface).
- Spinoza : les hommes se croient libres parce qu’ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes qui les déterminent (Éthique, I, appendice ; lettre à Schuller, 1674 : l’exemple de la pierre qui, si elle pensait, se croirait libre).
- Marx : la conscience est déterminée par les conditions sociales d’existence (voir matérialisme).
- Nietzsche : la conscience est un phénomène tardif et superficiel, développé pour communiquer (Le Gai Savoir, § 354).
Freud : le moi n’est pas maître dans sa propre maison
Freud fait de l'inconscient psychique l’essentiel de la vie mentale. Les rêves, les lapsus, les actes manqués et les symptômes névrotiques révèlent des désirs refoulés. Il compare la psychanalyse à une troisième « blessure narcissique » infligée à l’humanité, après Copernic et Darwin : le moi « n’est pas maître dans sa propre maison » (Une difficulté de la psychanalyse, 1917). Voir l’inconscient.
Sartre : la conscience comme liberté
Contre Freud, Sartre (L’Être et le Néant, 1943) soutient que la conscience est toujours, au moins confusément, conscience d’elle-même. Ce que Freud appelle refoulement est de la mauvaise foi : une conscience qui se ment à elle-même pour fuir sa liberté et sa responsabilité. Voir existentialisme.
La phénoménologie : toute conscience est conscience de quelque chose
Pour Husserl, la conscience n’est pas une intériorité fermée mais une intentionnalité, un mouvement vers le monde. Voir phénoménologie.
Problématique 3 : la conscience morale
La conscience morale est le jugement intérieur qui approuve ou condamne nos actes. Rousseau la célèbre dans la « Profession de foi du vicaire savoyard » (Émile, 1762) : « Conscience ! conscience ! instinct divin, immortelle et céleste voix », « juge infaillible du bien et du mal ». Pour Kant, elle est un tribunal intérieur auquel on ne peut échapper. Pour Nietzsche (Généalogie de la morale, 1887), la « mauvaise conscience » naît de l’intériorisation des instincts que la vie en société empêche de se décharger au-dehors ; pour Freud, elle relève du surmoi, intériorisation des interdits parentaux. Voir le devoir.
Auteurs et thèses : tableau de synthèse
| Auteur | Œuvre | Thèse |
|---|---|---|
| Descartes | Méditations métaphysiques (1641) | La conscience de penser est la première certitude |
| Locke | Essai sur l’entendement humain (1690, 2e éd. 1694) | L’identité personnelle repose sur la conscience et la mémoire |
| Leibniz | Nouveaux Essais (publiés 1765) | Petites perceptions inconscientes |
| Rousseau | Émile (1762) | La conscience morale, « instinct divin » |
| Kant | Anthropologie (1798) | Le « je » fait de l’homme une personne |
| Hegel | Esthétique ; Phénoménologie de l’esprit (1807) | La conscience de soi passe par l’action et autrui |
| Nietzsche | Le Gai Savoir (livre V, 1887) | La conscience, produit de la communication |
| Freud | Métapsychologie (1915) | L’inconscient est l’essentiel du psychisme |
| Husserl | Méditations cartésiennes (1931) | Toute conscience est conscience de quelque chose |
| Sartre | L’Être et le Néant (1943) | Conscience, liberté et mauvaise foi |
Distinctions conceptuelles utiles
Les repères du programme les plus utiles pour cette notion :
- Médiat / immédiat : la conscience de soi est-elle immédiate (Descartes) ou passe-t-elle par des médiations (autrui, le langage, l’action) ?
- Subjectif / objectif / intersubjectif : la conscience est par définition subjective ; peut-on l’étudier objectivement (neurosciences) ?
- Origine / fondement : la conscience est-elle l’origine de nos actes ou seulement leur témoin ?
- Conscience / connaissance : être conscient de quelque chose n’est pas encore le connaître (on est conscient d’avoir peur sans savoir pourquoi).
- Conscience / inconscience : l’inconscience désigne l’absence de conscience (évanouissement) ou l’irréflexion ; l'inconscient freudien est une instance psychique.
Sujets de dissertation sur la conscience
- La conscience de soi est-elle une connaissance de soi ?
- Suis-je ce que j’ai conscience d’être ?
- Peut-on se mentir à soi-même ?
- La conscience fait-elle la dignité de l’homme ?
- Être conscient, est-ce être libre ?
- Avons-nous besoin des autres pour prendre conscience de nous-mêmes ?
- La conscience est-elle un fardeau ?
- Faut-il préférer la conscience au bonheur ?
Pour traiter ces sujets, voir la méthode de la dissertation de philosophie. Le thème rejoint celui de la connaissance de soi en psychologie.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre conscience et connaissance ?
La conscience est une présence de l’esprit à ce qu’il vit ; la connaissance est un savoir organisé et justifié. Je peux être conscient d’une émotion sans en connaître la cause.
Que veut dire « je pense, donc je suis » ?
C’est la première certitude de Descartes : même en doutant de tout, je ne peux douter que je pense, et donc que j’existe en tant que chose pensante. La formule latine cogito, ergo sum figure dans les Principes de la philosophie (1644).
Qu’est-ce que la conscience morale ?
La faculté de juger de la valeur morale de ses propres actes, qui se manifeste par l’approbation (bonne conscience) ou le remords (mauvaise conscience).
Les animaux ont-ils une conscience ?
De nombreux animaux perçoivent, ressentent la douleur et le plaisir, ce qui suppose une forme de conscience. La Déclaration de Cambridge sur la conscience (2012) l’affirme pour les mammifères, les oiseaux et d’autres espèces. La conscience réfléchie et la conscience morale restent discutées.
La conscience peut-elle s’expliquer par le cerveau ?
Les neurosciences identifient des corrélats cérébraux de la conscience, mais expliquer pourquoi une activité neuronale s’accompagne d’une expérience vécue reste le « problème difficile » de la conscience (David Chalmers, 1995).